Peut mieux faire. D’après une étude dévoilée le 8 février par le député ex-LREM Matthieu Orphelin et ses équipes, seules 17 des 43 entreprises du CAC 40 ont mis en place le forfait mobilités durables, qui permet aux sociétés volontaires de prendre en charge chaque année jusqu’à 500 euros des frais de transport domicile-travail de leurs salariés liés au vélo, au covoiturage, aux scooters, aux trottinettes électriques ou aux transports en commun (hors frais d’abonnement). Les résultats de l'enquête ont été rendus publics sur un site baptisé « Le CAC 40 à vélo ». Certains des « mauvais élèves », comme Renault, Stellantis et Michelin s'affichent pourtant comme des champions des nouvelles mobilités...
Le député du Maine-et-Loire justifie cette opération de « name and shame » par l’absence de bilan de la Loi d’orientation des mobilités (LOM), à l’initiative du dispositif. Cela était pourtant prévu dans son article 83. 67% des entreprises du CAC 40 ont directement répondu aux équipes du député, et les syndicats des autres sociétés ont été contactés pour obtenir des chiffres fiables.
Après enquête, ce sont donc 39% des entreprises du CAC 40 qui ont mis en place ce forfait mobilités durables, 19% seulement qui y réfléchissent tandis que 42% n’ont rien fait. Pour y remédier, Matthieu Orphelin demande « la généralisation du forfait mobilités durables à toutes les entreprises de plus de 11 salariés », alors qu’il est aujourd’hui facultatif. Une position partagée par 76% des Français interrogés, selon un sondage OpinionWay à paraître pour la Fédération française des usagers de la bicyclette et cité sur le site.
Des incitations pour s'emparer du forfait mobilités durables
Parmi les mauvais élèves, le député cite des entreprises officiellement engagées en faveur de l’environnement comme Veolia, Thales, Michelin ou Stellantis. Les deux derniers se justifient par l’éloignement des sites industriels en zone rurale tandis que Thales refuse de bouger tant que le forfait n’est pas obligatoire, selon les syndicats.
Tout avait pourtant été fait pour que les entreprises s'emparent du forfait mobilités durables, en vigueur depuis le 10 mai 2020. Celui-ci est exonéré de cotisations sociales (comme d'impôt sur le revenu) et depuis le 1er janvier 2022, le titre-mobilité autorise le salarié à régler de façon dématérialisée et prépayée (carte de paiement, application...) les frais couverts par le forfait, sur le modèle des titres-restaurant.
« Le titre-mobilité peut aussi permettre un rééquilibrage parmi les salariés d’une entreprise,expliquait à L'Usine Nouvelle Aymar de Lestrange, directeur stratégie et développement de la société Edenred, précurseure du titre-mobilité. Jusqu’ici, ceux qui ne venaient pas au travail en transports en commun ne bénéficiaient pas du remboursement partiel du coût de leurs trajets. Les DRH sont assez sensibles à cet argument. »
Beaucoup d'entreprises limitent le forfait au vélo
Si certains groupes, comme Airbus ou Sanofi, promettent que le sujet sera abordé lors de prochaines négociations, d’autres multiplient déjà les initiatives. Orange et Axa octroient par exemple jusqu’à 400 euros pour les salariés venant en vélo, covoiturage ou trottinette. Accor propose un vélo de fonction à tous les salariés en CDI et L’Oréal couvre 50 euros d'équipements en casque, brassard ou dossard clignotant.
Toutefois, 53% des entreprises qui jouent le jeu limitent le versement de ce forfait au seul vélo, comme Hermès ou Safran. Quand la prise en charge est plus vaste, elle peut être nettement moins élevée financièrement parlant, comme chez Air Liquide, qui intègre bien le covoiturage ou la trottinette dans son forfait mobilités durables, mais uniquement à hauteur de 100 euros par an. « Les modalités de calculs, les règles de cumul, les conditions d’obtention, les plafonds ou encore les modes de transport concernés font que les montants réels touchés varient très largement »,dénonce Matthieu Orphelin dans un communiqué.
Le forfait ralenti par la crise sanitaire, selon le gouvernement
Interrogé par le député, le ministère de la Transition écologique met en avant les 640 millions d'euros investis dans le vélo depuis 2018, les 13 000 kilomètres de pistes cyclables créés pendant le quinquennat et le relèvement du plafond du forfait mobilités durables, passé de 400 à 500 euros (600 en cas de cumul avec le remboursement de l'abonnement transports). « Vous souhaitez aujourd'hui le rendre obligatoire, écrit le ministère. Le gouvernement a besoin d'évaluer les freins potentiels à son développement avant d'envisager le caractère obligatoire du dispositif. En effet, la période de crise sanitaire a ralenti les projets de certaines entreprises et la mise en place du forfait. »
Si les «coronapistes» bâties dans les métropoles pendant les confinements changent la donne, la voiture était en 2017 le moyen de déplacement privilégié pour 60% des actifs sur les trajets domicile-travail inférieurs ou égaux à 5 kilomètres seulement, d’après une étude de l’Insee de janvier 2021. Même sur ces courtes distances, le vélo reste l’apanage des cadres (8,3%) et des professions intermédiaires (5,5%). Au-delà de 5 kilomètres, la voiture représente plus des trois quarts des moyens de transport domicile-travail, et n’est guère concurrencée que par les transports en commun.



