En parallèle de la publication de la liste des 450 médicaments considérés comme essentiels, huit projets de relocalisation de médicaments ont été annoncés mardi 13 juin, en marge de la visite présidentielle sur le site industriel du laboratoire Aguettant à Champagne, en Ardèche. Au total, ces huit projets représentent 160 millions d’euros d’investissements, menés avec le soutien de l’Etat à travers le plan France 2030. Les montants des aides publiques ne sont pas connus. Portés à la fois par des grands groupes pharmaceutiques comme le britannique GSK, des ETI françaises comme Seqens ou le laboratoire Aguettant, et de petits acteurs comme Benta Lyon, ces projets industriels s’étendent sur l’ensemble du territoire mais se concentrent sur l'Auvergne-Rhône-Alpes.
110 millions d'euros en Auvergne-Rhône-Alpes
Cette région regroupe en effet à elle seule quatre projets pour près de 110 millions d’euros d’investissements. Implanté à Vertolaye (Puy-de-Dôme), le plus conséquent est celui d’EuroAPI, l’ancienne entité de synthèse chimique de Sanofi qui évolue indépendamment depuis un an. Jusqu’à 70 millions d’euros pourraient être engagés pour l’augmentation des capacités de production d’antidouleurs morphiniques. Il est question du développement et de l’industrialisation d’un procédé innovant d’extraction végétale et de nouveaux équipements et technologies de synthèse chimique. L’ensemble permettrait d’améliorer les rendements de 20% à 30%, de raccourcir les temps de cycle, de faciliter le recyclage des solvants, d’augmenter les capacités de 15% à 20%, et de générer des économies d’énergie.
De son côté, le laboratoire Aguettant, spécialiste des médicaments injectables hospitaliers, notamment pour les produits d’anesthésie-réanimation, revoit son plan d’investissements à la hausse. Son programme en cours, baptisé Astre et pour lequel 45 millions d’euros sont prévus, prévoyait en particulier l’ajout d’une ligne de seringues préremplies dans son usine de Champagne (Ardèche) et d’une ligne d’ampoules à Lyon-Gerland (Rhône), toutes deux censées entrer en service cette année. Dans le prolongement d’Astre, Aguettant ajoute un projet de 31,1 millions d’euros, Astre+, dans son usine lyonnaise, avec l’implantation d’une ligne de production à haute cadence pour les médicaments conditionnés en flacons de verre. Un dispositif qui doit permettre de quadrupler les capacités pour ces produits et de fabriquer de nouveaux médicaments d’urgence et de réanimation prêts à l’emploi, faisant partie de la liste des médicaments essentiels.
Toujours en Auvergne-Rhône-Alpes, le français Skyepharma, sous-traitant de développement et de production pharmaceutique (CDMO), s’est engagé dans un projet de 6 millions d’euros dans son usine de Saint-Quentin-Fallavier (Isère). L’investissement doit ajouter un atelier pour la production de 12 médicaments anticancéreux hautement actifs, sous formes solides : comprimés et gélules. A Saint-Genis-Laval (Rhône), l’entreprise Benta Lyon, sous-traitant détenu par le groupe libanais Benta pharma depuis la reprise de l’ancienne usine de Famar, porte un projet de 4,8 millions d’euros. Il servira à produire six médicaments essentiels, dans les aires thérapeutiques de l’anesthésie-réanimation, de la cardiologie, de l’infectiologie et de la cancérologie. Pour ce faire, Benta Lyon prévoit de moderniser des ateliers de production dans ce site spécialisé dans les médicaments génériques sous formes sèches, pâteuses et liquides non stériles.
GSK augmente sa production d'amoxicilline
En île-de-France, Seqens, spécialiste français des principes actifs déjà engagé dans plusieurs projets de relocalisation, dont celui de paracétamol, a prévu de déployer 10,4 millions d’euros pour relocaliser les principes actifs (propofol, midazolam, rocuronium, cisactracurium) de trois médicaments stratégiques en anesthésie-réanimation. Ces trois médicaments ont subi de fortes tensions d’approvisionnement au cœur de la crise épidémique de Covid-19. Seqens mettra en place de nouveaux procédés de production plus durables, en utilisant notamment la chimie en continu, et prévoit de produire ces principes actifs à « des volumes supérieurs aux besoins nationaux », selon un dossier du gouvernement. Trois de ses sites sont concernés : Porcheville et Limay dans les Yvelines, et Villeneuve-la-Garenne dans les Hauts-de-Seine.
Spécialiste de la chimie fine organique et du développement d’intermédiaires pharmaceutiques, l’entreprise française Interor table pour sa part sur un investissement de 22 millions d’euros sur son site de Calais (Hauts-de-France). Le projet couvre l’ajout de nouvelles capacités pour la production d’intermédiaires pour la production de médicaments utilisés en anesthésie-réanimation, en cardiologie et en oncologie. Interor prévoit également de renforcer ses capacités de R&D. Toujours dans la partie nord du pays, cette fois en Normandie, le laboratoire Ethypharm va engager 3,7 millions d’euros sur les deux prochaines années. L’investissement concerne son usine de Grand-Quevilly, en Seine-Maritime, et sera dédié à la modernisation des équipements de production et au renforcement capacitaire. L’usine de 283 salariés est spécialisée dans les pathologies du système nerveux central et les médicaments injectables utilisés en milieu hospitalier.
Enfin, parmi ces huit projets de relocalisation, le gouvernement inclut celui du géant pharmaceutique britannique GSK concernant la production d’amoxicilline dans son usine de Mayenne (Mayenne). Le projet, de 22 millions d’euros, avait déjà été annoncé dans le cadre de Choose France, en mai dernier, dans le cadre d’une annonce de 400 millions d’euros d’investissements en France. Ce projet à Mayenne concerne la modernisation des unités pour renforcer, d’ici à 2027, les productions de cet antibiotique dont les formes pédiatriques ont fortement manqué l’hiver dernier.



