En matière de consommation énergétique des bureaux, la France obtient une mention «peut mieux faire», estime l’Observatoire de l’immobilier durable (OID). Entre 2010 et 2021, les émissions de gaz à effet de serre du parc observé par cette association d’une centaine de professionnels de l’immobilier ont reculé de 2,2% par an en moyenne. Loin du rythme de moins 4,5% par an qu’elle estime nécessaire pour atteindre les objectifs de la stratégie nationale bas-carbone, qui vise à atteindre la neutralité carbone en 2050.
«Il faut mieux prioriser les actions d’efficacité énergétique portant sur l’exploitation des bâtiments et des usages individuels sobres en énergie. Les politiques de rénovation ou d’amélioration des équipements existants sont contraintes par le cycle de vie naturellement long de ces lots techniques», estime Loïs Moulas, le directeur général de l’OID.
Le confinement, bon pour le climat
La dernière année analysée par l’OID, 2021, dernière période étudiée, montre cependant de vrais progrès par rapport à la tendance des années précédentes : la baisse de consommation énergétique en énergie finale (EF) observée sur les actifs de bureaux français s’est chiffrée à -9%, à 146 kWhEF/m². Un fort recul qui s'explique par la généralisation du télétravail dans un contexte de deuxième confinement. Les nouvelles organisations de travail «hybrides» post-pandémie pourraient permettre de poursuivre cette dynamique.
Selon l'OID, les immeubles de bureaux «hauts de gamme et à hautes fonctionnalités techniques» étaient en 2021 les plus consommateurs d’énergie (220 kWhEF/m²), devant les bâtiments de type haussmannien (195 kWhEF/m²). Des chiffres qui chutent à 177 kWhEF/m² dans les bureaux soumis à la réglementation thermique RT2012 et aux textes suivants.
La réglementation, autre levier
L'évolution de la réglementation contribue à la baisse de la consommation des immeubles. «Avec l’entrée en application de la RE2020, toute une nouvelle génération de bâtiments va entrer sur le marché, notamment avec des critères qui vont entrer en compte sur la réduction du poids carbone de la construction», estime Loïs Moulas. Une réglementation qui s’applique aux bâtiments neufs, et dans les clous par rapport à la taxonomie verte européenne, puisque les bâtiments construits avec les règles de la RE2020 correspondent au plus fort des critères fixés.
Par ailleurs, depuis le 31 décembre 2022, les assujettis au dispositif Eco Energie Tertiaire (exploitants de bâtiments tertiaires de plus de 1 000 mètres carrés hors industrie, sauf si les produits finis sont stockés plus de cinq jours) doivent avoir déclaré leurs consommations énergétiques de référence, avant de respecter plusieurs seuils d’abaissement fixés jusqu’en 2060. Un pas de plus pour verdir le parc immobilier de bureaux, veut croire le directeur général de l’OID : «Entre le décret tertiaire, la sobriété et la pression mise sur les acteurs économiques, des plans d’action de décarbonation sont vraiment en cours de mise en œuvre.»
Les réseaux de chaud et de froid ne semble pas profiter de ce mouvement : depuis 2010, la part des énergies renouvelables ne gagne que 0,8% par an, quand ce chiffre devrait s’élever à 1,5% pour s'inscrire dans le sillon de la stratégie nationale bas carbone.
Homeys veut croire en son moment
Depuis 2018, la start-up parisienne Homeys (17 personnes) commercialise un logiciel permettant aux professionnels (tertiaire, collectivités) de collecter et d’analyser les données énergétiques de leurs bâtiments. Elle a récemment décroché un marché de 800 capteurs pour suivre à distance l’humidité dans les bâtiments publics de l'Eurométropole de Strasbourg.
«Des acteurs qui, jusqu’alors, ne suivaient pas forcément leur consommation d’énergie, souhaitent désormais la piloter au plus près. La hausse des prix de l’énergie, et le passage au «vert» de nombreuses collectivités induit ce changement, pas forcément activé par les mandatures précédentes. Il y a autant un besoin de réduire la facture énergétique qu'être capable de communiquer sur la réduction de CO2 de bâtiments ou sur des actes de sobriété», observe Henri de Noblens, président et cofondateur d’Homeys.
Le dirigeant recommande de commencer par l’optimisation des systèmes de chauffage, grâce à des outils permettant de mesurer la puissance souscrite des sites, et de disposer d’alarmes en cas de surconsommation. Concernant le suivi de la température, de l’humidité et des taux de CO2, des capteurs ou les équipements existants sont utilisés. «Depuis un an et demi, avec l’augmentation des prix de l’énergie, nous avons davantage de prospects», se satisfait Henri de Noblens. Homeys a aussi développé des algorithmes en machine learning pour mesurer l’efficacité des travaux de rénovation énergétique, et simuler les évolutions de consommation à moyen et à long termes.



