Etude

Les stratégies climat des multinationales encore très loin d’être exemplaires

Les think-tanks NewClimate Institute et Carbon Market Watch ont publié lundi 13 février une étude analysant les stratégies climat de 24 multinationales. Celle-ci révèle, dans la grande majorité des cas, que leurs engagements sont insuffisants face à l’urgence écologique.

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Pollution CO2
Selon l'étude, Stellantis fait partie des entreprises dont les politiques climat sont à la hauteur de l'urgence climatique, tandis que Carrefour compte parmi les multinationales les moins ambitieuses en la matière.

Sans surprise, «les engagements des entreprises en matière de lutte contre le changement climatique ne sont souvent pas à la hauteur de leurs promesses», déplorent les groupes de réflexion NewClimate Institute et Carbon Market Watch dans leur rapport «Corporate Climate Responsibility Monitor 2023», publié lundi 13 février. Ce dernier évalue les politiques climat de 24 multinationales se présentant comme des leaders en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Selon les auteurs de l'étude, 15 d’entre elles auraient cependant adopté une stratégie «d’une intégrité faible ou très faible».

Le greenwashing a la vie dure

Leurs «engagements climatiques pour 2030 sont bien en deçà des réductions d'émissions nécessaires à l'échelle de l'économie pour rester sous la limite des 1,5 degré», ajoutent-ils. Ainsi, dans de nombreux cas, les sociétés affichent d'ambitieux objectifs de réduction de leurs émissions de CO2 pour le scope 1 (émissions directes) et 2 (émissions provenant de la consommation d’énergie) mais seulement pour certaines catégories du scope 3 (émissions indirectes). Or, «le scope 3 représente plus de 90% des empreintes d'émissions de gaz à effet de serre pour la plupart des entreprises que nous avons évaluées», précise la publication. D’autres engagements climatiques reposent sur la compensation carbone, un mécanisme dont les limites ont été récemment démontrées.

Engagements climatiques des multinationalesNew Climate
Engagements climatiques des multinationales Engagements climatiques des multinationales

Dans le détail, NewClimate Institute et Carbon Market Watch observent que les promesses des 22 entreprises ayant présenté des objectifs à atteindre d’ici 2030 permettent d'obtenir une réduction de seulement 15% des émissions de la chaîne de valeur complète entre 2019 et 2030, voire de 21% dans le scénario le plus optimiste. Or, les deux organisations estiment entre 43 et 48% la baisse des émissions de GES nécessaire sur la même période pour respecter la limite de la hausse des températures à 1,5 degré, fixée par l’Accord de Paris.

Les bons et les mauvais élèves

Seulement cinq des 24 entreprises, dont le français Stellantis, présentent des ambitions de décarbonation à la hauteur de l’urgence climatique, selon le rapport. Ce dernier vise la neutralité carbone d’ici 2038, en réduisant de 90% ses propres émissions par rapport à 2021 et en compensant les 10% restants. Carrefour, en revanche, fait partie des sociétés les moins bien notées par l’étude. Selon elle, les engagements climatiques du distributeur excluent plus de 80% de ses magasins. De plus, l’objectif de l’enseigne d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040 n’intègre pas la réduction des émissions de GES de scope 3. Or, ce type d’émissions compte pour 98% de l’empreinte carbone du groupe. Le rapport estime donc que la neutralité carbone visée par Carrefour en 2040 se manifestera par une baisse de ses émissions de CO2 de moins de 1%...

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