Un tiers du budget de Paris 2024. Voilà ce que vont financer les entreprises partenaires. «C’est énorme. Cela représente 1,24 milliard d’euros. À titre de comparaison, un partenaire premium de Roland-Garros contribue à hauteur de 5 millions d’euros», remarque François-Xavier Bonnaillie, le directeur senior développement commercial et partenariat de Paris 2024. Les premières entreprises se sont manifestées dès 2018. Elles sont aujourd’hui plus de 60. «Notre collaboration et leur engagement sont bien plus profonds qu’un simple achat d’espace», ajoute le directeur. En effet, ces entreprises ont modifié très en amont leur organisation afin de se préparer à cet événement de grande ampleur.
Pour plusieurs d’entre elles, le partenariat avec les JO est ancien. Celui de Coca-Cola remonte à 1928 ! Orange a dû être choisi dès les olympiades précédentes. L’opérateur de télécommunications a ainsi participé aux Jeux de Tokyo 2020 pour y observer les besoins et les modalités de réponse déployées. EDF, lui aussi, figure parmi les premiers signataires, en 2019. Une satisfaction pour le groupe, «avec la double idée de soutenir le sport et de démontrer qu’il est possible de réduire au maximum l’impact environnemental d’un tel événement, explique Pierre Viriot, le directeur marque et image de l’électricien, directeur du projet Paris 2024. Tout cela nécessite un engagement dans la durée. Voilà pourquoi nous avons signé tôt. Et aussi pour obtenir un bon retour sur investissement.»
Recrutements et redéploiements
Les entreprises partenaires doivent s’y prendre à l’avance pour avoir le temps de s’organiser. «100 % d’entre elles ont désigné des chefs de projet, même si tous ne sont pas mobilisés à plein temps sur les Jeux, observe François-Xavier Bonnaillie. Derrière eux se structurent des équipes opérationnelles et marketing.» Elles sont issues, pour l’essentiel, des effectifs existants. Pour mener à bien leurs missions opérationnelles, certaines entreprises ont dû recruter. À l’instar de la RATP, qui devra accroître son offre de transport de 15% par rapport à un mois d’août traditionnel. Plus que l’importance des flux (dix millions de voyageurs quotidiens annoncés), c’est la desserte de certains sites qui constitue le principal enjeu. La RATP a donc anticipé, avec des plans de transport et des embauches : 6600 personnes en 2023, 5300 cette année, à des postes de conducteurs, d’agents de sûreté, de chargés de maintenance en station… Le tout pour assurer la présence de 19000 salariés par jour pendant les Jeux et étaler les congés le long de l’année.
D’autres entreprises, comme Coca-Cola, ont mixé recrutements et redéploiements en interne. Ainsi, sur les 33 personnes dédiées à plein temps à la gestion de cet événement, une dizaine a été recrutée. «Les Jeux sont un élément d’engagement et de rétention très fort. Aussi avons-nous privilégié nos salariés», indique Éric Desbonnets, le vice-président des opérations et développement durable de Paris 2024 pour Coca-Cola. Même chose pour les 350 personnes qui, durant les Jeux, seront déployées sur les 46 sites de compétition pour fournir 18 millions de boissons chaudes et froides. Ces techniciens seront pilotés par 31 chefs d’équipe, tous sélectionnés en interne.
EDF mobilise déjà 30 personnes dans son équipe projet, sur deux volets. «Le premier, classique, concerne la valorisation du partenariat, la création d’événements, la mobilisation des salariés, plutôt issus de la direction de la communication. Le second porte davantage sur le business», indique Pierre Viriot. Il se réjouit de compter parmi les sociétés «qui ont le plus staffé». Sans rencontrer aucune difficulté pour mobiliser, malgré des missions et des horaires de travail inhabituels, les dimanches par exemple. Vingt entités sont concernées. Leurs missions : poser des bornes de recharge pour les véhicules électriques, des panneaux solaires sur les toits…
Une vitrine pour les marques
Chez Orange, 1000 ingénieurs ont été affectés au projet. Le moment venu, ils seront déployés sur 120 sites : ceux de compétition et d’entraînement, le village olympique, le centre de presse… En back-office, 200 à 300 personnes seront impliquées. «Nous gérons plusieurs projets dans le projet, indique Pierre-Louis de Guillebon, le directeur général d’Orange Events et de Paris 2024 pour le groupe. Je suis directeur de projet en général. Ensuite, chaque dossier est piloté par son propre chef de projet. Nous avons bien anticipé, nous livrons les choses en temps et en heure. Mais entre le design et la réalité, nombre d’imprévus peuvent survenir.»
Les brasseries Kronenbourg, avec leur marque Tourtel Twist sans alcool, sollicitent surtout leurs commerciaux pour que, tout au long de l’année, ils priorisent l’événement et la vente des produits licenciés. Ils seront distribués sur place par leurs acheteurs, et non par leurs salariés. L’équipe projet compte quatre personnes chargées du marketing, de la logistique, ou encore de la communication. Les entreprises partenaires espèrent tirer un bénéfice durable de cet événement, «intense mais court», selon l’expression d’Éric Desbonnets. En particulier en termes d’engagement de leurs équipes, d’attractivité et de marque employeur. Toutes misent sur le côté «vitrine» des Jeux et la démonstration de leur capacité à accélérer leur transformation. Coca-Cola a ainsi l’objectif de réduire de moitié la quantité de plastique utilisé par rapport aux JO de Londres de 2012, notamment en recourant à des fontaines et des bouteilles en verre recyclables. François-Xavier Bonnaillie n’espérait pas autre chose : «Pour nous, ces partenariats offrent un fil directeur sur lequel les sociétés peuvent bâtir leur projet d’entreprise.»
« J’aurai un vrai sentiment d’utilité »
Cheffe de projet en innovation de services à la RATP, chargée du marché du tourisme en B to C, Cécile Chamussy s’est portée volontaire pour des missions d’accueil et d’information du public pendant les Jeux olympiques et Paralympiques. «Il faudra bien maîtriser les itinéraires de délestage.» Parlant anglais et mandarin, elle se réjouit d’être «partie prenante d’un tel événement, qui n’arrive qu’une fois dans une vie. Je travaille à la RATP depuis trente ans. J’ai déjà été volontaire sur d’autres événements sportifs. Je sais, par expérience, que ce sont des moments fédérateurs et positifs. Dans mon quotidien, je ne suis pas au contact des voyageurs. Là, j’aurai un vrai sentiment d’utilité.»

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3731 - Juin 2024



