Les hubs à l’étranger, des délocalisations cachées ?

Défendus pour leur complémentarité avec l’industrie française, les hubs à l’étranger sont aussi accusés de favoriser les délocalisations. Découvrez la grande enquête réalisée par L'Usine Nouvelle juste avant la pandémie de Covid-19.

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Lacroix Electronics, qui a des usines en Pologne et en Tunisie, a fait le choix de garder en France la production de pièces compexes.

"Délocaliser, perdre des emplois, réimporter du CO2, c’est fini", avertissait Bruno Le Maire en décembre 2019. Face aux acteurs de la filière automobile, le ministre de l’Économie et des Finances a prévenu : "Je ne donnerai plus mon blanc-seing à ce type de construction industrielle qui est mauvaise pour notre industrie et mauvaise pour les Français." En ligne de mire, la stratégie internationale des donneurs d’ordres de l’automobile, Renault et PSA en tête.

Selon le ministre, la délocalisation tirée par la recherche des coûts les plus bas est "un modèle obsolète". Un "plan d’urgence" de rapatriement de l’industrie automobile, des constructeurs jusqu’aux sous-traitants, se met en place. Il s’articulera autour d’un rapport rédigé par Hervé Guyot, ancien de Faurecia, qui étudie l’impact économique de la relocalisation.

Entre coûts et rentabilité

L’enjeu est sensible et les critiques ne sont pas exclusives à l’automobile. Derrière le paravent de l’accès à de nouveaux marchés, certains dénoncent des délocalisations et la désindustrialisation de la France sous couvert de compétitivité. "Avec le système d’enchères inversées, les donneurs d’ordres veulent faire baisser les prix et poussent la sous-traitance à externaliser toujours davantage vers des pays à bas coût", dénonce Xavier Petrachi, responsable syndical CGT au sein d’Airbus et cofondateur d’une plate-forme revendicative commune aux salariés de l’avionneur et de ses fournisseurs.

En 2018, plus d’un quart de l’activité des sous-traitants aéronautiques d’Occitanie et de Nouvelle Aquitaine s’est déroulé à l’étranger, selon l’Insee. Principalement pour des raisons de coût. Difficile pourtant d’assimiler l’ensemble de cette activité à des délocalisations. Régulièrement, la production à l’étranger permet de se rapprocher de nouveaux marchés et n’aurait pas eu lieu en France. Elle peut même soutenir la production hexagonale en fournissant une zone de production à bas coûts pour les séries longues, peu complexes et gourmandes en main-d’œuvre. "Pour garder la production en France, il ne faut pas vouloir tout produire en France à tout prix", argue Stéphane Gendrot, business développer chez Lacroix Electronics, une ETI de sous-traitance électronique. Ses usines de Pologne et de Tunisie, dédiées principalement aux produits à forte densité de main-d’œuvre, renforcent la compétitivité des sites français et allemands où sont produites les pièces plus complexes.

Avec la transformation numérique et environnementale, les sous-traitants pourraient même être tentés, au-delà d’un simple maintien, de rapatrier en France des activités à valeur ajoutée. Sans forcément perdre en rentabilité. "Grâce à l’automatisation, le coût de la main-d’œuvre a un impact moins important qu’avant, estime Éric Burnotte, le président du Syndicat national des entreprises de sous-traitance électronique. Il peut être plus rentable d’investir dans des machines en France et de faire valoir une fabrication française plutôt que rester à l’étranger." Reste à voir si ces investissements seront suffisants pour séduire les industriels français. Et, à défaut, quelles mesures le gouvernement déploiera pour les convaincre.

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