Directeur général Industrie du groupe Seb (7,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2022) depuis mai 2023, Richard Lelièvre supervise les achats, les usines, la sous-traitance, la supply chain et les fonctions support du fabricant d’électroménager. Ce périmètre recouvre entre 18 000 et 20 000 personnes, sur les 30 000 que compte le groupe. Pour sa première prise de parole depuis son entrée en fonction, cet ingénieur des Arts et Métiers passé par Arkema répond aux questions de L’Usine Nouvelle.
Quels sont les défis à relever dans le groupe ?
Le groupe Seb compte 41 sites industriels dont 11 en France (sur un total de 24 usines en Europe). Le groupe est attaché à conserver son implantation industrielle locale, notamment en Europe qu’il considère comme une force. Nous sommes très implantés en France entre autres, ce qui est assez unique. Il s’agit d’avoir un ancrage local fort pour assurer la proximité et la réactivité avec nos marchés, dans un groupe très international. Nous sommes aussi d’ailleurs leaders du petit électroménager et des articles culinaires en Chine, par exemple.
Un des premiers enjeux consiste à assurer la compétitivité du groupe partout où il opère. Ce n’est pas sans créer de challenges : c’est un combat de tous les jours que de maintenir nos sites européens compétitifs. Cela passe par de très importants investissements dans la robotisation, l’automatisation de nos process, la réduction de nos coûts énergétiques, le rapprochement entre nos usines et la R&D pour apporter sans cesse des solutions pour améliorer notre compétitivité et des innovations à nos produits... Nous fabriquons des produits qui ont vocation à améliorer la vie des gens. Il faut donc être extrêmement proches des besoins des consommateurs, qui sont différents en France ou dans d’autres pays européens, par exemple.
Conserver en interne au moins 70% de notre production constitue un vrai gage d’indépendance
— Richard Lelièvre
Quelle part de votre production est sous-traitée ?
La stratégie générale du groupe, depuis une dizaine d’années, a toujours consisté à conserver en interne au moins 70% de sa production. C’est un vrai gage d’indépendance. Cela nous permet entre autres d’assurer la réparabilité de nos produits pendant quinze ans. L’intégration industrielle est un facteur clef de nos activités.
Qu’implique le développement du pôle professionnel, suite aux différents rachats récemment effectués ?
Nous sommes leader mondial du petit électroménager grand public et du café professionnel depuis l’acquisition de WMF en 2016. Désormais nous devons aussi intégrer différentes acquisitions, et réaliser des synergies, sans casser le dynamisme de PME innovantes qui ont réussi par le passé avec succès. Il faut faire preuve de beaucoup de pragmatisme. Sur les achats, nous pouvons créer de la valeur et les aider. Il faut aussi les accompagner en matière d’excellence opérationnelle, d’optimisation de la production, et sur la montée en standards environnementaux par exemple. Une partie de la production sous-traitée peut aussi éventuellement être réinternalisée dans d’autres entités du groupe.
Maîtriser l’approvisionnement de la plupart des composants permet d’être présent sur la durée
— Richard Lelièvre
La question de la réparabilité des produits devient centrale dans la décision d’achat des consommateurs. Qu’est-ce que cela change ?
Assurer une réparabilité pendant quinze ans, cela n'arrive pas par hasard, avec plus de vingt ans d’expertise sur l’éco-conception, qui inclut le design de produits destinés à pouvoir être réparés. Le fait de maîtriser l’approvisionnement de la plupart des composants permet d’être présent sur la durée. Notre centre mondial de distribution de pièces détachées est situé à Faucogney-et-la-Mer (Vosges), en France, où l’on stocke près de 50 000 références et où l’on fabrique des milliers de pièces en impression 3D. Le fait que les consommateurs s’y intéressent de plus en plus est pour nous, une formidable opportunité. Il y a aussi un enjeu de recyclabilité des produits, avec des collectes de produits amenées à se développer. Il y a le cadre des filières de responsabilité élargie du producteur, qui organise les choses en France, mais aussi des opérations menées de façon volontaire avec nos distributeurs, pour récupérer des articles culinaires ou d’électroménager par exemple.
Comment vos usines peuvent-elles améliorer leur bilan environnemental ?
Sur nos sites européens, nous travaillons beaucoup sur le remplacement d’outils par des machines moins énergivores, comme par exemple les presses à injecter. Il y a aussi des investissements massifs dans l’isolation de nos bâtiments, notamment en France. A l’automne 2023, en Chine, nous avons par ailleurs installé des panneaux solaires sur l’une de nos usines, et nous avons encore de nombreux projets au cours des trois ans à venir.



