Des usines qui ralentissent leurs productions, d’autres qui l’arrêtent complètement. L’envolée des prix de l’énergie menace d’asphyxie de plus en plus d’entreprises. L’exécutif est conscient du danger. «Notre objectif, c’est de stopper l’explosion des cours de l’énergie à l’échelle européenne et de les ramener à plus de modération», assurait Elisabeth Borne, lors de la présentation de son plan de soutien face à la crise énergétique à la mi-septembre. Alors que la réforme du marché de l’électricité prendra encore des mois, plafonner les prix sur le marché européen du gaz fait partie des pistes que Paris aimerait voir aboutir «d’ici à la fin de l’année». Mais les Européens peinent pour l’instant à trouver la solution miracle, en amont du Conseil européen du 30 septembre.
Plafonner le gaz russe, une piste écartée
Plafonner le prix du gaz russe? Les ministres européens de l’Energie avaient donné leur feu vert, début septembre, pour examiner un dispositif limitant le prix auquel les Européens achètent leur gaz à la Russie. Mais la mesure n’a finalement pas été reprise par la Commission européenne dans son plan de réponse d’urgence à la crise énergétique présenté le 14 septembre. Elle suscitait de fortes réserves de la Hongrie et de l'Autriche notamment, encore fortement dépendantes des importations de gaz russe. «Cela revient à plafonner le prix de quelque chose que l’on n’achètera plus», remarque Thomas Pellerin-Carlin, directeur du Centre énergie de l’institut Jacques Delors.
Vladimir Poutine a promis de couper complètement les vannes à l’Europe si celle-ci agissait en ce sens. L'escalade du Kremlin, qui a décrété la mobilisation de tous les réservistes, laisse peu de place au doute sur ses intentions. Or, la Russie représente encore 10% des importations européennes, via l’Ukraine et le gazoduc Turkstream. L’Europe n’a pas forcément intérêt à précipiter une nouvelle chute des volumes de gaz avant l’hiver. D’autant que les livraisons actuelles de Gazprom se font dans le cadre de contrats de long terme, à des prix négociés en dessous de ceux du marché spot. «Le prix à la frontière du gaz venant de Russie est en moyenne deux fois moins cher que ceux sur le marché spot. La Commission européenne devrait consulter les chiffres que compilent ses propres services chaque trimestre», pointe Thierry Bros, chercheur à Sciences po Paris.
Des négociations difficiles avec les pays fournisseurs
Pour être efficace, le plafond sur les prix d’achat devrait donc être étendu au-delà de la Russie. Mais la stratégie comporte un risque: «Nous devons assurer notre sécurité d’approvisionnement, et dans le même temps, notre compétitivité au niveau mondial», a reconnu Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission. Bruxelles n’écarte pas encore l'idée, mais réfléchit au cas par cas «à un ensemble de mesures qui tiennent compte de la spécificité de nos relations avec les fournisseurs», a rappelé la présidente de la Commission. Cela suppose des négociations serrées avec la Norvège, l'Algérie et l'Azerbaïdjan, afin de revoir leurs clauses contractuelles.

- 120-3.15
Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
Plus proche allié de l'UE, la Norvège a été la première sollicitée par la Commission. Un groupe de travail a été mis sur pied, mais pour l'instant, Oslo estime avoir déjà fait sa part en augmentant de près de 10 millions de m3 ses livraisons à l’Europe en huit mois. Et le Premier ministre norvégien ne cache pas être «sceptique» face aux demandes de Bruxelles. Espérer négocier est en revanche quasi-impossible avec les fournisseurs de GNL, plus flexibles pour vendre leurs cargaisons, et qui pèsent désormais près de 40% de l'approvisionnement européen. «Le marché a des inconvénients, mais a aussi des avantages. Les prix plus élevés ont permis de garantir la sécurité d’approvisionnement de l’Europe, en déroutant du GNL destiné vers l’Asie», remarque Thierry Bros. En cas de prix moins élevés en Europe, les méthaniers risquent de faire le chemin inverse.
La mise en place du mécanisme d’achat commun du gaz aurait aussi pu renforcer la capacité de négociation européenne. Mais depuis son annonce en grande pompe au printemps, rien n’a bougé. «Depuis six mois, l’Europe n’a rien fait pour augmenter l’offre de gaz. C’est la Chine qui a signé des contrats long terme aux Etats-Unis, où de nouvelles capacités doivent arriver», regrette encore Thierry Bros. Les autres mécanismes sur lesquels la Commission réfléchit, comme de revoir le référentiel de prix du gaz en Europe, le TTF établi aux Pays-Bas, pour tenir compte du poids croissant du GNL, n'auront pas non plus d'effet pour cet hiver.
Subventionner le gaz utilisé pour la production d'électricité
Faute de pouvoir agir sur les prix du gaz à très court terme, reste une dernière option pour les Européens : décorréler les prix du gaz et de l’électricité. Dans le système actuel, le prix de la centrale la plus chère appelée pour fournir le réseau, en l’occurrence celles fonctionnant au gaz, fixe le prix de l’électron sur le marché. Subventionner le gaz utilisé par les centrales thermiques permettrait de réduire les factures d'électricité pour tous, ménages comme entreprises. Depuis le printemps, c'est ce que le Portugal et l’Espagne ont mis en place, avec l'aval de Bruxelles.
La France pousse ouvertement pour élargir cette solution au niveau européen. Pour l’instant, une dizaine d’Etats membres y sont favorables. D'autres, à commencer par l'Allemagne où le gaz représente une part plus importante de la production électrique, craignent un dérapage des coûts budgétaires. «C’est un sujet difficile et il nécessite encore du travail. Mais nous pensons que c’est un chantier important», a rappelé Elisabeth Borne à la mi-septembre. Il faudrait aussi s’assurer qu’en subventionnant les centrales thermiques au gaz, les Européens ne fragilisent pas le principe selon lequel les centrales les moins polluantes sont appelées en premier par le réseau.



