Les nouveaux médicaments de Lilly et Novo Nordisk indiqués en traitement du diabète ou de l’obésité représentent déjà des locomotives pour leurs laboratoires. Le tirzépatide de Lilly et le sémaglutide du laboratoire danois ont marqué les esprits lors de la présentation des résultats trimestriels. Deux molécules qui agissent au niveau du système digestif en favorisant la satiété. Une nouvelle façon de lutter contre le diabète de type 2 et de favoriser une perte de poids. Ces deux médicaments partagent aussi des similitudes dans leurs chiffres de ventes, à la croissance flatteuse.
Voir aussi notre article : Révolution en vue sur les traitements du diabète et de l’obésité ?
Dernier arrivé sur le marché, le Mounjaro (tirzépatide) de Lilly a rapporté 979 millions de dollars (902 M€), sur le seul deuxième trimestre, et plus d’1,5 Mrd $, depuis le début de l’année. La molécule atteint déjà le statut de blockbuster, en franchissant la barre symbolique du milliard de ventes. Autorisé en 2022 contre le diabète de type 2, Mounjaro a bénéficié d’un lancement fracassant, au point de probablement devenir, à la fin de l’année, le deuxième produit le plus vendu de Lilly, derrière le Trulicity (dulaglutide), son antidiabétique (encore) phare. Un résultat d’autant plus méritant que le laboratoire « a connu et s’attend à connaître des retards ponctuels pour satisfaire les commandes du produit ».
Le sémaglutide pèse pour plus de la moitié des ventes de Novo Nordisk
Même réussite et même problèmes d’approvisionnement rencontrés du côté du laboratoire danois, Novo Nordisk. Son sémaglutide, décliné sous les marques Ozempic (forme injectable) et Rybelsus (voie orale) pour le diabète, et Wegovy, pour le traitement de l’obésité continue d’affoler les compteurs.
Sur le premier semestre 2023, Ozempic a rapporté près de 41,7 Mrds DKK (5,5 Mrds €), en progression de 58 %, par rapport à la même période en 2022, et Rybelsus, 8,3 Mrds DKK (1,1 Mrd €). Sous la marque Wegovy, la molécule a connu, là aussi, une progression impressionnante avec 12 Mrds DKK (1,6 Mrd €) de ventes contre 2,6 Mrds DKK, sur le premier semestre 2022. À lui seul, le sémaglutide représente plus de la moitié des ventes du laboratoire. Au point de changer la trajectoire globale de ce dernier qui a engrangé 108 Mrds DKK, sur la période, en progression logique de 29 %. « Cette performance sur les six premiers mois nous permet de rehausser nos prévisions de ventes pour 2023 », s’est félicité Lars Fruergaard Jørgensen, le p-dg de Novo Nordisk.
Si les deux molécules n’en sont pas tout à fait au même stade de lancement, elles peuvent aussi compter sur de nouvelles données cliniques pour étendre encore leur horizon.
De nouvelles données prometteuses sur la perte de poids… et en cardiologie
Le tirzépatide de Lilly n’est ainsi, pour l’heure, qu’indiqué contre le diabète. Lilly table sur une autorisation de la FDA possible sur l’indication de lutte contre l’obésité, dès la fin d’année. Il faut dire que le laboratoire américain accumule les preuves d’efficacité sur la perte de poids. Son étude appelée Surmount4 a montré un effet durable de la perte de poids due au tirzépatide, avec en moyenne des patients qui ont perdu 26 % de leur poids en 88 semaines, dont déjà 21 % sur les neufs premiers mois de traitement.
Pour Novo Nordisk, la prochaine étape pour le sémaglutide pourrait concerner une indication en cardiologie. Le laboratoire a mené un essai, présenté comme le plus grand essai réalisé par le laboratoire, sur plus de 17 000 patients, pour évaluer sa molécule contre la survenue d’accidents cardiaques, chez les personnes en surpoids. Novo Nordisk espère que les données, positives, lui permettront de déposer une demande d’autorisation sur cette aire thérapeutique en Europe et aux États-Unis, dès cette année.
Des traitements peu présents en France
En France, seuls l’Ozempic de Novo Nordisk est, pour l’heure, autorisé sur le diabète de type 2, depuis 2022, alors que le Wegovy dispose d'une autorisation d'accès précoce sur l'obésité.
Face au détournement de l'Ozempic pour perdre du poids, un phénomène amplifié sur les réseaux sociaux, l’ANSM avait alerté au printemps dernier sur la progression des mésusages. L’agence avait estimé que ceux-ci concernaient 1,4 % des patients remboursés pour l'Ozempic. Un phénomène qui a pour conséquence de renforcer les tensions d’approvisionnement et le risque de rupture pour les patients diabétiques.
Pas de quoi ralentir les laboratoires concernés, dans leur course aux nouveaux traitements. Novo Nordisk et Lilly avancent sur d’autres molécules, déjà en phase II. Et les laboratoires continuent d’investir en amont. La semaine dernière, Novo Nordisk s’est ainsi emparé d’Inversago Pharma, une biotech qui développe de nouveaux traitements pour favoriser la satiété. Une opération estimée à plus d’un milliard de dollars. Lilly n’est pas en reste. En juillet dernier, le laboratoire a mis la main sur Versanis pour 1,93 Mrd $. De quoi alimenter encore un pipeline pour faire émerger de futurs traitements. Et se renforcer face à la concurrence. Si, pour l’heure, les deux laboratoires continuent de croître en parallèle, leur appétit sur le marché pourrait bientôt les opposer.



