Décryptage

Orano affiche une performance solide malgré des difficultés de production dans ses mines d’uranium

Orano présente de bons résultats pour 2023, avec un chiffre d’affaires en hausse de 13,1%. Si la branche mines du groupe pâtit de difficultés extérieures, au Niger et au Kazakhstan, et ne profite que peu de l’envolée des prix du combustible nucléaire, le groupe se rattrape sur l’enrichissement et l’aval du cycle.

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mines d'uranium à ciel ouvert au Niger Orano
L'usine de concentration de la mine de la Somaïr, au Niger a été mise en maintenance en raison d'un manque de réactif suite au coup d'Etat de juillet 2023.

Le paradoxe est notable. Malgré une flambée des prix de l’uranium naturel jamais vue depuis plus d’une décennie, les mines ne tirent pas leur épingle du jeu dans l’activité d’Orano. Alors qu’en 2022, les bénéfices du champion français du combustible nucléaire avaient été dopés par l’extraction d’uranium (qui a atteint 7524 tonnes), l'entreprise a connu en 2023 des difficultés de production dans toutes ses mines, a expliqué le nouveau directeur général d’Orano, Nicolas Maes, lors d’une rencontre avec la presse organisée en amont de la publication de ses résultats annuels, vendredi 16 février.

En 2023, le groupe n’a produit que 7146 tonnes d’uranium, entraînant une baisse du chiffre d’affaires dans l’activité mines de -1,8%, à 1,3 milliard d’euros. Le groupe français affiche néanmoins un chiffre d’affaires global en croissance de 13,1%, à 4 775 millions d’euros. Son résultat opérationnel, à 635 millions d’euros, est lui aussi en hausse malgré une baisse notable (-34%) dans le segment minier.

Manque d’acide sulfurique au Kazakhstan

Que s’est-il passé ? Dans ses mines du Niger et au Kazakhstan, Orano a fait face à des événements externes, et «pas à des problèmes de performance», défend Nicolas Maes, qui a un temps dirigé l’unité “mines” du groupe. Au Niger tout d’abord, le coup d’Etat du 24 juillet a compliqué l’exploitation. En septembre, Orano «a été obligé d’arrêter l’usine du fait du manque d’intrants, et notamment de soude», explique Nicolas Maes. D'où une production très diminuée dans le pays d'Afrique de l'Ouest, avec de l’ordre de 1200 tonnes en 2023 contre un peu plus de 2000 l’année précédente.

Au Kazakhstan ensuite, Orano exploite un gisement historique en fin de vie et a été touché par un manque d’acide sulfurique (qui est injecté à même le sol pour y capter l’uranium, avant d’être récupéré par pompage) qui affecte toute la filière, y compris le géant Kazamtomprom. La production de Katco, la filiale locale qu’Orano possède à 51%, dépasse de peu les 2000 tonnes avec un déficit de production de l’ordre de 400 tonnes par rapport à la normale. Elle risque de rester dégradée jusqu’à la construction d’une nouvelle usine d’acide, attendue pour 2026. Une date à laquelle le gisement South Tortkuduk, dans lequel Orano a investi 180 millions d’euros et qui doit commencer à produire dans le courant de l’année, devrait refaire du géant d’Asie centrale l’une des bases fortes d’Orano.

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Parmi les trois pays où Orano produit de l’uranium à échelle industrielle, seul le Canada – où les mines de McArthur River et de Cigar Lake, dans lesquelles Orano possède des parts très importantes, sont opérées par le groupe Cameco – se distingue. «Nous sommes remonté en puissance un peu plus lentement qu’anticipé, mais nous avons produit environ 1000 tonnes de plus que l’année précédente [2940 tonnes en 2022], et nous nous attendons à remonter encore», annonce Nicolas Maes, qui rassure sur les capacités de son groupe à produire de l’uranium dans les prochaines années.

