Chronique

[Mobil'Idées] Un transport ferroviaire léger sauvera les petites lignes

Dans la chronique Mobil'Idées, on passe en revue ce qui fait bouger les transports. Cette semaine, nous nous intéressons à Taxirail, un concept révolutionnaire de navette autonome destinée aux lignes ferroviaires peu fréquentées.

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Taxitrain
Taxirail, un train léger pour maintenir un service régulier sur les petites ligne.

Pour sauver les petites lignes ferroviaires, le gouvernement a publié le 1er janvier un décret d’application de l’article 172 de la loi d’orientation des mobilités (LOM) qui permet d’en transférer leur gestion aux autorités organisatrices des transports et aux régions. Ces lignes secondaires avaient été stigmatisées dans le rapport Spinetta, publié le 15 février 2018, prélude à la future réforme du ferroviaire entrée en application au 1er janvier 2020. De nombreux élus locaux avaient dénoncé la fermeture envisagée de certaines lignes, alors que la loi LOM devait mettre l’accent sur les transports du quotidien.

Ces lignes sont rarement électrifiées et sont souvent à voie unique. La signalisation date d’une époque ancienne du ferroviaire. Moins de 20 trains y circulent chaque jour. Elles concernent 16% des ressources investies dans le ferroviaire, mais seulement 2% des voyageurs. Ces petites lignes représentent plus de 9000 kilomètres de voies sur un peu plus de 28 000 km.

Le 8 avril dernier, Jean-Baptiste Djebbari, le ministre des Transports, avait fait un geste pour la survie des petites lignes en annonçant la création de l’Agence de l’innovation pour les transports (AIT), qui sera opérationnelle dès cet été. Elle doit supprimer les freins réglementaires à l’innovation, faciliter les financements et l’accès aux territoires d’expérimentation. Le ministère citait à cette occasion les trains légers sur les petites lignes ferroviaires et la nécessité d’adapter le cadre réglementaire pour favoriser leur développement. Des décisions ont déjà été actées dans le cadre de l’AIT, comme la création d’un groupe de travail justement sur les trains très légers. Ceux-ci permettraient de réduire les coûts de maintenance sur les trains, mais aussi sur les infrastructures (baisser la charge à l’essieu pour moins user la voie) et sur l’exploitation.

Premiers tests en 2022 pour Taxirail

Dans ce domaine, il existe déjà un concept en développement : Taxirail. Ce train léger autonome pourra transporter 40 personnes – 16 places assises, deux pour PMR, des emplacements vélo. Regroupant jusqu'à trois navettes en heures de pointe, il peut au contraire se transformer en transport à la demande aux heures creuses. L’intelligence artificielle permettra de définir les horaires les plus pertinents par rapport aux besoins  des voyageurs.

Le poids de Taxirail devrait atteindre 8 tonnes, contre plus de 50 tonnes pour un TER de 80 places. Il pourra rouler à 100 km/h. La motorisation sera hybride GNV/électrique ou hydrogène et permettra d’avoir une autonomie de 600 kilomètres. C’est Exid-CD, le cabinet d’ingénierie dirigé par Régis Coat, qui développe cette navette et travaille sur le projet depuis 2017. "Nous avons pris un an de retard, notamment pour trouver les financements. 2020 a été une année perturbante pour tout le monde, reconnaît Régis Coat, également président de Taxirail SAS. La prochaine étape, c’est 2022. Les premiers tests seront réalisés avec un prototype construit par notre partenaire industriel Geismar à Colmar." Un premier test qui pourrait avoir lieu en début d’année prochaine en Normandie, qui tient la corde, ou en Bourgogne-Franche-Comté ou en Bretagne.

Taxirail vient de franchir une étape en signant une lettre d’intention avec Akiem, la filiale de la SNCF spécialisée dans les locations de locomotives et trains, pour construire un partenariat industriel et financier. "Elle va nous apporter son expertise technique, notamment sur la maintenance et la surface financière", se réjouit Régis Coat. Sa jeune entreprise, déjà en contact avec les régions et les opérateurs de transport, prévoit de produire 500 navettes en cinq ans et vise une première ligne commerciale en 2024.

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