Analyse

Les ventes de Renault ont chuté de 24% en 2022... Mais est-ce si grave?

L’année 2022 a été mouvementée pour Renault, avec son retrait forcé du marché russe. Le constructeur automobile doit encaisser une baisse des ventes de plus de 600 000 unités. Malgré cette amputation, le groupe défend sa stratégie de redressement.

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RENAULT MEGANE E-TECH ELECTRIC (BCB)
La Mégane E-Tech électrique (à droite) fait partie des succès commerciaux de Renault en 2022.

Jusqu’à quand Renault pourra-t-il encaisser la baisse des ventes? Pour la quatrième année consécutive, le constructeur français a vu ses volumes rétrécir en 2022. Avec 2 051 174 véhicules livrés, le groupe voit ses ventes mondiales décrocher de 5,9% par rapport à 2021 à périmètre constant. En prenant en compte la perte du marché russe, la dégringolade approche les 24%. L’entreprise tente de relativiser cette décroissance en campant sur sa nouvelle stratégie : vendre moins, mais vendre mieux.

«Se concentrer sur les volumes est une vision passée», argumentait en octobre 2022 le directeur général du groupe, Luca de Meo. Attendus pour le 16 février, les résultats financiers diront si le constructeur a eu raison d’abandonner la course aux volumes. Mais le groupe a subi des chocs importants en 2022 : il a dû renoncer à 480 000 unités en Russie, son deuxième plus gros marché, et il a enregistré 300 000 unités de pertes de production à cause des tensions sur la chaîne d’approvisionnement.  

Un rayonnement international à rebâtir

Sans la Russie, le rayonnement international de Renault n’est plus ce qu’il était. Le plus gros marché du groupe hors Europe devient la Turquie, avec 135 639 unités. Viennent ensuite le Brésil (126 689 unités) et l’Inde (87 118 ventes). Autant de marchés sur lesquels le constructeur souhaite accélérer, accompagné - peut-être, de son allié Nissan. «Hors d'Europe, Renault réaffirme ses positions et accroît sa présence sur ses marchés clés : Turquie (+22,6% vs 2021), Maroc (+11,4% vs 2021) et Amérique latine (+8% vs 2021)», chiffre le groupe.

Selon des chiffres de l’ACEA, Renault a immatriculé 1 061 560 véhicules en Europe en 2022 (-2,9% par rapport à 2021). Le Vieux Continent, un marché en déclin structurel, représente ainsi plus de la moitié des ventes mondiales de Renault. Pour contrebalancer la baisse des volumes, le groupe a augmenté ses prix et a lancé une offensive sur les «segments créateurs de valeur». Autrement dit, les véhicules plus chers.

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Des perspectives incertaines en Europe

Pour l’instant, les consommateurs semblent avoir suivi et Renault revendique un portefeuille de commandes record en Europe. Mais certains experts se demandent si les baisses de production liées aux pénuries de semi-conducteurs ne cachent pas aussi un fléchissement de la demande. Jusqu’à quand les automobilistes vont tolérer l’augmentation des prix des véhicules? En Europe, Tesla a déjà concédé des baisses de tarifs pour soutenir sa croissance.

Autre problème de cette surexposition européenne : Renault n’est pas à l’abri de la concurrence. Certes, le constructeur joue à domicile avec une part de marché stable de 9,3% en 2022 (+0,2 point). Mais ceux qui progressent en Europe ne sont pas des acteurs locaux. Les poids lourds du marché comme Volkswagen et Stellantis perdent des parts de marché face à des groupes comme Hyundai et Toyota. Sans oublier le dynamisme de Tesla et de constructeurs chinois qui veulent profiter du virage électrique pour se faire une place en Europe avec des offres ultra-compétitives.

Des succès commerciaux pour la Renaulution

Pour redresser Renault, Luca de Meo a beaucoup misé sur le renouvellement du catalogue et sur le repositionnement des différentes marques du groupe. Salué pour son sens du marketing, le patron peut se réjouir de plusieurs succès commerciaux. Avec 33 000 ventes, le lancement de la Mégane E-Tech électrique semble bien fonctionner même si la marque Renault voit ses ventes mondiales diminuer de 9,4% (1 415 646 unités).

Avec des prix plus accessibles, Dacia reste la pépite inébranlable du groupe. À contre-courant du marché, la marque roumaine progresse de 6,8% avec 573 000 ventes en 2022. La Dacia Spring électrique fabriquée en Chine représente le troisième véhicule électrique vendu à particuliers en Europe. Renault souligne également le bon lancement du Jogger dans le segment C.

Autre réussite symbolique pour Renault : la progression de la marque Alpine, qui tente de croître à l’international pour sortir de son anonymat. La croissance est là : avec 3 546 berlinettes vendues en 2022, la marque dieppoise progresse de 33%.

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