Le rachat de l'usine Metex Nøøvistago d'Amiens (Somme) par le groupe Avril a, certes, permis de sauver un outil industriel unique en Europe et plus de 300 postes, mais il a malheureusement signé la fin d'un savoir-faire exceptionnel de plus de vingt ans en R&D. En réalité Avril s'est surtout intéressé à ces ex-activités d'Eurolysine (groupe Ajinomoto), elles-même reprises par Metex, plutôt que par son site de Saint-Beauzire (Puy-de-Dôme), qui avait vocation à développer et industrialiser chaque année une nouvelle technologie de production de molécule biosourcée par fermentation. En phase d'industrialisation de son acide glycolique (AG), Metex avait obtenu une subvention de 9,6 millions d'euros dans le cadre de France Relance. Sur son site de Carling Saint-Avold (Moselle), Metex produisait ses deux ingrédients phares : l'acide butyrique (AB) et le 1,3-pro-panediol (PDO), à hauteur de 6 000 tonnes par an.
Et c'est pour booster la mise sur le marché d'un nouvel ingrédient par an, que Metex avait fait l'acquisition de cette usine d'Amiens avec son unité de production de lysine par voie fermentaire. Une unité stratégique au niveau européen pour la souveraineté alimentaire puisque la lysine est un ingrédient essentiel de l'alimentation des élevages. Au moment de la transaction, Metex expliquait que cette unité produisait des acides aminés de commodités (la lysine et la thréonine) à hauteur de 80 %, et que les 20 % restants étaient des acides aminés de spécialité à haute valeur ajoutée (valine et tryptophane). La société avait profité de la transaction pour présenter son plan d'action pour ce site : produire son AG sur le site d'Amiens et ainsi faire tomber la part des produits de commodité à 40 %, en 2022-2023. Mais la société a vu trop gros avec la reprise de cette usine qui s'adressait à un marché de commodités. Et elle n'a surtout pas eu le temps de la reconvertir vers des produits à plus haute valeur En réalité, des impondérables et la conjoncture ont bousculé les plans de Metex. Une défaillance sur l'usine a d'abord entraîné un arrêt de production de quelques semaines juste après le rachat. À cela se sont ajouté une hausse des prix de l'énergie et une restructuration de la filière porcine en Europe qui a fait chuter la demande de lysine. Résultat ? En janvier 2023, Metex tirait une première fois la sonnette d'alarme et parvenait à mobiliser les banques et l'État qui ont soutenu le groupe à hauteur de 73 M€.
Mais c'était sans compter sur le cours du sucre qui a flambé. En Europe, la tonne de sucre pouvait atteindre des valeurs jusqu'à 300 euros supérieurs à la tonne de sucre dans le reste du monde. Ce qui a renchérit le coût de production de la lysine d'Amiens. De plus, la Chine a entamé une concurrence agressive sur la lysine déversant du produit à bas coût sur le marché européen. En novembre 2023, la société a une dernière fois alerté sur ses difficultés, prenant à partie les pouvoirs publics notamment dans les colonnes d'InfoChimie. Une procédure antidumping a fini par être lancée sur la lysine chinoise. Ces derniers efforts ne permettront pas de sauver ce fer de lance de la biotech française.



