A Pantin (Seine-Saint-Denis), dans les ateliers d'Hermès et plus précisément dans l'atelier Harmonie, Marie Ampe (29 ans), sellière-maroquinière, commence sous nos yeux une opération de perlage sur les sanglons qui viendront bientôt fermer un des sacs iconiques de la maison de la rue Saint-Honoré. Chaque geste est précis : il faut d'abord enduire de colle les languettes de cuir et les parties métalliques, les déposer l'une sur l'autre et attendre que la colle sèche.
Aussi beau à l'envers qu'à l'endroit
Ensuite, elle insère un clou aux quatre coins de la pièce de métal, clou qu'elle raccourcit. Elle saisit alors un petit marteau et un perloir. Le but de l'opération est d'avoir une tête de clou arrondie sur les deux côtés du sanglon. "L'envers doit être aussi beau que l'endroit" résume la jeune sellière-maroquinière. Pour y réussir, il faut frapper le perloir, tout en le tournant. Tout un art issu de l'orfèvrerie et qu'Hermès a intégré à la fabrication de ses sacs. Même si l'opération semble assez aisée pour la jeune femme, on comprend en le regardant pourquoi Hermès indique que le temps moyen de fabrication d'un sac est de 15 à 20 heures selon les modèles et les cuirs.
Pour Marie Ampe, le travail du cuir est une révélation quand, collégienne, elle visite l'école Grégoire Ferrandi. "J'ai toujours aimé bricoler des petites choses" se souvient la jeune femme qui ne se voyait pas faire des études générales. Elle intègre donc l'école où elle choisit la filière cuir, en raison "d'une préférence pour la matière qui me parlait plus que le tissu".
Toujours apprendre
Elle rejoint Hermès pour son bac pro en alternance et ne quittera plus la prestigieuse maison. Elle y a officié durant 7 ans dans les ateliers de production. Au total, les locaux de Pantin accueillent plus de 240 artisans, dont une quinzaine dans l'atelier Harmonie où Marie Ampe oeuvre depuis deux ans. La spécificité de cet atelier est qu'on y met aussi au point les moules et autres gabarits de certains nouveaux modèles.
La preuve avec le sac Etrille dont elle se saisit maintenant. Sa particularité provient de sa forme arrondie tout en longueur et de son bouquet de plumes d'autruches qui apporte une touche de fantaisie. Tout en travaillant, Marie Ampe commente : "La mise en forme est un des gestes que je préfère. J'aime beaucoup travailler sur ce modèle. C'est un nouveau montage que je découvre et apprends avec ce modèle".
Hervé Boutet Le perloir et le sanglon (Photo : Hervé Boutet)
Pour ce sac comme pour les autres, la quinzaine d'artisans réunis dans cet atelier reçoivent à chaque fois une boîte avec des découpes de cuir et un cahier des charges. En l'espèce, le travail de la sellière maroquinière consiste non seulement à fabriquer un sac, mais aussi à noter les différentes modifications, les gestes et "astuces" qui n'auraient pas été prévus jusque-là. C'est ce vademecum enrichi notamment par Marie Ampe qui servira ensuite dans un ou plusieurs des 22 ateliers de production consacrés au cuir d'Hermès.
Autonomie et coopération
Dans tous les cas, chez Hermès, un artisan réalise un sac du début à la fin. C'est un moyen d'éviter la lassitude ou les gestes pénibles à force d'être répétés. Souvent, les artisans travaillent sur plusieurs sacs simultanément pour ne pas être dans l'attente le temps d'un séchage par exemple. Travailler ainsi n'interdit pas les interactions avec les autres membres de l'atelier. "Nous aimons bien nous montrer les coups de main que nous attrapons, partager un geste qui facilite le montage", ajoute Marie Ampe.
Dans ce monde aux termes précis et codés, elle confie que coudre n'est pas forcément ce qu'elle préfère. "Outre la mise en forme, j'aime beaucoup réaliser ce qu'on appelle l'astiquage". Derrière ce nom se cache une opération en apparence mystérieuse. Là où se joignent les deux pièces de cuir cousu sellier, la sellière maroquinière va poncer la tranche de cuir, la teinter, fileter et passer de la cire d'abeille, puis poncer et recommencer et recommencer... jusqu'à obtenir le rendu attendu qui garantit une bonne tenue du sac au fil du temps. "J'exerce un métier qui me plaît, j'arrive et je repars chaque jour avec le sourire, conclut-elle. Je ne suis pas blasée : je suis toujours contente et fière chaque fois que je termine un sac".



