Mode, pétrole, gaz et charbon font (trop) bon ménage

Un rapport de l’association Changing Markets Foundation dénonce la dépendance de l’industrie de la mode aux énergies fossiles. Il alerte l’Union européenne sur la part croissante de fibres synthétiques dans les vêtements, notamment le polyester, et sur ses conséquences environnementales.

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Dickson Constant est spécialisé dans les textiles techniques (protections solaires, revêtements pour le sol, tissus d’ameublement, toiles marines...)
Selon un rapport de Changing Markets Foundation, les fibres synthétiques pourraient représenter près des trois quarts de la production mondiale de fibres en 2030.

La mode, grand consommatrice de matières fossiles ? L’industrie du textile est épinglée par le rapport de Changing Markets Foundation intitulé : "La mode fossile : la dépendance cachée de la mode aux hydrocarbures fossiles". Avec ce document, l’association espère sensibiliser la commission européenne, qui s’apprête à définir une nouvelle stratégie textile dans le cadre du Green Deal.

Le document de 45 pages, qui s'appuie sur plus de 150 références émanant, notamment, de cabinets de conseil, d’institutions et d’organisations non gouvernementales, indique que l’industrie de la mode consomme, à elle seule, 1,35% de la production mondiale de pétrole. Une illustration réalisée à partir de données de l’Agence internationale de l’énergie, datée de 2018, indique par ailleurs que l’industrie textile est le troisième secteur le plus consommateur de plastique, après l’emballage (36%) et la construction (16%). "L’utilisation de fibres synthétiques, et plus particulièrement du polyester, a doublé au cours de ces vingt dernières années", relève la fondation, soutenue par plusieurs associations environnementales (Zero Waste Alliance Ukraine, Plastic Soup Foundation, No Plastic in my Sea…).

Pétrole, gaz de schiste, charbon : l’origine de la fibre synthétique

En 2030, ces fibres synthétiques pourraient représenter près des trois quarts de la production mondiale de fibres, dont 85% de polyester. Aujourd’hui, ce polymère est présent dans plus de la moitié des textiles produits dans le monde. Outre les conséquences sur l’environnement – les microplastiques dans les océans notamment –, l’association rappelle qu’en 2015, l’empreinte carbone liée à la production du polyester représentait 700 millions de tonnes de CO2, "soit l’équivalent des émissions annuelles du Mexique ou de 180 centrales électriques à charbon". Elle devrait doubler d’ici la fin de la décennie.

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Les procédés de production "polluants" de la matière première sont pointés du doigt. Outre le gaz obtenu par fracturation hydraulique, le rapport pointe Hengli, l’un des principaux producteurs de polyester chinois, qui a annoncé, en juin 2020, vouloir investir 20 milliards de dollars dans la fabrication de fils de polyester à partir de charbon.

La mode peu encline à l’utilisation de fibres synthétiques recyclées

Il ne faut pas compter sur l’utilisation de fibres synthétiques recyclées pour réduire l’empreinte carbone de la production. "Actuellement, moins de 1% des vêtements sont recyclés pour en faire de nouveaux, et la part de polyester recyclé est en déclin", affirme le rapport. Cette dernière représentait 14% en 2019, selon le rapport de Textile Exchange "Preferred Fiber & Materials Market Report". Elle passerait à 7,9 % de la production totale de polyester d'ici 2030, selon les données 2021 du cabinet Tecnon OrbiChem.

Plus globalement, selon Changing Markets fundation, la filière ne prend pas assez en compte l’économie circulaire dans sa production, continuant d’utiliser des mélanges très peu recyclés et recyclables.

Concurrence sur le PET

Le polyéthylène téréphtalate (PET), la résine utilisée pour produire la fibre polyester (mais aussi les bouteilles d'eau), est désormais très convoitée dans sa version recyclée. Les multinationales des boissons et des biens de consommations, qui doivent répondre à des contraintes réglementaires croissantes, se bousculent pour s’approvisionner dans cette résine, engendrant une hausse des prix. Face à ces prix dissuasifs, l’industrie du textile fait le choix du PET vierge, plus économique.

En France, l’industrie de la mode représente 2,7% du PIB national, précise le rapport, qui indique un chiffre d’affaires sectoriel de 150 milliards d’euros et un million d’emplois rattachés.

Pour télécharger le rapport (en anglais) dans son intégralité, c'est ici (ou en cliquant sur l'image ci-dessous):

Image d'illustration de l'articleDR
Rapport Fossil Fashion de la Changing markets fundation Rapport Fossil Fashion de la Changing markets fundation (DELAMARCHE, Myrtille)
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