Les industriels du cuir tentent de contrer la tendance vegan

La France, quatrième exportateur mondial de cuir, entend être en pointe sur les questions de responsabilité environnementale et de durabilité. Un livre blanc publié par le Conseil national du cuir compile les bonnes pratiques déjà appliquées.

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La filière française du cuir rassemble 9400 entreprises.

De plus en plus bousculés dans l’opinion sur leur impact environnemental, les professionnels des matériaux et du textile s’adaptent – et le font savoir. "La prudence des entreprises va jusqu’à ne pas communiquer du tout ; or, cela devient une faute car cela ferait penser que nous ne sommes pas engagés", résume Frank Boehly, président du Conseil national du cuir, qui regroupe vingt fédérations ou syndicats professionnels. La filière cuir française regroupe 9400 entreprises, 130 000 personnes de l’industrie à la distribution, et réalise 25 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 10,6 milliards à l’export.

La traçabilité est le premier de leurs enjeux. Un système de marquage des peaux au laser entre les abattoirs et les tanneries est actuellement en cours de déploiement, sous la responsabilité du Centre technique du cuir, l’organe de recherche et de développement de la filière. Après la transformation de la peau en cuir, il s’agit du meilleur moyen de conserver la lisibilité du numéro d’identification des animaux, assurent ses promoteurs. Les acteurs de la filière veau, la plus importante, "en sont déjà presque tous dotés". Une base de données permettra de connaître la provenance des peaux et leur qualité. "Les éleveurs auront conscience que leur animal a aussi une valeur au niveau de la peau, et pas seulement de la viande", précise Franck Boehly, qui pointe une baisse de la qualité ces dernières années. Une qualité qui dépend, entre autres facteurs, de l'alimentation et de la rapidité de la croissance des animaux.

Des déchets valorisés en énergie ou en matériaux

Déjà soumise à une filière à responsabilité élargie du producteur (REP) - l’éco-organisme Eco TLC gère la fin de vie des 420 millions de paires de chaussures commercialisées en France chaque année, dont un quart en cuir - , la filière approfondit également la question de la valorisation énergétique de ses déchets de production.

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La start-up Authentic Materials a réalisé en décembre 2019 une levée de fonds de 1,5 million d’euros abondée par Bpifrance et, pour 250 000 euros, par le fonds d’investissement Cuir Invest, financé par la filière. Créée en 2016, l’entreprise toulousaine a développé des procédés innovants de fragmentation et de recomposition de matières organiques issues du monde animal (cuir, corne…), végétal (dont le bois) et minéral (pierres précieuses). La séparation des déchets dans les ateliers afin de faciliter leur recyclage figure parmi les recommandations adressées aux entreprises.

A défaut, la valorisation énergétique est une piste. Une étude interne, Thermicuir, conclut que le cuir peut avoir le même pouvoir calorifique que le bois. Pour une tannerie, l’amortissement d’une installation de chauffage aux granulats s’effectuerait en quatorze ans. "Ce procédé n’est pas suffisamment développé, et les installations sont trop grandes", indique Frank Boehly. Le cuir ne serait pas non plus le matériau favori des cimenteries, selon le représentant de la filière.

Certifier le bien-être animal?

Dernier pan de la stratégie de responsabilité sociale et environnementale de la filière – parmi les plus sensibles – celui de la condition animale. Avec une précision sémantique à la clef. "La notion de "bien-être" animal est subjective. Par contre, la "bien-traitance" est plus objective", explique Frank Boehly.

Les industriels recourent à plusieurs standards de certification. Une réglementation européenne de 2009 cadre les procédures d’abattage. Le confort physique et thermique, l’absence de faim, de soif et de malnutrition, l’absence de douleur et de maladie et la possibilité d’exprimer des comportements normaux propres à chaque espèce figurent parmi les critères fixés par l’Organisation mondiale de la santé animale, dont elle s’inspire. "Même si elles ont eu tendance à faire penser que les exceptions étaient une généralité, les vidéos de L214 ont eu au moins le mérite d’alerter l’opinion publique", observe Frank Boehly.

Pour sanctuariser ces bonnes pratiques, le Conseil national du cuir vient de publier un livre blanc sur la RSE, et organisera en septembre prochain à Paris la deuxième édition du Sustainable leather forum, son colloque dédié aux initiatives prises en la matière dans la filière cuir.

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