Avec une capacité d'électrolyse installée de 10 mégawatts, c’est deux fois plus que ce qui était envisagé au départ. Le 18 octobre, l’entreprise nantaise Lhyfe pose la première pierre de son usine de production d’hydrogène vert en région Auvergne-Rhône-Alpes. Avec un démarrage prévu début 2026, elle a pour objectif de décarboner le secteur industriel alpin (chimie, métallurgie, microélectronique, mobilité lourde et intensive) et la mobilité liée à l’activité touristique.
Située dans la vallée du Grésivaudan entre Grenoble et Chambéry, l’usine de 7000 mètres carrés sera implantée sur un ancien lieu de stockage de déchets d’Ascométal fermé en 2010 et réhabilité depuis. Au Cheylas (Isère), l’usine Lhyfe prévoit une production de 4 tonnes par jour, dont la plus grande partie (jusqu’à 600 tonnes par an), servira à alimenter les stations à hydrogène déployées en région Auvergne-Rhône-Alpes par l’entreprise HYmpulsion, aujourd’hui au nombre de 6 (7 autres sont en construction).
Ces deux acteurs (Hympulsion et la région AURA) ont été d’«un soutien capital pour notre implantation, confie à L’Usine Nouvelle le responsable développement Sud-Est chez Lhyfe, Antoine Decout. Nous avons fait le choix de nous installer sur un site déjà anthropisé, dans le respect de la loi ZAN (zéro artificialisation nette) qui consiste à limiter toute extension de l'artificialisation d'ici 2050, dans la première région industrielle de France. Nous sommes aussi proches de la Suisse, d’Annecy et des premières stations de ski touristiques, avec la perspective de JO de 2030».
L’hydroélectricité alpine, un atout pour produire de l’hydrogène vert
La production d’hydrogène vert par hydrolyse de l’eau sera assurée par un électrolyseur à membranes échangeuses de protons (PEM), du fabricant Plug Power. Lhyfe prévoit de passer des contrats «de gré à gré» avec des fournisseurs d’énergies renouvelables (éolien, solaire et hydroélectrique), dont les partenaires VSB énergies nouvelles, Kallista Energy et EDP Renewables, ont déjà fait l’objet d’un accord avec Lhyfe. L’entreprise se dit très intéressée par l’hydroélectricité dans la région, le site du Cheylas, en Isère, possède d’ailleurs l’une des plus grosses centrales hydroélectriques, avec une puissance de près de 500 mégawatts. «On sera dans une logique de production semi-centralisée, nous ferons appel à des transporteurs locaux pour acheminer par camions l’hydrogène stocké sous pression, dans un rayon de 100 à 200kilomètres», complète le responsable développement chez Lhyfe.
Le projet a bénéficié d’un soutien de la région AURA avec son projet Zero Emission Valley (ZEV) et de l’Europe (5,5 millions d’euros) via le Fonds pour une transition juste. Au-delà, le projet bénéficie de 750 000 euros dans le cadre du projet Hymagine, lauréat du Clean Hydrogene Partnership européen. Ces financements serviront de leviers pour compléter le budget d’investissement compris entre 20 et 30 millions d’euros.
Chaque jour, 60 000 litres d’eau pour produire les 4 tonnes d’hydrogène vert
Lhyfe se veut rassurante concernant la consommation d’eau du site, plus gourmand en électricité qu’en eau selon Antoine Decout. «Pour produire les 4 tonnes d’hydrogène, ce qui représente environ 50 000 kilomètres parcourus par un camion, nous consommerons 60 mètres cube d’eau, soit l’équivalent de la fabrication de 6 à 8 jeans.» Des études sont par ailleurs en cours pour l’utilisation possible d’eaux usées même «s’il s’agit d’un défi technologique complexe avec de gros défis» précise ce dernier, qui rappelle surtout l’importance de produire l’hydrogène pour le bon usage, avec, toujours, la sobriété énergétique en priorité.
D’autres sites Lhyfe devraient bientôt ouvrir en Europe, comme à Tarragone (Espagne) pour une capacité de 5 tonnes par jour et à Wallsend (Royaume-Uni) pour 8 tonnes par jour.



