La décision est prise. Michelin va construire une unité de démonstration industrielle de 5-Hydroxyméthylfurfural (5-HMF), d’une capacité de 3 000 t/an, sur la plateforme chimique de Roussillon, en Isère. Ce projet représente un investissement en Capex de 60 millions d'euros. Il permettra la création d'environ 30 emplois directs et démarrera dans le courant de l’année 2026. Maude Portigliatti, directrice de la division Polymer Composite Solutions chez Michelin et membre du comité exécutif, s’est expliquée sur le choix de Roussillon, gérée par le GIE Osiris. Outre l’accompagnement privilégié pour de nouveaux entrants, « cette plateforme propose une énergie fortement décarbonée, notamment de la vapeur décarbonée à plus de 80 %. C’est une de ses spécificités ».
Michelin travaille sur la production de 5-HMF dans le cadre de sa filiale à 100 %, ResiCare. Créée en 2016, elle a pour but de développer des résines adhésives innovantes alliant haute performance, non-toxicité et matières renouvelables, en remplacement de résines pétrosourcées. Le domaine des colles, qui intéresse autant le secteur du pneu que ceux des panneaux de bois, des matériaux abrasifs, des isolants ou de divers composites, est en forte mutation. Des molécules telles que le résorcinol, le formaldéhyde, le bisphénol ou les isocyanates, qui sont largement utilisées dans ce domaine, font l’objet de réglementations de plus en plus strictes et sont susceptibles d’être remplacées par des solutions plus vertes. Sur ce segment porteur, ResiCare, qui double de taille chaque année, vise désormais les 100 M€ en 2030.
Un procédé développé avec l’IFPEN
C’est avec l’aide de l’IFPEN que ResiCare a pu développer un procédé de production de 5-HMF robuste et performant, à partir du fructose, par déshydratation de cette molécule. Ce procédé sera donc exploité à Roussillon avant de pouvoir être dupliqué, sous licence, dans des installations industrielles de taille encore plus importante, à l’échelle de 20 000 t/an. Michelin n’aura pas forcément vocation à produire à l’avenir cette molécule dont il sera surtout un utilisateur. S’il s’engage sur ce type de projet, c’est pour accélérer l'introduction d’innovations de rupture afin de pouvoir atteindre l’objectif de proposer des pneus fabriqués avec 100 % de matériaux renouvelables à l’horizon 2050. Il poursuit d’ailleurs une stratégie similaire avec le projet BioButterfly, à Bassens, en Gironde, où il a construit un démonstrateur pour un accès à du bio-butadiène biosourcé.
Le marché européen du 5-HMF est aujourd’hui naissant, car la molécule n’est produite qu’en très petite quantité, exclusivement en Asie, et reste inabordable pour des usages industriels. Mais Michelin estime qu’il pourrait se développer et offrir un potentiel de plus de 40 000 tonnes par an à l’horizon 2030.

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Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
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Trim 4 2025
Granulés bois producteurs - vrac€/tonne
Un financement européen du CBE JU, dans le cadre du programme Cerisae
Pour financer son nouveau démonstrateur, Michelin révèle qu’il a reçu le soutien de l’Ademe, mais surtout du programme européen Cerisae, soutenu par le partenariat public-privé CBE JU. Dans le cadre de ce programme, qui courra d’avril 2025 à mars 2029, un consortium porté par Michelin et quinze partenaires européens, dont les Français l’Escom, l’UTC de Compiègne, B4C, l’université de Poitiers, ADM Bazancourt, Arkema, l’IFPEN et le CNRS, recevra 20 millions d’euros de subventions. La moitié de ce montant reviendra à Michelin pour financer une partie de la construction de l’usine, qui vient enrichir la liste des flagships (premières unités industrielles) déjà soutenus par le programme, telles que ceux d’Afyren Neoxy (programme Afterbiochem), de Circa (programme ReSolute) ou d’Ynsect (programme Farmyng) pour ne citer que des projets français. L’autre moitié de la subvention accordée à Cerisae servira à soutenir des travaux menés par les différents partenaires sur l’approvisionnement durable en fructose, notamment à partir de flux secondaires non alimentaires, la conversion du 5-HMF en d’autres molécules, notamment des résines, des plastiques et des produits phytosanitaires, l’obtention d’approbations réglementaires, l’ouverture du marché, la validation de la viabilité technico-économique, environnementale et sociale de l'ensemble de la chaîne de valeur…
« Le lancement de cette première unité, en France, pour produire une molécule biosourcée essentielle pour la chimie verte est un jalon majeur pour le passage à l’échelle industrielle des activités de ResiCare. (…) Cette nouvelle démonstration de la puissance d’innovation du Groupe, fruit d’années de recherche commune avec nos partenaires, préfigure également la création d’une nouvelle filière au niveau européen », a conclu Maude Portigliatti.



