Indispensable et…. paradoxal. Pour poursuivre sa croissance, le textile s’appuie de plus en plus sur des technologies industrielles de pointe pour proposer des services personnalisés, voire sur mesure, des notions autrefois antinomiques d’une production de masse. C’est l’une des voies suivies par Lectra, spécialiste français des logiciels et systèmes de découpe automatique de cuir et textile.
Parmi les priorités de l’entreprise, dont le siège est à Paris et l’usine à Cestas (Gironde), celle d’"accélérer la transformation numérique de nos clients vers l’industrie 4.0", explique Daniel Harari, son PDG. Lectra a d’ailleurs conclu un partenariat en février avec Microsoft, s’appuyant sur le cloud Azure pour l’utilisation qu’il fait de l’intelligence artificielle, l’internet des objets, du big data et du cloud. "Azure nous a offerts la scalabilité (la possibilité de s’adapter à la taille du marché, ndlr), la sécurité et la flexibilité nécessaires pour pouvoir innover et gagner en time-to-market, soit le temps de mise sur le marché", détaille Maximilien Abadie, le directeur de la stratégie. L’industrie 4.0, pour Lectra, c’est cette capacité à automatiser la production de vêtements personnalisés, en s’appuyant notamment sur la solution Virga, permettant de couper une seule épaisseur (monopli). Donc d’économiser de la main-d’œuvre, de la matière, et de limiter les déchets.
Forcément appréciable pour des clients qui, comme tous les industriels du secteur de manière plus générale, s’équipent de plus en plus en solutions de pointe. Le fabricant de chaussures d’intérieur Erel, créé en 1947 à Limoges (Haute-Vienne) a ainsi investi 70 000 euros pour une gestion et production assistée par ordinateur, et ouvert un site marchand en novembre. "Les ventes ont augmenté grâce à un plus grand rayonnement, observe Dominique Labrousse, son gérant. Nous avons vendu en Finlande, en Suède, au Canada, au Japon... Des contrats de sous-traitance ont aussi été signés avec des entreprises tricolores qui veulent du made in France." Ce qui laisse entrevoir un chiffre d’affaires prévisionnel de 1 million d’euros en 2021. Pour gagner en productivité, Erel va investir dans des automates de découpe d’ici à deux ans. Quant au fabricant de chaussettes Broussaud, fondé en 1938 aux Cars (Haute-Vienne), il engagera 1,7 million d’euros sur cinq ans pour sa transformation numérique. "Nous commençons à quitter l’artisanat pour une production plus industrialisée avec des machines robotisées de tricotage –quatre arrivent cette année– et des lignes d’automatisation pour la finition, précise Aymeric Broussaud, son directeur. Nous avons recruté un développeur pour concevoir un outil de pilotage de la production." Leurs clients, dont les chaussettes Archiduchesse, Le Slip Français et Bonne Maison, sont digitalisés. "Nous devons répondre à leurs demandes de traçabilité", assure-t-il. Le fabricant de blousons en cuir Chapal, implanté à Crocq (Creuse), vend désormais ses produits exclusivement en ligne sur un site réinventé suite aux fermetures des boutiques. "En amont, nous proposons à nos clients un accompagnement sur mesure", conclut-il.
Après la productivité, la traçabilité

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Mais les technologies avancées ne se cantonnent pas aux outils industriels : elles s’invitent jusque dans les produits, comme chez C2000 à Limoges, qui a d’ailleurs investi dans une machine Lectra pour créer ses flashcodes. Le bordelais Genius Objects, de son côté, fabrique pour l’industrie textile des fermetures à glissière connectées."Nous avons déposé huit brevets, qui servent à des clients dans l’aéronautique et la maroquinerie notamment, explique Alexandre Faucher, son cofondateur. Par exemple, Amazon en équipe ses travailleurs pour éviter des collisions avec des engins, des robots." Sur ses lignes de fabrication comme sur ses produits finis, l’industrie de la mode et du textile de Nouvelle-Aquitaine n’en est qu’au début de sa révolution technologique.
À Biarritz, une chaire pour produire mieux
Fondée par l’École supérieure des technologies industrielles avancées, de Bidart (Pyrénées-Atlantiques), la chaire Biarritz active lifestyle industry (Bali) est un programme d’enseignement et de recherche sur les innovations technologiques à venir dans l’industrie de la mode et du textile. Au cœur de ses travaux, la nécessité de s’emparer des opportunités offertes par la technologie tout en allant vers un secteur de plus en plus respectueux des conditions sociales et environnementales. Avec trois axes : d’abord, la circularité et la traçabilité pour "donner du sens à l’offre et la valoriser auprès du consommateur", expliquent ses responsables. Recherche des gisements de matières recyclables et biosourcées, écoconception, réparabilité... Ensuite, une "numérisation de la conception des produits pour réduire les temps de développement et leurs impacts environnementaux, qui passe par des outils d’aide à la décision des ordres de production pour favoriser des process de mass personnalisation". Enfin, la transformation des filières industrielles pour retrouver compétitivité économique et attractivité. Decathlon, Éram et Petit Bateau sont parties prenantes de cette chaire. Avec comme projet phare, la création d’une plate-forme textile industrielle dédiée à l’économie circulaire en 2021 à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques). Jean Berthelot de la Glétais
C2000 met un flashcode sur ses vêtements
Spécialisé dans le "grand flou" (des tissus ultra-fragiles) et employant 46 couturières à Limoges, C2000 confectionne des pièces pour des maisons comme Dior, Chanel et Hermès. Il va démarrer, en septembre, une expérimentation de six mois sur un système innovant de traçabilité. "Les clients CSP+ de ces grandes maisons veulent tout savoir de leurs vêtements, du lieu de fabrication jusqu’à l’origine des matières premières, explique Bernard Blaizeau, son directeur. Les vêtements seront équipés d’un flashcode, grâce auquel les consommateurs accéderont à ces informations via une application." Par ailleurs, dans le cadre du plan Usine du Futur signé avec la Région fin 2020, l’entreprise a investi 160 000 euros dans une machine de coupe Lectra équipée d’une caméra électronique et qui permet de raccorder les motifs du tissu et des logos. Corinne Mérigaud
La région Nouvelle-Aquitaine en chiffres
Etablissements 393
Salariés 8 172
Fabrication de textiles 1 561
Habillement 2 467
Cuir et Chaussures 4 144
Source : Urssaf (décembre 2019)