L’usine de la Somaïr, au Niger, repart en mode dégradé

Autre signe de confiance : au Niger, «nous avons redémarré la production de l’usine en volume réduit le week-end dernier, et nos enjeux consistent à continuer à l’alimenter en réactifs ainsi qu’à trouver les voies pour pouvoir exporter de l’uranium», confie le DG d’Orano en précisant que diverses solutions existent à coût raisonnable. Enclavé au milieu du Sahel, le Niger a besoin d’un accès à la mer pour exporter ses produits et fait face aux fermetures des frontières de plusieurs pays voisins alors que la junte au pouvoir est jugée illégitime par la Cédéao.

«Notre conviction c’est qu’on va pouvoir reprendre la production à des ryhtmes plus soutenus au Niger» et y produire «en gros la même chose que 2022», précise Nicolas Maes qui vante la «résilience» d’un site qui «ne dépend pas des expatriés pour tourner, en tout cas pendant un moment». La filiale d’Orano sur place, la Somaïr, est détenue à près de 37% par l’Etat nigérien et le groupe français est bien implanté et difficilement remplaçable. «Nous n’avons pas subi de geste d’hostilité des autorités de fait. Elles sont très attachées à ce que la production puisse se passer et sont plutôt dans une démarche d’aider cette reprise», souligne le DG d’Orano.

Le Niger ne représente par ailleurs que 15% des capacités de production d’uranium du groupe, un chiffre «significatif, mais qui ne met pas tout le système en péril», insiste Nicolas Maes. Dans son portefeuille, le groupe français compte aussi à moyen-terme sur des projets au Canada, en Ouzbékistan et en Mongolie, où il possède à chaque fois des pilotes et doit valider ses investissements.

Sauvé par l’enrichissement et l’aval

Comment, dès lors, expliquer les bons résultats d’Orano ? Le marché n’est pas la réponse. Les cours du yellowcake ont explosé en 2023, jusqu’à dépasser les 100 dollars la livre en début d’année 2024 après avoir oscillé entre 47 et 53 dollars en 2022 ! Mais Orano en bénéficie peu en raison de contrats peu indexés sur les prix du marché ou encadrés par des plafonds, qui lui permettent de rester résilient quand les cours sont bas mais entraînent une inertie des bénéfices quand le marché est à la hausse. Si Orano s’en sort bien, c’est donc «davantage en raison d’un effet volume, notamment pour l’amont et l’enrichissement, que d’un effet prix», décrypte le directeur financier du groupe, David Claverie. Dans le détail, le chiffre d’affaires est en forte hausse dans les activités de conversion et d’enrichissement (+17,5%) ainsi que dans le recyclage du combustible et l’aval (+21,1%).

Dans le premier cas, c’est la hausse de la demande pour ce procédé long et complexe qui sert à rendre le yellowcake utilisable par la plupart des réacteurs nucléaires qui a joué, alors que «les besoins sont de plus en plus notables du fait, notamment, du désengagement nécessaire par rapport aux approvisionnements russes», qui représentent encore un quart des besoins européens et américain, chiffre David Claverie. Conscient de la demande, Orano porte un projet d’augmentation de ses capacités d’enrichissement à 1,7 milliard d’euros au Tricastin (Vaucluse), pour lequel l’entreprise affirme avoir précommercialisé 70% de la production de cette extension sur la période 2030-2040, en majorité pour des clients américains.

Dans le second cas, Orano bénéficie d’un «redressement des activités de production dans le secteur aval et notamment dans l’usine de Melox [qui produit des assemblages de combustible à partir d’uranium et de plutonium recyclés, issus de combustibles usés, dans le Gard]», détaille David Claverie. De quoi faire passer le résultat net de l’aval en positif, et continuer le désendettement d’Orano. Une bonne nouvelle alors que le groupe prévoit d’importants investissements dans la gestion du combustible nucléaire mais passe aussi à l’industrialisation de ses deux grands projets de diversifications : les matériaux pour batteries à Dunkerque, et les traitements pour le cancer à Bessines-sur-Gartempe. De quoi diminuer davantage la sensibilité du groupe aux imprévus du marché de l'uranium.

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