Liaison ferroviaire Lyon-Turin, le gouvernement français sous la pression de l’Europe

Bruxelles et Rome commencent à perdre patience. Le gouvernement n’a toujours pas pris sa décision sur le futur tracé des accès du Lyon-Turin, au risque de perdre pour six ans les financements européens.

Réservé aux abonnés
Le projet du Lyon-Turin
La nouvelle ligne Lyon-Turin, qui devait entrer en service en 2030, pourrait être à nouveau retardée.

Le gouvernement français s’était engagé à annoncer sa décision sur le tracé des accès au tunnel ferroviaire du Lyon-Turin le 31 mars au plus tard. La décision n’est toujours pas tombée, entre un ministre des Transport occupé à préparer sa reconversion et les élections. Trois mois plus tard, la Commission européenne commence à perdre patience et les Italiens ne comprennent pas, eux qui ont déjà bien avancé sur le projet. Or le temps est compté.

Si le gouvernement ne donne pas sa réponse avant la fin de l’année, c’est 50% du financement du projet - évalué à environ 18 milliards d’euros - qui pourrait être repoussé aux calendes grecques. En un mot, si Français et Italiens manquent le train des subventions cette année, il faudra sans doute attendre 2027 pour se raccrocher au suivant. Autant dire que l’ouverture de la ligne, prévue autour de 2030, serait à nouveau reportée. Le tunnel serait, en réalité, prêt en 2032. La coordinatrice européenne chargée de ce dossier, Iveta Radicova a demandé d’accélérer et de prendre des décisions claires.

Un financement européen de 50% du coût du Lyon-Turin en jeu

« L’Europe peut financer les projets de liaisons transfrontalières jusqu’à 50%, ce qui est le cas pour le Lyon-Turin, explique Stéphane Guggino, délégué général de la Transalpine, comité de soutien au projet regroupant entreprises et collectivités. Et le mécanisme pour l'interconnexion en Europe (MIE) y ajoute un bonus de 5% sur le tunnel pour une maîtrise d’ouvrage très intégrative. » Le coût du tunnel seul est évalué à 8,6 milliards (en euros constants 2012).

Aujourd’hui les investissements côté italien s’élèvent à 1,9 milliard d’euros. Pour la France, tout dépendra de l’option prise par le gouvernement sur les 140 kilomètres entre Lyon et la vallée de la Maurienne. Les études ont été lancées en 2019 et sont prêtes. La Déclaration d’utilité publique (DUP) remonte à 2013. Parmi les trois scénarios étudiés, les collectivités locales privilégient le tracé à grand gabarit, qui doit favoriser le fret tout en permettant de faire circuler les TGV. Son coût de 6,7 milliards est supérieur aux deux autres tracés (environ 5 milliards d’euros). Au total, l’ensemble du projet devrait coûter 18 milliards d’euros. Il existe également une opposition écologiste au projet, qui souhaite privilégier les ouvrages existants avec le tunnel du Fréjus. Celui-ci demanderait d’importants investissements et sa pente est jugée rédhibitoire pour assurer une connexion efficace répondant aux besoin de report modal.

92% du fret passe par la route

« Entre la Suisse et l’Italie, il existe trois tunnels pour transporter 70% des volumes échangés entre les deux pays, rappelle Stéphane Guggino. Entre la France et l’Italie, les volumes transportés sont de 46 millions de tonnes, mais 92% sont actuellement acheminés par la route. Le but est de réduire le nombre de poids lourds, qui s’élève à 3 millions par an. » Et pour les voyageurs, le tunnel permettrait de gagner 45 minutes entre Paris et Milan. Avec les accès, ce serait plus de 1h30.

« Les Italiens sont prêts pour mettre les voies d’accès en service en même temps que le tunnel. En France, il nous reste dix ans pour réaliser 140 kilomètres avec des tunnels, alors que nous en sommes au stade de la DUP », s’alarme-t-on du côté de la Transalpine. Le rapport sur le scénario privilégiant le fret est donc prêt depuis fin 2021 et personne n’a de nouvelles du gouvernement. « Tout le monde s’impatiente, les collectivités, les entreprises… SNCF Réseau a fait toutes les études. Et il y a une incompréhension du côté italien. Sans parler de question d’honneur, il faut impérativement que l’on tienne nos engagements, demande Jacques Gounon, président de la Transalpine. Il y a un projet très utile, très écologique. Faisons-le ! »

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs