Le tri et la collecte des biodéchets, un investissement rentable... pour l’environnement et le climat

A l’occasion de son congrès, la Fnade a présenté le 21 juin une étude sur les biodéchets. Le tri séparé et la collecte des biodéchets auront un coût, mais les avantages environnementaux sont indéniables.

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Le congrès de la FNADE 2022
Le congrès de la Fnade 2022 a abordé le sujet du tri et de la collecte des biodéchets.

Engrais organique et méthanisation. Les deux débouchés principaux des biodéchets apportent de tels bénéfices pour le climat et la biodiversité que les pouvoirs publics doivent tout faire pour que la généralisation du tri séparé, fixée par la loi Agec (Anti-gaspillage pour une économie circulaire) au 1er janvier 2024, soit suivie efficacement et accompagnée pour ne pas rater la marche.

A l’occasion de son congrès qui s’est déroulé le 21 juin au jardin d’acclimatation (Neuilly-sur-Seine), la Fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement (Fnade) avait choisi pour thème principal « Nourrir les sols et produire de l’énergie avec la valorisation organique des déchets ». Elle a présenté les premiers éléments d’une étude du Comité stratégique de filière (CSF) sur le modèle économique de la gestion des biodéchets des ménages, réalisée pour son compte par le bureau d’étude spécialisé en environnement Sage Industry.

15 à 30 euros par habitant et par an

Cette étude évalue le coût de création d’un service de gestion des biodéchets entre 15 et 30 euros par habitant et par an pour un service de collecte et de traitement desservi par une collecte sélective. Cette collecte représenterait 60 à 75 % du coût de la gestion des biodéchets et le traitement seulement 10 %. A l’inverse, cette collecte sélective permettrait d’économiser 5 euros par habitant sur le coût d’élimination dans les ordures ménagères (OMR) et 5 euros dans la réduction de la fréquence de leur collecte.

Parmi les principales pistes de réflexion retenues dans cette étude, on trouve pêle-mêle la réalisation d’une campagne de communication nationale sur le tri des biodéchets et la valeur de l’organique, la nécessité de récompenser par des dotations spécifiques les collectivités vertueuses, revoir le contenu des décrets arrêtés sur le tri à la source. Pour les débouchés, la Fnade plaide pour un soutien fiscal aux engrais naturels issus du recyclage par rapport aux engrais de synthèse et la révision des cahiers des charges de l’ensemble des pratiques et labels agricoles, afin d’autoriser la valorisation des biodéchets avec d’autres flux. D’ailleurs, « la réglementation de l’Union européenne va permettre d’intégrer dans le sol davantage de fertilisants organiques. Nous attendons la version 3 », indique Pascale Chenon, experte en homologation fertilisation chez le conseil Voxgaia.

Les microplastiques polluent les biodéchets

Au chapitre des freins à cette valorisation, les agriculteurs sont demandeurs d’engrais organiques, mais se plaignent des contraintes réglementaires. La FNSEA regrette que dans les cultures bio on ne puisse pas utiliser les boues. Une interdiction que l’on retrouve dans les cahiers des charges pour la production de légumes. Pourtant, le monde agricole est demandeur de biodéchets. « Les agriculteurs sont les premiers concernés et constatent les effets positifs des matières organiques » explique Sabine Houot, directrice de recherche à l’INRAE (Institut de recherche agronomique). Malheureusement, certaines régions comme l’Île-de-France sont pauvres en matières organiques, car elles ont peu d’élevage. »

Autre sujet : la qualité des biodéchets. A l’INRAE, on s’inquiète de la présence de microplastiques  et de contaminants, comme les perturbateurs endocriniens, qui polluent les biodéchets. L’institut reproche à la réglementation européenne ne de ne pas aller assez loin, même si elle est déjà plus contraignante que celle de la France.

L'Ademe rappelle l’objectif de 10% de biométhane dans la consommation de gaz en 2030 avec une ressource à 90% d’origine agricole. Chez GRDF, on met en avant les externalités positives, notamment la création dans le biométhane de 50 000 emplois d’ici à 2030, et déjà un excédent de 9000 emplois en 2021. Sans oublier la réduction de 98% des particules émises par un bus roulant au biogaz (par rapport au diesel) et de 90% pour les émissions de CO2.

Enclencher "la bonne dynamique" pour valoriser les déchets verts

Pourtant, le tri séparé des biodéchets créent certaines angoisses. Notamment sur le partage des coûts et des financements. « S’il y a 10 ou 20% des Français qui réalisent une forme de tri, c’est bien le maximum. Il faut voir le nombre de chantiers, le nombre de contraintes qui tombent sur les collectivités territoriales, se plaint Nicolas Garnier, délégué général d’Amorce, l'association nationale des collectivités, des associations et des entreprises pour la gestion des réseaux de chaleur, de l'énergie, et des déchets. L’Ademe n’apporte que 100 millions d’euros, soit 10% des coûts pour un gisement de 80 kg par habitant et par an, quand l’éco-organisme Citeo bénéficie de 750 millions d’euros pour 75 kg par an. »

Des craintes sur la faisabilité que ne partage pas Vincent Coissard, sous-directeur déchets et économie circulaire eu Ministère de la Transition écologique. Il revient sur des « décennies à cacher les déchets. Les citoyens ont perdu le lien. Heureusement, l’économie circulaire a plutôt été bien servie avec la crise sanitaire (Plan de relance, France 2030) ». Il dédramatise cette fameuse date du 1er janvier 2024. « Tout le monde ne sera pas au rendez-vous, mais ce n’est pas grave, tempère Vincent Coissard. L’important est d’être sur la bonne dynamique. 100 millions d’euros, c’est un effort jamais réalisé dans les biodéchets. Le mouvement est lancé. Il est important de mettre les leviers économiques au bon endroit. Une bonne gestion des déchets, cela coûte forcément plus cher. »

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