Analyse

Les émissions de CO2 battent un nouveau record en 2023, selon le Global Carbon Project

Le Global Carbon Project a dévoilé le bilan mondial 2022 et surtout les projections 2023 des émissions carbone globales, en marge de la COP 28, le 5 décembre. Celles-ci devraient attendre un niveau inédit, et entrainer un réchauffement global de 1,5°C d'ici 7 ans. 

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Centrales au charbon
La consommation de charbon continue à augmenter en Chine et en Inde.

«Les océans et les écosystèmes continuent à absorber la moitié des émissions de CO2, sinon on aurait déjà dépassé les +2°C», avertit Philippe Ciais, directeur de recherche au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement et l’un des co-auteurs de l’étude du Global Project Carbon dévolilée à Dubaï le 5 décembre, en marge de la COP 28. Et pourtant, 2023 est marquée par un nouveau record des émissions de CO2 fossile au niveau mondial avec 37,5 milliards de tonnes de carbone, en hausse de 1,1% par rapport à 2022. Elles atteignent même 40,9 milliards de tonnes en prenant en compte le changement d’usage des terres comme la déforestation.

Le mur des +1,5°C se rapproche

Depuis dix ans, les émissions marquent un plateau, avec une hausse des émissions beaucoup plus faible que par le passé. Mais c’est largement insuffisant : il faudrait baisser drastiquement les émissions pour atteindre les objectifs de neutralité carbone en 2050. Les auteurs de cette étude estiment qu’au rythme actuel, il y a 50 % de chances que le réchauffement climatique dépasse les +1,5°C dans sept ans. «Le mur se rapproche», prévient Philippe Ciais.

Les émissions des énergies fossiles continuent à augmenter : +1,1% pour le charbon ; +1,5% pour le pétrole ; +0,5% pour le gaz. Le charbon représente 41% des émissions liées aux énergies fossiles contre 32% pour le pétrole, 21% pour le gaz et 4% pour le ciment.

Les émissions de la Chine et l’Inde en forte hausse

Les émissions par pays présentent de fortes disparités selon les régions du monde. Pour 2023, les projections indiquent une forte hausse de la Chine (+4%), «dont l’ambition d’atteindre la neutralité carbone est très éloignée (en 2060) et un pic des émissions en 2030, c’est aussi très loin», regrette-t-on chez Global Project Carbon. Une hausse largement liée à une demande en progression du charbon. L'Inde fait pire, avec +8,2%.

A l’inverse, les Etats-Unis enregistrent une forte baisse de leurs émissions (-3%), car «ils ferment des centrales à charbon remplacées par le gaz, pour lesquelles ils ont beaucoup de réserves». Mieux encore, l’Union européenne devrait enregistrer en 2023 une baisse de ses émissions de CO2 de -7,4%. «C’est essentiellement lié à la crise énergétique qui touche l’Europe avec la guerre en Ukraine, analyse Philippe Ciais. Il n’y a plus de gaz russe, donc moins de consommation énergétique de la part des particuliers et des entreprises. Nous sommes sur le même ordre de grandeur que durant la pandémie et nous ne sommes pas confinés.»

Reste le sujet des Bunkers, émissions du transport aérien et maritime international, qui n’est pas pris en compte par les Etats. Elles représentent 3,8% des émissions totales, mais devraient augmenter de 11,9% en 2023.

La France profite de la crise énergétique

En France, c’est le Citepa qui publie les données. Là encore, la crise énergétique joue un rôle prépondérant dans la baisse de -4,3% des émissions sur le premier semestre 2023 et le budget carbone de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC 2 - 2019-23) est respecté pour atteindre la neutralité carbone en 2050, après une baisse des émissions de -55% en 2030. Mais il faudra conserver la même trajectoire qu’en 2023. Les fortes baisses ont été enregistrées dans l’industrie manufacturière (-10%), le résidentiel (-7%) et la production d’énergie (-8%). Par contre, la baisse reste très faible dans les deux secteurs généralement pointés du doigt : l’agriculture et les transports (-1%).

A Dubaï, des intentions sur un triplement des énergies renouvelables dès 2030, mais aussi du nucléaire, la sortie du charbon et plus généralement des fossiles, la décarbonation du transport maritime ont été formulées par un certain nombre d’Etats et d’entreprises, mais restent encore loin d‘un accord efficace et contraignant. C’est seulement à ce prix que l’espoir de ne pas dépasser les +1,5°C et plus sûrement les +2°C, pourra être atteint.

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