Que reste-t-il de l’effort de production sans précédent lancé durant la pandémie de Covid-19 ? En 2021, les CDMO bénéficiaient d’un coup de projecteur inédit à l’occasion de la crise sanitaire, avec la production du vaccin à ARNm. Deux ans plus tard, les volumes record demandés pour faire face aux campagnes de vaccination massives ont fait long feu. Et poussent les sous-traitants à s’adapter.
Dernier en date, Recipharm a annoncé l'arrêt de ses activités sur son site de Monts, en Indre-et-Loire, à partir du deuxième trimestre de 2025. Appartenant au groupe suédois depuis 2007, le site emploie 225 personnes et est spécialisé dans le fill & finish, c'est-à-dire les opérations de remplissage, en conditions aseptiques.
L’entreprise a justifié cette décision de fermeture par le fait que « les importantes initiatives entreprises n'ont pas produit les résultats escomptés et ne garantissent pas une viabilité économique suffisante pour le site. » En creux, c’est bien l’important contrat avec la biotech américaine Moderna qui est dans le viseur. Recipharm faisait partie des entreprises retenues par la biotech américaine pour réaliser le remplissage de son vaccin à ARNm contre le Covid-19.
Au point de pousser la CDMO à investir sur son site de Monts pour « améliorer les processus de production » et embaucher une soixantaine de personnes supplémentaires. L’usine avait, en outre, reçu une aide de 15 millions d’euros de l’État dans le cadre du plan France Relance. Un financement qui n’a pas suffi à rendre le site compétitif. « Malgré ces efforts, les résultats en termes de normes de qualité ne sont pas à la hauteur des attentes du groupe. Les arrêts de production nécessaires pour assurer une fabrication conforme demeurent trop fréquents », explique la CDMO dans un communiqué.
La mauvaise santé du site n’est pas nouvelle. Déjà l’année dernière, le site tournait au ralenti, à raison de quatre jours par semaine d’activité et d’un jour de chômage partiel pour ses salariés. Pour le syndicat FO, majoritaire sur cette installation, cette décision résulte « d’erreurs stratégiques ». « Dans une vision très court-termiste, Recipharm a tout misé sur Moderna et a délaissé ses autres clients. À cela s’ajoutent des problèmes techniques sur la ligne consacrée à Moderna, qui ont généré des problèmes de cadence et des défauts de fabrication », précise Grégoire Hamelin, secrétaire de l’UD FO 37.
Un paysage CDMO affecté
Il faut dire que Moderna a revu son modèle industriel depuis 2020. La biotech avait d’ailleurs récemment rompu certains accords de production, avec des CDMO comme Lonza, pour réinternaliser une partie de sa production. Mais l’évolution des capacités de Moderna, initialement dépourvue d’installations industrielles d’envergure, n’est pas la seule explication à la baisse de recours à la sous-traitance.
Les ventes de vaccins Covid-19 sont en chute libre. Alors que Moderna vendait pour 4,7 Mrds $ de vaccins contre le Covid-19 au deuxième trimestre de 2022, ce chiffre était de 344 M$ sur la même période, en 2023. Une réduction de voilure qui s’applique aussi en bout de chaîne. « Notre entreprise est en discussion avec ses partenaires en charge du remplissage du vaccin pour réduire la production », reconnaissait ainsi Stephen Hoge, président de Moderna, dans des propos rapportés notamment par Reuters, en septembre dernier. « Nous avons attendu le moment où la pandémie serait officiellement derrière nous pour restructurer notre empreinte industrielle », avait-t-il ajouté. Recipharm n’est pas la seule victime collatérale.
Le géant américain de la sous-traitance, Catalent, a vu ses ventes fondre et incrimine en partie la baisse des volumes de vaccins Covid-19. Pfizer, qui domine le marché du vaccin Covid-19, a sans doute moins fait appel à la sous-traitance, du fait des capacités de ses usines. La chute des ventes est cependant brutale pour le laboratoire qui a lancé un vaste plan d’économie et prévoit de tailler dans ses effectifs.
Pour l’avenir de l’usine Recipharm de Monts, une issue plus favorable, avec une reprise du site, est espérée. La CDMO précise être « d'ores et déjà mobilisée » pour trouver un acquéreur. « Nous sommes toutefois très inquiets, car dans la région, même dans les autres secteurs industriels, il n’y a jamais eu de reprises dans ce genre de situation, ces vingt dernières années », nuance Grégoire Hamelin pour FO. En attendant, Recipharm va devoir rembourser la somme de 15 M€, issue de France Relance. Après la lumière pendant le Covid-19, la crainte est de voir le site retourner dans l’ombre.



