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Marine Le Pen promet "un crédit d'impôt péage" aux transporteurs français et dévoile ses ambitions dans l'hydrogène

La candidate à l'élection présidentielle, qui a lancé sa campagne à Fréjus dimanche, s'est rendue ce mardi 14 septembre au Salon de l'innovation transport logistique (SITL). L'occasion pour Marine Le Pen d'ouvrir le dialogue avec les routiers, de partager ses projets de soutien du secteur et sa vision des enjeux énergétiques.

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Marine Le Pen SITL 14 septembre 2021
Des routiers sympas avec Marine Le Pen au SITL (Salon de l'innovation transport logistique) ce 14 septembre 2021.

Sur la route de l’élection présidentielle de 2022, Marine Le Pen a commencé, en toute discrétion, par une petite visite à ceux qui la tracent. Au SITL (salon de l’innovation transport et logistique) ce mardi 14 septembre à la Porte de Versailles à Paris, de stand en stand, elle a porté une attention toute particulière aux transporteurs routiers. Ces transporteurs, selon elle, « victimes du cabotage des transporteurs internationaux » des pays limitrophes de l’Europe. Qu'importe que l’Union européenne ait abouti, en juillet 2020 dans son paquet Mobilité, à un règlement pour garantir une concurrence plus saine entre les pays, car « le problème, c’est le manque de contrôle et le fait que l’Europe ne tient pas compte que nous sommes un carrefour et nous impose les mêmes règles que les autres pays, alors qu'à l’évidence nous sommes un pays de transit. Nos routes sont extrêmement sollicitées par les camions étrangers. L’égalité n’est pas l’équité dans ce domaine.» Mais au-delà de l’habituelle contestation des décisions de l’Union européenne, elle a aussi proposé des mesures à portée nationale.

Crédit d’impôt péage

La première concerne le coût des autoroutes, dont elle veut favoriser l’usage pour éviter que « des camions ne traversent les villages ». Sur le stand de la FNTR et de TLF,  les deux syndicats professionnels du secteur, elle a affirmé « je ne veux pas que pour des raisons de coût, les transporteurs fassent le choix des routes nationales contre les autoroutes, c’est un sujet de sécurité et d’aménagement du territoire. » La reprise par l’Etat des concessions autoroutières est une des premières mesures phares de son programme, annoncé la semaine dernière. Une nationalisation prévue également dans le programme d’Arnaud Montebourg.

Cette mesure a comme enjeu principal une baisse des tarifs de péages de 10 à 15 % pour les particuliers, mais Marine Le Pen n’a pas oublié d’intégrer les professionnels de la route dans la boucle. Consciente de l’impraticabilité d’une taxe qui différencierait les poids lourds étrangers des français, elle a donc dévoilé son intention de « créer un crédit d’impôt sur l’IS portant sur une partie du montant des péages autoroutiers réglés par les transporteurs. »  Le taux de réduction n’a pas encore été fixé.

Elle a également proposé de supprimer la taxe à l’essieu, qui incombe aux transporteurs de plus de 12 tonnes. Cette taxe, qui ne rapporte que 167 millions d’euros à l’Etat, selon un rapport de la Cour des comptes de 2018, n’est pas des plus pénalisante pour les transporteurs, qui ont plutôt fait valoir à Marine Le Pen le poids de la TICPE, qui leur coûte 1,4 milliard par an. Vanessa Ibarlucea, porte-parole de la FNTR, a indiqué à Marine Le Pen que « l’Union européenne permettait de fixer un montant beaucoup plus bas que celui en vigueur en France, ce dont ne se privent pas les Belges et les Espagnols.» Point que la candidate a scrupuleusement noté.

Le projet de nationalisation des autoroutes ne se limite pas aux baisses de tarifs, car Marine Le Pen veut utiliser les marges dégagées, qui n’iront plus en dividendes à l’aménagement de nouvelles sorties, d’équipements et d’infrastructures pour les routiers, pour redonner de l’attractivité au métier. Dans un grand élan lyrique, elle a déclamé « l’autoroute, ce sont les artères de la France, c’est le sang d’un organisme, cela conditionne l’attractivité d’un territoire.» Mais quid des enjeux de décarbonation de tout ce qui roule sur nos routes et autoroutes ? 

Non au tout électrique  

En la matière, Marine Le Pen est farouchement opposée au « tout électrique ». Sur le stand des transporteurs au GNL (gaz naturel liquiéfié), où elle est chaleureusement accueillie, elle affirme « Moi, je ne suis pas favorable à l’électrification de tous les véhicules. C’est une délocalisation de la pollution et un risque pour notre souveraineté en matière d’approvisionnement. Cela va se terminer comme avec le diesel. Au bout de dix ans, on va se rendre compte que ce n’est pas bon. De plus, le rythme de baisse des émissions imposé par l’Europe est beaucoup trop rapide.» Le gaz fossile est largement critiqué à la fois pour son empreinte carbone et la dépendance de l'Europe aux importations de gaz russe.

Les spécialistes du GNL, qui réclament que leurs émissions soient calculées « du puits au pot d’échappement » et non seulement « au pot », applaudissent des deux mains en lui présentant un petit utilitaire « qui coûte trois fois moins cher qu’un véhicule électrique ». « Et les moteurs d’Iveco sont fabriqués en France », ajoute un de ces professionnels.

Les centrales nucléaires dédiées à l’hydrogène

Quelle solution de décarbonation du transport alors ? Marine Le Pen a une réponse toute trouvée : l’hydrogène, fabriqué grâce à l'électricité de nos centrales nucléaires. « Dès 2004, je proposais des pôles de recherche et d’excellence sur l’hydrogène. J’y crois car je sais qu’on peut le fabriquer à bas coût. Nos centrales nucléaires peuvent tourner la nuit où on ne fait rien de l’électricité.» Un raccourci un peu rapide, cette électricité servant à la fois à alimenter les services essentiels et les industries électro-intensives qui tournent souvent en continu. Mais aussi à remonter de l'eau dans les stations de transfert d'énergie par pompage (step) d'EDF pour équilibrer le réseau lors des pics de consommation. Il reste néanmoins des capacités disponibles qui pourraient être dédiées à la production d'hydrogène par électrolyse.

Interrogée sur le fait qu'elle rejoint là la position d’un commissaire européen, Thierry Breton, qui milite pour cette option, elle rétorque, enjouée: « Si Thierry Breton l’a dit récemment, alors que je le dis depuis vingt ans, c’est donc lui qui est d’accord avec moi.» Pour les transporteurs présents sur le salon, si cette solution offre des opportunités, elle n’est pas pour demain, mais plutôt pour après-demain. Notamment faute d'infrastructures et de véhicules lourds prêts à utiliser cette énergie.

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