Encore en travaux, le grand hall du laboratoire GSK d’Evreux est ouvert à tous les vents sur certains côtés mais son plafond est déjà parcouru de gaines et de tuyaux pour les besoins de la nouvelle production. Les ouvriers ont nettoyé les lieux à la hâte pour accueillir le ministre de l’Economie et une délégation officielle venue fêter le 20 octobre la conclusion de deux ans d’efforts, tant de l’entreprise que des services de l’Etat.
Au bout d’une longue négociation, le site spécialisé dans les produits contre l’asthme et diverses affections respiratoires a décroché un investissement de 350 millions de son groupe. Le site d’Evreux était en concurrence avec deux autres sites de GSK en Espagne et aux Etats-Unis. Objectif : fabriquer une Ventoline "verte" en changeant le gaz qui permet d’inhaler ce médicament utilisé par 35 millions de patients dans le monde. Le nouveau gaz permettra de réduire de 90% les émissions de gaz à effet de serre d’une cartouche de Ventoline. Chaque cartouche passera de 28 kilos d’équivalent CO2 à 2,8 kilos. Et comme la Ventoline était jusqu’alors responsable de 50% des émissions de tout le groupe GSK, cette nouvelle formulation est à la hauteur des ambitions de décarbonation du laboratoire qui compte les réduire de 80% d’ici à 2030.
Trois lignes de production pour la nouvelle formulation
Trois lignes de production sont en construction pour des premiers lots en 2024 et une pleine capacité en 2026. Ce projet vient en complément des 400 millions d’euros d’investissement en R&D et sur ses sites de production annoncés par GSK lors de Choose France en juin 2023. Il était vital.«Sans cet investissement le site d’Evreux aurait été en difficulté pour perdurer dans le temps», révèle Philippe Doucet, son directeur. L’un des deux «poumons économiques de la ville», selon les mots de Bruno Le Maire (le second étant la base aérienne 105 d’Evreux) sécurise ainsi son avenir. Ce qui a fait la différence selon Philippe Doucet c’est «l’expertise et les compétences locales», la «résilience du sitepour absorber les travaux tout en maintenant les productions existantes et «l’engagement de l’Etat». En tant qu’ancien député de la première circonscription de l’Eure, le ministre de l’Economie a aussi personnellement mouillé la chemise en rencontrant plusieurs fois la présidente de GSK à Londres.
Coup de pouce financier de l'Etat
Et il y a aussi le petit coup de pouce financier, avec un montant de subventions qui n’est pas encore révélé mais de l’ordre de quelques petites dizaines de millions d’euros issu d’un plan de soutien aux investissements capacitaires des industries de santé. Cette enveloppe peut prendre en charge de 5 à 15 voire 20 % des investissements réalisés et se monte au global à 100 millions d’euros par an. Le nom de ce dispositif est le crédit CSIS. Rien à voir avec les crédits d’impôts du projet industrie verte qui sont eux fléchés sur des secteurs bien spécifiques de la transition écologique (éolien, pompes à chaleur, batterie…). Pour le ministre de l’Economie, ce montant de subvention n’était toutefois pas décisif, c’est plutôt la stabilité de la politique pro business du gouvernement et l’expertise locale qui ont permis d’emporter le morceau.
Dans ce bâtiment du site de GSK, on a produit de la Ventoline pour la première fois en 1968. L’entreprise espère repartir pour de nombreuses années. A priori, le projet ne génèrera pas d’emplois supplémentaires puisque c’est une substitution de produit mais elle offre une assurance vie au personnel local. «Et peut-être un jour construirons nous une quatrième ligne»,veut croire Philippe Doucet.



