Les producteurs de lait français lorgnent les prix records payés à leurs homologues européens

A l’image de Lactalis qui a annoncé une revalorisation du prix du lait payé à ses producteurs le 18 octobre, le prix du lait progresse en France mais dans une bien moindre mesure que ce qui est pratiqué chez nos voisins européens. 

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Via Lacta laiterie mise en bouteille de lait
Le prix payé aux producteurs français est désormais inférieur à la moyenne européenne.

Au tour de Lactalis de sauter le pas. Dans un communiqué du 18 octobre, l’industriel spécialiste des produits laitiers a annoncé avoir «trouvé un accord sur le prix du lait payé aux producteurs partenaires approchant les 500 € pour 1000 litres». Fin septembre, c’est Lidl qui avait franchi la barre symbolique des 500€ payés aux producteurs, pour les laitiers du Loiret qui fournissent sa marque de distributeur (MDD). Une annonce consécutive à celle du groupe des Mousquetaires dix jours plus tôt d’une revalorisation significative des montants versés à ses producteurs pour la MDD.

Toutes les annonces ne se valent pas. «Le communiqué de Lactalis est un bon coup de com’, fustige un spécialiste du marché du lait. Si ce prix reste bon, la hausse ne correspond pas au prix d’un lait conventionnel 38/32 (teneur en matière grasse et teneur en protéine, NDLR) mais à celui d'un lait de meilleure qualité. Le coût de production est donc plus important pour les producteurs». Contrairement à Lidl, ce prix intègre d’ailleurs un ensemble de primes.

Décrochage par rapport aux voisins européens

L’essentiel est de poser le jalon des 500 euros les 1000 litres. Un seuil qui trouve sa raison d’être dans l’Ipampa : acronyme barbare qui désigne l’indice des prix d'achat des moyens de production agricole et correspond aux charges en intrants et dépenses d’investissements des exploitations. Début octobre FranceAgriMer rappelait qu’il était en progression de plus de 22 points sur un an. «Si l’on ajoute l’Ipampa à nos coûts de revient, il faudra presque 500 euros pour rémunérer nos producteurs à hauteur de 2 Smic à la fin de l’année », explique Yohann Barbe, membre du conseil d’administration de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). D’autant que la comparaison avec les pays voisins donne des idées aux producteurs nationaux.

Certes, d’après les données de l’Observatoire européen des marchés du lait, avec un prix moyen de 462€ les 1000 litres au mois de septembre, les producteurs français gagnent 19% de plus qu’il y a un an. Mais, à l'époque, le prix payé aux producteurs français était supérieur à la moyenne européenne : les voilà désormais en queue de peloton. En moyenne chez les 27, les 1000 litres sont actuellement payés 530€ (+42% sur un an). Et encore, c’est 561€ en Allemagne (+50%) et même plus de 600€ en Belgique et aux Pays-Bas. La cible des 500€ permettrait de rester compétitif. 

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«Il y a du mieux ces dernières semaines sur les prix français mais on reste très en retard par rapport à tout le monde en Europe », analyse aussi Yohann Barbe. Une conséquence d’une inflation contenue sur les produits alimentaires en France, avec des distributeurs hérauts de la lutte pour le pouvoir d’achat. A titre d’exemple, l’inflation sur les produits laitiers pour les consommateurs est de 29% en Allemagne (18,7% en moyenne), contre 11% en France d’après les derniers relevés de l’Insee. Les négociations et les passages de hausses de prix se font mieux de l’autre côté du Rhin.

La tentation de l'export

«Ils n’ont pas attendu pour faire grimper les prix, ils sont plus en phase avec les coûts, estime aussi Eric Forin, le président de Syndilait. En France, les hausses accordées par la grande distribution ne sont pas suffisantes : on parle de 10% sur le lait depuis le début de l’année et il faudrait près du double. Le message est simple : il faut que le litre de lait UHT grimpe à 1€. C’est le prix de sécurité alimentaire. » Autre explication à ce décalage : le mix de produit diffère entre ces deux pays, avec une production française très orientée sur les produits de grande consommation, ce qui rend les hausses plus difficiles. 

En aval, les filières alertent sur un risque de décapitalisation du cheptel. La tentation existe aussi d’envoyer le lait chez les voisins, surtout pour les éleveurs en zone frontalière. «Il y a un risque de désengagement du marché intérieur», euphémise Yohann Barbe. Le lait français aura rarement été aussi compétitif sur la scène européenne.

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