Analyse

Les résultats des groupes du luxe continuent d’être plombés par une consommation chinoise en berne

Plusieurs grands groupes de luxe ont publié leurs résultats financiers du premier semestre durant la semaine du 22 juillet. Ces maisons souffrent, à des degrés variables, d’un amoindrissement des ventes en Chine, une situation qui dure depuis un an.

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Atelier de sellerie sur le nouveau site d'Hermes à Louviers dans l’Eure
Parmi les grands groupes de luxe français, Hermès est celui qui se porte le mieux, malgré la diminution de la consommation chinoise.

La crise dans le luxe se poursuit. Les résultats financiers des grands groupes du luxe français connaissent une certaine déprime depuis un an, une situation inédite. «Nous sommes sur une crise long-terme, d’une longueur qui a été rarement vue dans l’histoire, constate Olivier Abtan, associé chez Alix Partners. C’est une sorte de traumatisme pour les maisons de luxe.»

Une baisse multifactorielle

Pour l’expert du secteur du luxe, cette crise ne laisse pas entrevoir une fin proche, avec un «deuxième semestre qui va être aussi difficile» que le premier. Ses causes ? Pour commencer, l’arrêt du moteur des consommations chinoises, du fait des difficultés économiques que rencontre le pays, et un niveau d’optimisme amoindri des clients du luxe.

Deuxièmement, il y a, selon Olivier Abtan, le moteur des États-Unis qui est également à l’arrêt, dû à l’inflation et à l’augmentation des taux d’intérêt, qui pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages. Pour certaines marques, l’augmentation trop importante des prix a pu aussi provoquer la baisse des ventes.

Des résultats variables

Enfin, il y a le contexte géopolitique mondial. «L’impact n’est pas direct. Ce n’est pas la consommation des Russes ou Ukrainiens qui pose problème, explique Olivier Abtan. Le problème c’est ce sentiment d’insécurité et de stabilité, qui affecte les clients du monde entier.» Ces problématiques n’affectent toutefois pas tous les groupes de la même manière. Si LVMH conserve une certaine résilience, le groupe de Bernard Arnault observe tout de même une baisse de 14% de ses bénéfices. Mais le groupe qui a été touché le plus durement est Kering, dont les bénéfices ont été divisés par deux, plombé par sa marque Gucci. A côté, deux groupes s’en sortent mieux : EssilorLuxoticca gagne ses éperons avec un bénéfice qui augmente de 5,5%, à 1,75 milliard d’euros, tandis que celui de Hermès est en hausse de 6,4%, à 2,37 milliards d’euros. Selon Olivier Abtan, elle doit ces résultats à son statut de «maison de luxe intemporel».

«Il y a certaines maisons qui font du luxe intemporel, qui vont croître de façon constante, en faisant entre 10 et 20% de croissance annuelle, commente l’associé chez Alix Partners. Alors que d’autres maisons, plus dépendantes de la mode, peuvent avoir des croissances à plus de 40-50% mais également des baisses significatives.» Comment éviter cette déconvenue ? «Il faut identifier quand on est dans le haut de la courbe, anticiper et renouveler les dirigeants et la direction artistique», ajoute-t-il.

Des chantiers pour le futur

Si à court-terme, les grandes maisons de luxe ne sont pas encore structurellement touchées par cette crise et peuvent encore rebondir, il pourrait en être autrement à long-terme. Pour Olivier Abtan, pour assurer leur pérennité, les maisons de luxe doivent prendre à bras-le-corps certaines questions.

«Je pense que le luxe doit commencer à sérieusement jeter un œil à la gestion opérationnelle. Il faut qu’ils travaillent sur la productivité de leurs outils de production, de leur chaîne logistique, de leurs frais administratifs, estime-t-il. Je pense que ce sont des chantiers qui vont devenir des tendances de fond pour les maisons de luxe dans le futur.»

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