Quatre heures de présentation, des salves de communiqués mais encore beaucoup d’interrogations… Mardi 8 novembre, Renault a dévoilé son fameux projet de réorganisation autour de cinq nouvelles entités. Le constructeur automobile a confirmé sa volonté d’ancrer l’entité Ampère en France pour développer les activités électriques. De façon plus surprenante, l'entreprise veut aussi donner un coup d’accélérateur dans le thermique avec son nouvel allié Geely. Un redécoupage qui inquiète certaines organisations syndicales françaises.
Le projet Horse mené avec Geely semble rouvrir la blessure des délocalisations. Les sites français ont déjà perdu un certain nombre d’activités liées au thermique, sous prétexte que cette technologie n’avait plus d’avenir en Europe. Les salariés voient désormais Renault prêt à investir dans les moteurs à combustion… à l’étranger. Selon les syndicats, les équipes françaises ne seront pas impliquées dans le projet Horse.
«L’avenir des salariés qui travaillent en France sur des activités thermiques ou transverses est menacé, alerte dans un communiqué l’Union syndicale Sud du groupe Renault. Le thermique et l’hybride sont des savoir-faire à ne pas abandonner pour l’instant», ajoute l’organisation.
La crainte d’une ingénierie affaiblie
De son côté, la direction défend bec et ongles la nécessité de créer des équipes distinctes sur l’électrique et le thermique pour mieux innover dans chacun de ces domaines. «L’athlète qui court le 100 mètres ne s’entraîne pas pour faire aussi du saut en hauteur», justifiait Luca de Meo, directeur général de Renault, dans les colonnes de L’Usine Nouvelle. Mais cette métaphore sportive ne semble pas complètement convaincre les syndicats. La CGT redoute un affaiblissement de l’ingénierie. «La direction nous a affirmé qu’Ampère ne serait pas obligé de faire l’ingénierie des véhicules chez Renault. S’ils trouvent mieux ailleurs, ils iront ailleurs chez un sous-traitant…», s’inquiète Jean-François Pibouleau, délégué syndical central de la CGT chez Renault. À la CFDT, on s’interroge devant la complexité de piloter différentes entités censées fonctionner en autonomie. «L’ingénierie va être morcelée en trois parties. Quand nous avons voulu faire des convergences entre l’ingénierie de Renault, Nissan et Mitsubishi, cela a pris cinq à six années», se souvient Jean-François Nanda, délégué syndical central CFDT.

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Mettre le pire derrière soi
Malgré ces interrogations, plusieurs syndicats estiment que le plan de la direction répond aux défis du moment. Notamment en faisant entrer de nouveaux acteurs prêts à apporter des fonds. «Il y a une réalité chez Renault : nous manquons cruellement de cash même si nous avons de très bonnes idées», expose Jean-François Nanda.
Le porte-parole de la CFDT veut croire que le pire est passé en ce qui concerne les suppressions de postes. «Il y a déjà eu des coupes drastiques… Nous espérons que cette étape est derrière nous. Sur les véhicules particuliers, nous avons des perspectives correctes pour les sites de fabrication», estime Jean-François Nanda. Le directeur général du groupe, Luca de Meo, s’est également montré rassurant sur ce point. «La restructuration de Renault a été un exercice très brutal. Nous avons accompli ce travail. Maintenant, il est l’heure de positionner les personnes aux bons postes», a indiqué le patron devant les investisseurs.
Les organisations syndicales doivent être consultées par la direction à partir du 2 décembre en comité social et économique. «L’implication des salariés devra être à la hauteur du projet et pour cela, il va falloir lever quelques questions sur le volet social», commente Guillaume Ribeyre, délégué syndical central de la CFE-CGC. «Il est important que chaque salarié trouve sa place dans l’entreprise. Ce qui est essentiel est l’accompagnement au niveau des compétences et des formations», encourage enfin Mariette Rih, déléguée syndicale centrale FO.



