Le sous-traitant aéronautique Satys contraint de suspendre son projet d’usine à Marignane

Le spécialiste du traitement de surface pour l’aéronautique, Satys, souhaite implanter une nouvelle usine à Marignane, jugée indispensable à Airbus Helicopters pour la peinture des appareils. Mais l’opposition locale publique et privée, inquiète du recours sur le site à des matières comme le Chrome VI et l’acide chlorhydrique, a provoqué une suspension du projet.

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Satys est spécialisé dans les traitements de surfaces du secteur de l'aéronautique
Face à l'opposition des associations environnementales, de riverains et de la municipalité, le projet d'usine de Satys ne verra pas le jour à Marignane (Bouches-du-Rhône).

Cruelle déconvenue pour le groupe Satys. Le leader mondial de la peinture d’aéronefs, dont le siège est implanté à Blagnac (Haute-Garonne), ne devrait finalement pas implanter sa nouvelle usine 4.0, dédiée au traitement de surface aéronautique et spatial, sur le parc des Florides à Marignane (Bouches-du-Rhône). Un projet annoncé en février dernier, et qui découlait de la reprise du site de Protec Métaux d’Arenc (PMA) à Marseille, jugé trop vétuste, malgré les investissements de sécurisation réalisés à l’été 2021.

La tenue de l’enquête publique a révélé de nombreuses oppositions à un dossier jugé « dangereux » tant par des associations environnementales et de riverains, que par le maire de Marignane lui-même, Eric Le Dissès. Celui-ci assurait vouloir refuser de signer le permis de construire. Satys a donc annoncé lundi 22 novembre le gel de son projet d’unité ultra-moderne de traitement de pièces aéronautiques, dans laquelle il devait investir 15 millions d’euros.

120 emplois à la clé

L’entreprise souhaitait rapprocher ses installations d’Airbus Helicopters. Rappelant avoir tenu informés les autorités locales et services de l’Etat sur les moindres détails de son dossier, Satys dit qu’il présentait « toutes les garanties nécessaires à une exploitation totalement sécurisée, respectueuse de ses salariés et de son écosystème environnant ».

« Néanmoins, ces dernières semaines, nous avons entendu l’inquiétude grandissante exprimée par de nombreuses Marignanaises et Marignanais. (…). Nous regrettons de ne pas avoir réussi à suffisamment convaincre du bien-fondé et de la qualité de notre dossier, et toujours soucieux d’un climat transparent et apaisé avec les communes où sont localisées nos bases industrielles, il nous apparaît nécessaire de geler le projet », ajoute le groupe dans un communiqué. 120 emplois étaient en jeu pour l’industriel ainsi que ses prestations pour Airbus Helicopters. Dans ce contexte, le groupe s’engage à proposer dans les prochaines semaines un scénario modifié en lien avec les services de l’Etat.

Fournisseur « clé » pour Airbus Helicopters

La décision a été reçue très diversement sur le territoire, selon que l’on écoute les élus, les associations ou les organisations économiques et consulaires. En pleine Semaine de l’industrie, où les acteurs industriels de la région se sont fortement mobilisés, notamment en réussissant à renouveler « L’usine extraordinaire » pour accroître l’attractivité des métiers industriels auprès des jeunes, la suspension de ce projet jette plus qu’un froid sur la stratégie de réindustrialisation autour de l’étang de Berre.

Alors qu’il inaugurait le nouveau centre d’assemblage de chaînes de transmission d’Airbus Helicopters, symbole de cette industrie du futur propre, digitalisée, sécurisée, Renaud Muselier, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a dit « partager la position du maire de Marignane », « Mais il est nécessaire de peindre des hélicoptères. Il va donc falloir trouver une solution », a-t-il rappelé. Eric Le Dissès a réclamé à la présidente de la métropole, Martine Vassal, « de ne pas reconduire le compromis de vente à la société en charge de l’installation de cette usine de traitement des métaux », à savoir l’aménageur Barjane.

« C’est chose faite. Fin de l’épisode Satys », a ajouté l’édile. Il précise que la relocalisation serait étudiée « ailleurs qu’à Marignane pour la continuité d’Airbus Helicopters », préférant pour le terrain concerné, un projet logistique. Le président d’Airbus Helicopters, Bruno Even, insiste pour sa part sur « l’enjeu de trouver une solution, sinon l’ensemble de l’activité » du groupe « sera perturbée », qualifiant Satys de fournisseur « clé » dans la chaîne de valeur.

Une alternative envisageable ?

L’UIMM Alpes-Méditerranée réclame une réunion d’urgence en pointant du doigt le décalage entre les discours sur la réindustrialisation de la France et la concrétisation de cette volonté. « Souhaite-t-on clairement la fin de l’industrie aéronautique sur notre territoire ? En refusant l’installation d’un projet industriel d’avenir sur ce site pourtant spécialement prévu à cet effet, notre territoire vient d’adresser un signal catastrophique de rejet aux investisseurs et industriels mondiaux », insiste l’organisation patronale. Le Groupement maritime et industriel de Fos et de sa région (GMIF), représentant des industriels au sein de l’organisation patronale UPE 13 (Medef des Bouches-du-Rhône), regrette aussi une « très mauvaise nouvelle », fustigeant « la campagne de désinformation » sur le projet.

Sur une ligne similaire, la CCI Aix-Marseille-Provence espère que « les prochaines semaines et les prochains mois permettent de retravailler ce projet sereinement et constructivement ». Inquiet pour l’avenir des salariés, FO Métaux 13 considère pour sa part que « l’environnement doit se faire avec l’industrie, et non contre elle ». Mais du côté des associations, qui ne veulent pas d’un site industriel utilisant des matières dangereuses comme le Chrome VI et l’acide chlorhydrique, et redoutent des pollutions futures des eaux, comme l’ex-PMA en a provoqué par le passé, on ne semble pas prêt à voir l’unité se relocaliser autour de l’étang de Berre. Sa proximité avec Airbus Helicopters reste pourtant un élément stratégique pour sa réalisation.

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