«Reprendre en main notre destin énergétique !» Tel était l’intitulé du discours déclamé le 10 février 2022 par le président de la République Emmanuel Macron en déplacement sur le Territoire de Belfort et dans lequel il était question des orientations de la nouvelle politique énergétique de la France. Outre le développement du nouveau nucléaire, le locataire de l’Elysée y a souhaité «une stratégie très précise sur chaque énergie renouvelable». L’enjeu est de taille. La France est à la traîne en la matière.
C’est même le seul pays de l’Union européenne à avoir manqué ses objectifs d’énergies renouvelables pour 2020. Le gouvernement ne le cache pas - «on a énormément de retard» - et souhaite s’attaquer frontalement au sujet - «l'idée, c'est de faire aussi bien que nos voisins européens».
Pour y parvenir, Matignon travaille depuis plusieurs semaines à un projet de loi d'accélération des énergies renouvelables, qu’Emmanuel Macron a appelé de ses voeux lors de son entretien du 14 juillet. Toujours en préparation, le texte doté de vingt articles a été transmis au Conseil d’Etat tandis que Matignon a annoncé le 12 août à la presse avoir lancé une «large consultation avec tous les membres du Conseil national de la transition énergétique», les parlementaires et les collectivités territoriales. Le cabinet de la Première ministre Elisabeth Borne espère des premiers arbitrages d’ici la rentrée pour une présentation du document en conseil des ministres à la mi-septembre, puis au Parlement le mois suivant.
Eurostat La France est le seul pays de l’Union européenne à avoir manqué ses objectifs d’énergies renouvelables pour 2020. Alors qu'elles auraient dû atteindre 23% de la consommation finale brute énergétique, celles-ci n’ont représenté que 19,1%. Crédit : Eurostat
«Un potentiel de plus de 20 gigawatts de projets renouvelables»
Que contiendra ce projet de loi ? Avant tout des mesures «exceptionnelles et transitoires» qui auront pour ambition de «réduire les délais de recours et de procédures, éventuellement en paralysant certaines d’entre elles», a expliqué Matignon, qui mise en priorité sur l’essor du photovoltaïque (100 gigawatts de puissance installée d’ici 2050) et de l’éolien en mer (40 gigawatts en service en 2050). A court terme, l’objectif du gouvernement est de libérer «un potentiel de plus de 20 gigawatts de projets renouvelables, soit suffisamment pour doubler la puissance renouvelable installée en France», rapporte Le Figaro,qui a pu consulter le texte.
Selon le quotidien, le gouvernement estime que 10 gigawatts de solaire pourraient être obtenus «grâce à l’élargissement de l’obligation de construire des ombrières de parking avec panneaux solaires» et «4,5 gigawatts grâce à la libération de terrains auparavant interdits aux panneaux solaires, comme le long des routes et des autoroutes et sur des terrains en friche dans des zones portuaire». Matignon confirme que selon ses estimations, «il y a 10 gigawatts à aller chercher sur les simples délaissés routiers et autoroutiers relevant du domaine de l'Etat».
Autre ambition du texte : favoriser l’acceptabilité des installations par les riverains. C’est pourquoi le texte comportera des «mesures qui portent essentiellement sur le partage de la valeur». «L’idée, c’est que ces moyens de production génèrent un certain nombre de revenus, et que ces revenus puissent être redistribués aux personnes qui sont directement concernées par une présence visuelle de ces moyens de production», a expliqué Matignon.
10 gigawatts supplémentaires dès cet hiver ?
Si le projet de loi d’accélération vise à dynamiser les filières photovoltaïques et éoliennes offshore, le gouvernement assure par ailleurs que les mesures d’urgence annoncées fin juillet par la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, pour accélérer le développement de la production d’énergies renouvelables électriques et de biométhane vont permettre de débloquer «à peu près 10 gigawatts de projets, pour un total de 25 térawattheures de production d'électricité annuelle».«Une partie sera construite dès cet hiver», espère Matignon, alors que des tensions sur le réseau électrique sont à prévoir.



