L’annonce est passée presque inaperçue, au moment où tous les regards sont rivés en Europe sur les voitures électriques. Depuis le début du mois de mars, Honda commercialise au Japon une poignée d’exemplaires de son Legend Hybrid EX, équipé d’un système d’aide à la conduite avancé. Il s’agit du premier système de niveau 3 à avoir été homologué dans le monde. Volkswagen prévoit de son côté de regrouper tout son savoir-faire dans la conduite autonome et l’électromobilité dans un modèle au nom évocateur : Trinity. Rendez-vous en 2026 pour tester ce véhicule.
Pour ceux qui ne résistent pas à l’envie d’embarquer dès aujourd’hui dans des véhicules totalement débarrassés de leurs chauffeurs, la RATP a renforcé au Bois de Vincennes, à Paris, son expérimentation de navette autonome. Un travail en phase avec la volonté de l’exécutif de « faire de la France le lieu privilégié en Europe de déploiement de services de mobilité routière automatisés ». Dans la stratégie présentée en 2018, le gouvernement dit vouloir saisir « l’opportunité de fournir des services de mobilité plus sûrs et plus adaptés aux besoins de chacun » ouverte par le véhicule autonome.
Forte consommation énergétique
Mais en pleine transition écologique, certains s’interrogent sur les vertus de ces technologies plus ou moins autonomes sur le plan environnemental. Une étude commandée à La Fabrique Ecologique par le Forum Vies Mobiles dénonce ainsi « un déploiement en décalage avec l’urgence climatique ». Le document pointe du doigt « l’impact énergétique lié aux énormes quantités de données qui seront échangées entre les véhicules ». Ses auteurs chiffrent à un gigaoctet par seconde les besoins pour un véhicule connecté, « soit 1,3 million de Go par an pour un Français moyen ».
En 2017, l’équipementier américain BorgWarner expliquait déjà à Bloomberg que des prototypes de niveau 4 ou 5 – les plus autonomes – « consommaient deux à quatre kilowatts d’électricité, l’équivalent de 50 à 100 ordinateurs », les rendant « trop énergivores pour fonctionner uniquement sur batteries ». Un vrai sujet pour les véhicules autonomes, au moment où de nombreux pays misent sur les chaînes de traction électriques pour réduire les émissions de CO2 de leur parc automobile, surtout sur le continent européen et en Chine.
Impact sur l’étalement urbain?
Surtout, l’étude du Forum Vies Mobiles s’inquiète des effets rebonds liés à l’essor des voitures individuelles autonomes et des robotaxis. Sont mis en avant une possible « augmentation des distances parcourues » et un « étalement urbain » avec le recours à des véhicules conçus comme des extensions du domicile, qui rendent les temps de transport moins contraignants. Il existerait aussi un risque de « circulation à vide ». Bilan : la consommation d’énergie du parc automobile pourrait être multipliée par trois dans le pire des scénarios, prévient le think-tank.
Seul cas de figure « vertueux » : un déploiement massif des navettes autonomes collectives, à l’image du travail de la RATP ou du partenariat qui avait été annoncé en 2019 entre la région Ile-de-France et Renault. Une prise de position loin d’être surprenante de la part d’une association créée par la SNCF… Quoi qu’il en soit, cette étude témoigne une nouvelle fois des défis – au-delà des aspects purement techniques – que les véhicules autonomes vont devoir relever afin d’apparaître comme des solutions durables dans la mobilité de demain.



