Enquête

Le réveil du textile en Bretagne - Le haut de gamme prend la mer

L’engouement pour l’océan permet au textile de renaître autour de produits techniques, dans le prolongement des vêtements d’inspiration marine des groupes Armor Lux et Guy Cotten.

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Armor Lux investit dans la R&D et s'associe à des star-up pour moderniser sa production.

Fini l’ambiance qui régnait chez les petits façonniers bretons, où crépitait le bruit des machines à coudre pour la fabrication, principalement, de vêtements de travail. La renaissance de la filière, encore en devenir – seule une quinzaine d’entreprises emploie plus de 10 salariés – passe par des développements innovants, des gammes premium.

Guy Cotten est le porte-drapeau de cette évolution de la filière textile bretonne, engagée dans la fabrication de vêtements techniques, en priorité d’inspiration marine. L’entreprise de Concarneau (Finistère) a notamment mis au point le tissu Dremtech+ utilisé pour l’ensemble de ses cirés vendus sous la marque L’Abri du marin. "Composé de trois éléments, dont une membrane hydrophile non poreuse et un tissu externe déperlant, il facilite l’évacuation de l’humidité du corps tout en garantissant l’imperméabilité à l’eau et au vent", indique-t-on chez le fabricant. Guy Cotten, qui a aussi inventé la capuche tournante pour faciliter les mouvements des marins, intervient en France et à l’étranger. Face à la progression régulière de ses marchés, il a investi il y a deux ans 5 millions d’euros dans une usine à Trégunc, près de Concarneau. Construite sur 4 500 m², elle est équipée "de nouvelles machines de soudure haute fréquence", indique François Bertholom, le directeur général de l’entreprise, qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 13 millions d’euros et emploie 150 collaborateurs.

La mer et les embruns sont également les principales inspirations de son voisin Armor Lux, qui fabrique des marinières, des cabans et d’autres pièces textiles à maille. Installé à l’entrée de Quimper (Finistère), le groupe de 550 salariés dispose de son propre bureau d’études. Composé de 30 personnes, il est à l’origine des innovations de l’industriel. "Nous avons conçu des machines qui peuvent fabriquer des marinières de plus de dix couleurs de rayures entièrement tricotées", indique Michel Guéguen, qui partage la propriété de l’entreprise avec Jean-Guy Le Floch.

Une combinaison connectée

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Le groupe, qui vend 5 millions d’articles par an (93 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020), s’est rapproché de start-up, comme E-mage-in 3D, à Camaret-sur-Mer (Finistère). Les deux partenaires ont créé une combinaison intelligente pour les salariés risquant des troubles musculo-squelettiques. Dotée de capteurs, elle s’adapte à la morphologie de celui qui la porte. Grâce à une liaison Wi-Fi, les données gestuelles sont analysées afin d’adapter le poste de chaque salarié. "Les débouchés commerciaux sont très importants, notamment dans l’industrie", indique Michel Guéguen. Près de la moitié des fabrications d’Armor Lux sont réalisées pour des groupes comme la SNCF et la Poste. Ce type de vêtement intelligent devrait rapidement répondre à leurs attentes, espère l’industriel.

L’engouement du grand public pour la mer génère des modèles industriels originaux liés à l’éco-conception. À Lorient (Morbihan), la société 727 Sailbags utilise chaque année 70 000 m² de voiles usagées récupérées auprès de particuliers et de chantiers navals. "Elles sont lavées dans notre atelier, puis étiquetées et taillées pour arriver à une largeur équivalente à celle d’une laize utilisée dans l’industrie textile", explique Matthieu Bimbenet, le dirigeant. À partir de ces voiles en toile, et depuis peu en fibre de carbone, 727 Sailbags fabrique des sacs de voyage, des transats et d’autres pièces textiles, vendus en France et à l’étranger. La société de 30 salariés, qui a réalisé en 2020 un chiffre d’affaires de 2,3 millions d’euros, a effectué une levée de 1 million d’euros en décembre 2020 afin de se renforcer notamment aux États-Unis.

Le sport de plein air terrien, principalement le cyclisme, qui a donné à la Bretagne de nombreux champions, est le domaine de Noret, qui a réussi à s’engouffrer dans ce marché de niche grâce ses fabrications sur mesure. La PME se présente comme "le premier fabricant français de vêtements de sport", réussissant à damer le pion aux plus grandes marques sportives qui produisent généralement à l’étranger. Installée à Saint-Denoual (Côtes-d’Armor), cette société de 50 collaborateurs, qui réalise près de 3 millions d’euros de recettes annuelles, produit 50 pièces par jour et équipe 1 100 clubs cyclistes de l’Hexagone. Face à son succès dans le vélo, elle évoque une diversification dans l’athlétisme.

3D-Tex se lance dans le pull sans couture

C’est à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) que les trois associés à l’origine de 3D-Tex, Basile Ricquier, Gwendal Michel et Marc Sabardeil, se lancent dans la fabrication de pulls en tricot. Ils misent, pour la première année, sur la production de 50 000 exemplaires réalisés dans leur usine 4.0. Conçus par un logiciel, les modèles sont transférés à six machines à tricoter qui produisent les pulls sans couture ni déchet. "Les délais de fabrication sont réduits, les réassorts très faciles à mettre en œuvre", indique Basile Ricquier. Une quinzaine d’emplois sont créés afin de démarrer en septembre l’activité. 3D-Tex investit 2,2 millions d’euros dans son usine et prévoit de dégager un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros la première année, pour monter à 6 millions d’euros en 2024. L’entreprise espère employer, à terme, une trentaine de salariés. Pour rivaliser avec les produits venus du Maroc et de Turquie, les pulls seront vendus autour de 25 euros (prix de sortie d’usine). Pour mesurer le marché, la jeune entreprise bretonne a pré-vendu plus de 200 pulls sur le site de financement participatif Ulule.

Dalmard Marine recycle les cabans

Dalmard Marine est spécialisé depuis 1922 dans la fabrication de cabans à partir de drap de laine, qui peuvent être portés pendant dix, voire vingt ans. La société de 15 salariés dirigée par Maxime Dalmard teste depuis quelques semaines un service de recyclage des cabans usagés de sa marque, mais aussi de celles de ses concurrents. Les particuliers peuvent les envoyer à son siège de Paimpol (Côtes-d’Armor) et recevoir en contrepartie un bon d’achat de 50 euros. Les vêtements sont désinfectés puis transformés en sacs, en pochettes ou en porte-monnaie vendus dans le magasin de la société à Paimpol et sur internet. Quatre emplois ont été créés pour cette nouvelle activité. Les chutes de tissu sont transférées à Gebetex, à Vernon (Eure), qui les utilise pour fabriquer des panneaux d’isolation thermique.

 

La région Bretagne en chiffres

Etablissements 172

Salariés 2 815

Fabrication de textiles 692

Habillement 1 473

Cuir et Chaussures 650

Source : Urssaf (décembre 2019)

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