L'impression 3D pour la pharma a tout du serpent de mer. « MB Therapeutics a été créé sur la base d'une dizaine d'années d'expérience », rappelle ainsi Stéphane Roulon qui a lancé l'entreprise en 2023, après une expérience dans le développement, acquise sur le site montpelliérain de Sanofi.
Annoncée de longue date, l'impression 3D de médicaments se confrontait jusqu'à présent au casse-tête réglementaire pour les entreprises soucieuses de se lancer sur ce marché. Comment imprimer sans passer par l'ensemble des contraintes de production qui encadrent la fabrication pharma ? « Nous avons vu très clair sur la marche à suivre et notre projet a été construit autour de la démarche réglementaire, prise en compte dès l'origine », rappelle Stéphane Roulon.
MB Therapeutics Les deux fondateurs de MB Therapeutics, Ian Soulairol (à gauche) et Stéphane Roulon (à droite).
Il faut dire que l'impression 3D de médicaments a de quoi séduire sur le papier. Automatisée, adaptée à des petits lots de production, la technologie est capable de réaliser des traitements au dosage varié. « L'idée est d'avoir une combinaison entre une formulation de qualité industrielle et une délocalisation de la production par impression 3D », explique Stéphane Roulon.

Des cartouches pharmaceutiques, prêtes à imprimer
MB Therapeutics s'est inspiré des cartouches d'encre pour proposer son propre consommable, fabriqué dans des conditions BPF et prêt à être utilisé. « La cartouche est produite par MB, en salle propre, puis envoyée aux pharmacies »,présente le fondateur.
Le système d'impression repose sur une cartouche remplie en salle propre par MB Therapeutics.
MB Therapeutics La cartouche de forme allongée fait une quinzaine de centimètres. Elle contient sous une forme pâteuse les ingrédients nécessaires pour créer des formes orales : le principe actif, mais aussi les excipients et les agents de dosage. « Le pharmacien ou le préparateur n'a plus qu'à insérer la cartouche dans l'imprimante et, sur un écran tactile, il peut lancer la production en sélectionnant un fichier d'impression avec une recette validée par nos soins », poursuit Stéphane Roulon.
En quelques secondes, de l'air comprimé va pousser la matière dans une vis sans fin qui extrude et la buse dépose une pâte blanche par couches concentriques. Un premier comprimé prend forme puis la tête d'impression se déplace de quelques centimètres pour répéter l'opération. « Le dosage volumétrique permet de s'affranchir d'une certaine variabilité physico-chimique de la pâte, d'avoir une uniformité de masse, de teneur, permettant une reproductibilité », détaille le dirigeant de MB Therapeutics.
Une fois terminé, le lot produit peut être récupéré par l'opérateur pour être mis dans un pilulier ou sous blister. La tête d'impression est amovible, le technicien peut la retirer pour la nettoyer, une fois le lot terminé. Les imprimantes 3D sont conçues pour être déposées sur une paillasse, à hauteur de technicien. « Il faut une journée de formation pour prendre en main une impression simplifiée », précise Stéphane Roulon.
Pour l'heure, le procédé est réservé aux petits lots « jusqu'à 1 500 unités », précise-t-il. La technique offre une grande polyvalence dans les molécules à produire. « L'avantage c'est que la buse ne chauffe pas, toutes les molécules thermosensibles peuvent être prises en charge », alors que la startup se focalise pour l'heure sur les petites molécules.
Autre avantage : la possibilité de proposer des formulations complexes et habituellement réservées à une production industrielle, telles que des formes orales orodispersibles. L'entreprise travaille au développement de trois premières molécules, « essentielles, sur lesquelles il y a de grands besoins pour des publics variés : pédiatrie, adulte, gériatrie », souligne-t-il, avec un début de production espérée pour 2026.
Des applications de l'officine à l'industrie
Ces premiers projets sont menés en partenariat avec des hôpitaux, destinés à être les premiers utilisateurs de la technologie. « De nombreuses préparations, par exemple pédiatriques, doivent prendre en compte des formulations personnalisées, auxquelles l'industrie pharma ne répond pas », explique le dirigeant.
De fait, « une cinquantaine d'officines en France produisent des médicaments. Ce sont des préparations réalisées à la main avec du broyage, du mélange, l'impression 3D peut prendre le relai sur ces fabrications », précise-t-il. L'évolution reste par ailleurs vue d'un bon œil par les autorités réglementaires, conscientes du « besoin d'augmenter laqua-lité de ces préparations d'officine », rappelle le dirigeant.
La bascule sur une impression 3D pourrait entraîner des gains de temps, chiffrés de 20 à 80 % par MB Therapeutics, par rapport à une préparation manuelle. De quoi voir l'équipement rentabilisé en un à quatre ans, chiffre la jeune pépite montpelliéraine
Au-delà de ce premier marché de la préparation officinale, les possibilités sont infinies. « On croit beaucoup à des applications pour les biotechs qui peuvent ainsi facilement ajouter une ligne de production. L'industrie pharma peut s'emparer aussi de la technologie dans des phases précoces de développement », projette déjà Stéphane Roulon.
En amont de la mise au point d'une cartouche, un important travail de développement et formulation de la matière reste nécessaire. « Un travail relativement proche de ce qui est fait par ailleurs sur un composé classique », nuance Stéphane Roulon.
Le développement comprend tout le travail d'étude physico-chimique pour les ingrédients de la cartouche ainsi que les études de stabilité. « En tant qu'établissement pharmaceutique, MB Therapeutics est responsable de la cartouche produite et de la qualité des données fournies », précise son dirigeant.
Pour mieux accompagner sa croissance, la start-up a commencé à aménager la salle propre qui, demain, produira les cartouches d'impression sur son site montpelliérain. L'entreprise a levé 2 millions d'euros pour avancer sur ses différents projets. De quoi faire grandir ses effectifs, pour passer de huit à une vingtaine d'employés, d'ici deux ans.
« L'idée sera ensuite de pouvoir proposer davantage de molécules, d'aller sur des relais de croissance, par exemple dans le vétérinaire ou sur des molécules avec AMM, en s'appuyant sur le parc de machines déjà installées en officine », ambitionne Stéphane Roulon.



