Les leçons tirées par OVH de l’incendie de son datacenter à Strasbourg

Sans attendre les conclusions de l’enquête en cours sur l’incendie de l’un de ses datacenters à Strasbourg, OVH a décidé d’en tirer dès maintenant les leçons. Au programme : le renforcement de la sécurité incendie de ses centres de données, la révision à la hausse des standards de protection ou encore la création d’un laboratoire de test.

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Centre de données OVHcloud Strasbourg Bas-Rhin
Datacenter d'OVH à Strasbourg.

L’enquête sur l’incendie de l’un des datacenters d’OVH à Strasbourg s’annonce complexe et longue. " Car elle implique beaucoup de monde : la police judiciaire, les experts de l’assurance, des experts indépendants, des huissiers, le BEA, indique Octave Klaba, le fondateur et président du conseil d’administration de l’ETI roubaisienne, dans une vidéo postée le 22 mars 2021 sur Twitter. Il faudra attendre des mois pour avoir les conclusions sur les causes de cet incident. Nous en communiquerons les résultats dès que nous les aurons. "

Des systèmes d'extinction différents selon la géographie 

Sans en attendre les conclusions, OVH a décidé de renforcer dès maintenant les mesures de sécurité incendie dans tous ses datacenters et discuter avec l’ensemble de la communauté de centres de données pour faire évoluer les standards de protection. " Bien sûr, nous avons des systèmes de détection et des systèmes d’extinction de feu, répond Octave Klaba aux interrogations soulevées par cet incendie. Mais les systèmes d’extinctions varient en fonction des standards locaux et en fonction des lieux à l’intérieur des datacenters. Certains sont manuels et d’autres sont plus ou moins automatisés. " En Amérique du Nord, OVH utilise comme système d’extinction des « sprinklers », des systèmes au plafond qui arrosent tous les serveurs. En Europe, il fait appel à des brumisateurs projetant dans l’air des gouttelettes d’eau qui viennent étouffer le feu en absorbant la chaleur dans l’air.

L’un des standards qu’Octave Klaba voudrait changer dans la profession est le mode de refroidissement des salles de serveurs à l’intérieur du datacenter. Le standard aujourd’hui est le « Free Cooling », qui consiste à utiliser l’air extérieur pour refroidir l’intérieur du centre de données. Ce procédé naturel est complété en périodes de chaleur par la climatisation, ce qui n’intervient qu’environ pendant 20 % du temps sur l’année. " Nous avons utilisé ce système jusqu’en 2016, rappelle Octave Klaba. Ensuite nous sommes passés à notre système maison de refroidissement à l’eau comme pour nos serveurs. Nous avons décidé de mettre ce procédé dans le domaine open source, l’ouvrant ainsi à tous les opérateurs de datacenters. "

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Un labo d'essai

Enfin, OVH va mettre sur pied un laboratoire d’essai qui étudiera les départs de feu dans les datacenters, leur modèle de propagation et les moyens les plus efficaces de les éteindre. " On n'éteint pas de la même façon des feux d’origine plastique ou électrique, note Octave Klaba. Nous partagerons les résultats des travaux de ce laboratoire de façon qu’un incendie ne se reproduise plus non seulement chez nous mais aussi dans toute la profession des datacenters. "

Les équipes d’OVH continuent à travailler d’arrache-pied pour remettre en état le site de Strasbourg et rétablir les services des clients touchés par l’accident. Octave Klaba promet un retour à la normale à la fin de la semaine ou au début de la semaine prochaine. L’usine de l’entreprise à Croix, dans le Nord, a été musclée pour porter la cadence de production à 450 serveurs par jour. OVH fabrique ses propres serveurs, baies et systèmes de refroidissement. " Nous avons déjà produit 5 000 serveurs depuis l’incident, confie Octave Klaba. Nous devons en produire encore 10 000 à 15 000 dans les deux semaines à venir. " Ces serveurs vont, selon les choix de migration des clients touchés, sur les datacenters de Roubaix, Gravelines (dans le Nord), Francfort, Londres ou Varsovie. 

17 datacenters en France

OVH possède aujourd'hui 32 datacenters dans le monde, dont 20 en Europe et 17 en France (8 à Roubaix, 4 à Strasbourg, 3 à Paris et 2 à Gravelines). L'un de ses quatre datacenters à Strasbourg a été complètement ravagé par l'incendie. Il ne sera pas remis en service. Ses clients seront migrés, selon leurs choix, vers Roubaix, Gravelines, Francfort, Londres ou Varsovie.

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