Pour le lait, la folle inflation n'est pas finie

La Coopérative laitière appelle à une nouvelle revalorisation du prix payé à l'amont de 15%. Une aubaine pour les industriels alors que les précédentes hausses décidées cette année ont presque exclusivement bénéficié aux producteurs. 

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Via Lacta laiterie mise en bouteille de lait
La hausse de 21% payée aux producteurs n'a pas été répercutée en rayons.

« La grande distribution nous étrangle », lance Pascal Le Brun, président fraichement élu de la Coopération laitière, lors de la conférence de presse de rentrée de l’organisation le 5 septembre. L’interprofessionnelle qui représente la majorité des producteurs du pays, abrite aussi dans ses rangs 45% des transformateurs nationaux.

Depuis le début de l’année, le prix payé aux producteurs a déjà connu deux revalorisations : lors des négociations commerciales traditionnelles en mars et à l’issue du premier round de négociations exceptionnelles qui s’est tenu a l'été. Sur six mois, le prix payé aux producteurs a grimpé de 21%. Insuffisant ? Le prix des intrants a suivi une tendance similaire et la Coopération laitière souhaite une nouvelle augmentation de 15% à l’issue des négociations commerciales actuellement en cours pour protéger la filière.

Une hausse pas répercutée au consommateur

La hausse des intrants n’est pas la seule motivation pour les producteurs : il s’agit aussi d’anticiper « un besoin d’investissements énormes » d’une machine industrielle vieillissante et de rattraper nos voisins, Allemands notamment, où les exploitants touchent environ 20% de plus pour la vente de leur lait. « Aujourd’hui, les grandes marques paient bien les producteurs », tempère toutefois un gros acteur du secteur.

D’autant qu’à ce stade, côté consommateur, la hausse n’a pas été totalement répercutée. Autour de 5% en plus sur un an pour le lait, 7% pour les yaourts, un peu plus de 10% sur le beurre… Ce sont les industriels qui ont pris sur leurs marges. « Il n’est plus acceptable que le prix de vente en sortie d’usine soit inférieur à l’inflation des coûts de production », souligne aussi la Coopérative laitière. « Les hausses de prix sont redescendues quasi exclusivement aux producteurs, corrobore François-Xavier Huard, le président de la Fnil, qui regroupe les industriels du secteur. Il y a eu un effort important pour mieux rémunérer la production. Sauf que tous les surcoûts liés à la transformation, la grande distribution dit que c’est pour nous. Résultat, la différence, on l’a prélevée sur nos marges. »

« Le transformateur n'a rien pris »

Le groupe les Mousquetaires, maison-mère des enseignes Intermarché a communiqué ce même 5 septembre que, pour soutenir la filière, ses enseignes s’engageaient « à tendre vers un ‘’prix public conseillé plancher’’ à 0,95 euro/L ». Une revalorisation qui elle aussi est à destination des producteurs.

« Le transformateur n’a rien pris pour l’instant, abonde Nicolas Chabanne, fondateur de la marque C’est qui le patron ?. Il va falloir ramener des centimes supplémentaires aux producteurs mais aussi aux fabricants qui appellent à l’aide. Nos équipes ont fixé des indices en croisant les données de ces derniers : on a décidé d’une hausse de 4 centimes de la part qui va au transformateur. » Résultat, l’inflation sur les fameuses briques bleues sera de 10 centimes depuis le début de l’année pour pointer à 1,09 euro.

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