Chronique

L’aluminium rebondit face aux menaces de sanctions sur les métaux russes

Les cours de l’aluminium ont rebondi de 10% depuis que la Bourse des métaux de Londres envisage d’interdire les livraisons de métaux russes dans ses entrepôts. De quoi enrayer la longue glissade des cours depuis avril.

Réservé aux abonnés
Aluminium pour canettes
Les cours de l’aluminium ont rebondi de 10%, une inversion par rapport à la glissade des derniers mois.

Après le pétrole et le charbon, les métaux russes sont-ils les prochains sur la liste des sanctions contre Moscou? Pour l’instant, l’Union européenne a soigneusement évité de s’engager sur ce terrain. Mais la question devient plus pressante. La Bourse des métaux de Londres (LME) a lancé fin septembre une consultation auprès de ses membres pour interdire les nouvelles livraisons de métaux russes dans ses entrepôts. Rien n’est encore décidé.

Le groupe américain Alcoa fait partie des plus remontés. Dans une lettre au London metal exchange révélée par Bloomberg, le fabricant d’aluminium a réclamé au LME que le marché ne serve pas de «marche de dernier ressort» pour les métaux russes. Il se fait le relais des inquiétudes de certains acteurs sur le marché face à la stratégie de Rusal, le plus gros producteur d’aluminium hors de Chine, avec près de 6% de la production mondiale. Alors que les acheteurs négocient actuellement leurs contrats pour 2023, les groupes européens boycottent volontairement les fournisseurs russes. C’est ce qu’a annoncé Norsk Hydro pour ses approvisionnements d’aluminium. Rusal rencontrerait des difficultés pour écouler ses volumes de production et pourrait les déposer en grande quantité dans les stocks gérés par les LME. Avec le risque de perturber les prix sur le marché, qui servent de référence mondiale.

La production chute en Europe, mais pas ailleurs

L’annonce des «sanctions» possibles par le LME a eu l’effet inverse. Depuis fin septembre, les cours ont progressé de près de 10%, pour s’approcher des 2 300 dollars la tonne. Le niveau reste près de deux fois plus faible que lors de son pic d’avril. Au début de la guerre en Ukraine, les craintes de ruptures d’approvisionnement russe avaient fait bondir le cours à 4 000 dollars. Depuis, l’aluminium a reculé, comme la plupart des métaux industriels. Le ralentissement économique a fait chuter les perspectives de demandes mondiales.

En face, la production en Europe a été laminée, avec près de la moitié des capacités de production affectées par la crise énergétique. Le continent a déjà perdu plus d’un million de tonnes de production, selon ING. Mais l’offre reste soutenue au niveau mondial et a progressé de 3,5% en août, d'après l’Institut international de l’aluminium. En Chine, les usines ont été moins pénalisées par la sécheresse dans le Yunnan. La production russe surtout reste soutenue, malgré l’embargo décrété en mars par l’Australie sur ses exportations de bauxite et d’alumine, qui servent à la production d’aluminium vers la Russie. Les importations depuis la Chine ont permis de compenser. Depuis l’invasion de l’Ukraine, l’aluminium russe continue d’inonder le marché européen. Les exportations russes vers l’Europe ont en moyenne progressé de 13% par rapport à 2021 entre mars et juin. Celles vers les Etats-Unis ont progressé de 21% selon une analyse de Reuters. De quoi compliquer encore un peu plus la situation des producteurs européens.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs