La raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne) devrait bientôt rejoindre celle de La Mède (Bouches du Rhône) dans une nouvelle business-unit regroupant les activités de Total dans le bioraffinage, les agrocarburants, les bioplastiques, etc. La CGT, qui a rompu sur Twitter le silence qui prévaut habituellement en amont d’un comité social et économique tel que le CSE central (CSEC) de la branche raffinage-chimie de Total prévu le 24 septembre, s'attend à l'annonce d'une conversion du site à la chimie verte.
Pour Thierry Defresne, délégué syndical central CGT de Total, l’ajout ce 22 septembre au matin de deux points - un "projet Galaxie" pour Grandpuits et la réponse au droit d'alerte économique des syndicats - à l’ordre du jour du CSEC (la création de cette nouvelle business-unit "bio") vaut confirmation : le groupe est décidé à mettre fin au raffinage classique de pétrole sur le site. Une stratégie que conteste la CGT, qui voit encore un avenir au raffinage de produits pétroliers en France, pour des raisons de souveraineté et d'évolution lente du parc automobile.
Parmi les pistes envisageables pour Grandpuits, est évoquée une conversion du site vers la chimie verte, possiblement pour s'inscrire dans la chaîne de production de bioplastiques. C’est l’impression qu’ont laissé à une partie des syndicalistes les termes choisis par Michel Charton, directeur raffinage et chimie de base Europe de Total, lors de sa visite récente à Grandpuits. Total affiche en tout cas de grandes ambitions en la matière.

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Un tel projet rendrait envisageable un approvisionnement en biomasse locale. Dans la bioraffinerie de La Mède, la première convertie par Total, le groupe peut raffiner différentes huiles végétales mais le prix bas de l'huile de palme est l'une des composantes de la rentabilité de la conversion du site.
L'évocation régulière par Patrick Pouyanné du rôle des énergies renouvelables, des bioplastiques, du gaz vert et du captage de CO2 dans le modèle d'affaires de Total n'a pas échappé aux salariés du site, qui le savent en-deça des marges attendues par le groupe.
Conjoncture difficile pour le raffinage
S’il a sauvé les résultats 2015 de groupes intégrés comme Total après que les cours du pétrole se sont effondrés fin 2014, le segment aval que constitue le raffinage des produits pétroliers traverse une passe difficile. Les marges du raffinage reposent sur un équilibre complexe entre le prix du pétrole, ceux des produits qu’il sort, et la demande dans ces différents produits. De cette demande dépend la capacité des raffineurs à valoriser chacune des fractions (des plus lourdes aux plus légères).
La mise à l’arrêt de l’aviation par le Covid-19, par exemple, pèse sur les marges des raffineurs car elle réduit la consommation de l’un des produits pétroliers à plus forte valeur ajoutée : le carburant aérien, ou carburéacteur. Sur les six premiers mois de 2020, la consommation française de carburants routiers a baissé de 22 ,3% par rapport au premier semestre 2019. Sur la même période, les livraisons de carburéacteurs ont chuté de 24,7%.
Au point que, selon la CGT, la rentabilité à la tonne de produits raffinés est désormais meilleure à La Mède que dans des raffineries pétrolières classiques comme Anvers (Belgique) ou Leuna (Allemagne).
A Grandpuits, une rentabilité doublement réduite
A ces difficultés conjoncturelles (mais appelées à durer au vu de l’évolution de la pandémie) s’ajoute le problème d’approvisionnement du site de Grandpuits. La raffinerie ne peut tourner à sa capacité nominale, en raison du mauvais état de l’oléoduc qui l’approvisionne. Thierry Defresne, pourtant, considère qu'un oléoduc remis en état pourrait intéresser de grandes entreprises, notamment françaises, de la logistique. Y compris après la fin du raffinage pétrolier à Grandpuits.
Craintes sur l’emploi
Les 1 000 emplois à risque évoqués par la CGT correspondent à une fourchette de 200 à 250 CDI qui nécessiteraient un reclassement, auxquels s’ajoutent près de 800 emplois indirects (sous-traitance, maintenance, etc) et induits (par l’activité du site chez ses partenaires mais également dans les commerces, écoles, etc).
La CFDT, elle, "croit dur comme fer qu’il n’y aura pas de fermeture du site", commente Geoffrey Caillon, son délégué syndical central chez Total. Le syndicat est "prêt à discuter d’un changement stratégique d’activité dès lors que celui-ci est porteur d’emploi et d’opportunités industrielles". "Quel grand industriel n’adapte pas sa stratégie à ce qui se passe dans le monde ?", questionne Geoffrey Caillon. Mais, après les conversions de Carling (Moselle) et La Mède, où "il y a eu des baisses d’effectifs", la CFDT sera "très attentive sur l’emploi", qui constitue une "ligne rouge".
"Il est inutile de jouer à se faire peur. Le projet pour Grandpuits sera responsable dans toutes ses dimensions : investissements nouveaux et gestion du personnel", commente un porte-parole de Total contacté par l’Usine Nouvelle. "Personne ne perd son emploi chez Total lorsqu’il y a des évolutions industrielles. A Carling ou la Mède par exemple, il n’y a eu aucun licenciement, mais des départs à la retraite et des mobilités internes vers d’autres sites de l’entreprise."



