L’Usine Nouvelle. - Comment la filière bois intègre-t-elle les enjeux liés au changement climatique?
Serge Le Névé. - La première préoccupation concerne la ressource. Le changement climatique concerne la croissance des arbres. Que va-t-il se passer dans trente ou cinquante ans, et quelles évolutions doit-on mettre en œuvre en matière sylvicole? Des essences vont être fragilisées. Il y a une vaste réflexion au niveau national pour faire évoluer la capacité de production, et faire en sorte qu’il n’y ait pas de rupture, ni qualitative ni quantitative, au service du bâtiment. Le sapin, l’épicéa, le hêtre... sont plus fragiles par rapport à la dessiccation, à savoir la raréfaction de l’eau sur certains peuplements. Cela fait dix ans que l’on y réfléchit. Pour du bois d’œuvre, employé dans le bâtiment (bardage, charpente...), il faut attendre trente ans, a minima, pour avoir de la matière, voire cinquante ans. Nous travaillons avec l’Inrae, ainsi qu’avec des coopératives forestières. Quand on change d’essence, il faut s’assurer que les performances soient analogues à ce qui préexistait.
Y a-t-il un risque pour la stabilité des bâtiments?
90% des ouvrages bois sont posés séchés artificiellement. Quand il est coupé en forêt, le bois est hyper-saturé en eau. Le point de saturation des fibres est important à maîtriser. Il faut limiter l’assèchement dans l’ouvrage. De fait, on fait descendre, par rapport aux normes, le taux d’humidité de 30% à 20%. Un bardage qui se gorge en humidité a tendance à s’assécher en période sèche. Le changement climatique ayant tendance à augmenter l’assèchement du bois en période estivale, pourra-t-il y avoir des incidences? On se pose la question. Par ailleurs, sur certaines pièces, comme les bardages, certaines pièces protègent d’un sur-assèchement. La filière a des process pour être tranquille jusqu’à 8% d’humidité, environ. On ne ressent pas d’évolutions tendant vers une situation rédhibitoire.
D’un point de vue normatif, il faudra se poser la question de faire évoluer les côtes relatives au vent
— Serge Le Névé (FCBA)
D’autres risques climatiques sont-ils à prendre en compte?
D’un point de vue normatif, il faudra se poser la question de faire évoluer les côtes relatives au vent. Le bois absorbe les chocs, ce qui est un point fort des systèmes constructifs bois, si l’on respecte les normes. Le bois a un énorme avantage: «Il plie mais ne rompt pas», comme les roseaux. Il a de la souplesse. A Bordeaux (Gironde), nous effectuons des campagnes d’essais de sollicitation dynamique du bois.
En tant que matériau de construction, comment se positionne le bois par rapport au réchauffement climatique?
Le bois a une faible inertie. En apportant de la masse (mixité matériaux...), on peut justifier d’un confort d’été correct. Or, avec un changement climatique assez fort, les périodes caniculaires vont devenir beaucoup plus fréquentes. Celles-ci ont pour effet de stocker la chaleur dans la masse, qui rayonne en permanence. Cela crée des phénomènes d’îlots de chaleur. Le bois ne stocke pas la chaleur. En période caniculaire, lorsque vous concevez un bâti qui permet de faire du rafraîchissement nocturne, avec un matériau bois prédominant en structure, il ne relâche pas de chaleur puisqu’il n’en a pas stocké.
De quelle manière les arbres sont-ils déjà affectés?
Il faut intégrer un paramètre de durabilité biologique. Il n’y aurait pas de scolytes sans évolution climatique. Les épicéas ne sont plus capables de se défendre par rapport à ce ravageur. Le déficit hydrique a pour impact d’affaiblir l’arbre au niveau de ses défenses immunitaires. Ces dernières années, on a observé un cycle larvaire complémentaire. Il existe aussi un risque lié aux termites: l’insecte adulte «mange» le bois. A 99,9%, leur développement est souterrain, d’où la nécessité de créer une barrière entre le sol et le bâti. Si on est très prospectif, il existe un risque de développement aérien des termites, mais cela n’a pas été constaté pour l’instant.



