L’effort a de quoi laisser rêveurs les industriels européens. Le département de la Défense américain a décidé de financer à hauteur de 120 millions de dollars la construction aux Etats-Unis d’une usine de séparation de terres rares lourdes du groupe minier australien Lynas, le principal producteur de terres rares hors de Chine. Un soutien substantiel : la subvention devrait couvrir la totalité des coûts de construction engagés dans le projet, a reconnu le groupe australien dans un communiqué.
Elle est à la hauteur des enjeux pour le Pentagone. En 2019, en pleine période de tensions commerciales entre Washington et Pékin, la Chine avait menacé de suspendre ses exportations de terres rares. Le pays n’a finalement pas mis la mesure à exécution. Mais l’alerte a été jugé suffisamment sérieuse pour que la question des approvisionnements devienne un enjeu stratégique pour Washington. Car cet ensemble de 17 minerais, pas vraiment rares dans la croûte terrestre, sont indispensables aussi bien à la fabrication de moteurs électriques, qu’à l’industrie de la défense. Un F-35 en embarque près de 417 kilos de terres rares, rappelle un rapport du Congrès américain.
Première usine de terres rares lourdes hors de Chine
Or, la Chine contrôle 50% de l’extraction mondiale, mais 90% de la séparation des terres rares, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Sa domination est encore plus marquée dans les terres rares lourdes, comme l’yttrium et le dysprosium, plus chères et plus compliquées à produire. L’usine texane de Lynas, opérationnelle en 2025, devrait être la première à transformer ces terres rares lourdes hors de Chine. Elle sera aussi la première pour le groupe minier basé à Perth, qui opère déjà un site de raffinage en Malaisie, spécialisé dans les terres rares légères et le gisement de Mount Weld, en Australie.
Implanté dans le Golfe du Mexique, le nouveau site devrait dans un premier temps être alimenté par des minerais importés de la mine de Mount Weld. Lynas n’exclut pas de se fournir, dans un second temps, en minerais produits localement. Le groupe prévoit de construire juste à côté une seconde usine de séparation de terres rares légères. Il a déjà reçu le soutien financier du Pentagone, pour couvrir la moitié des coûts.

- 120-3.15
Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
Les Etats-Unis veulent maîtriser toute la chaîne
Le soutien à Lynas n’est pas la seule initiative des Etats-Unis pour maîtriser toute la chaîne de production des terres rares. Avec la réouverture de la mine de Mountain Pass, les Etats-Unis sont déjà revenus sur la carte des producteurs de terre rares, avec près de 15% de la production mondiale. MP Materials, qui exploite le site, a lui aussi obtenu 35 millions de dollars du département de la défense américain pour développer un projet de raffinage de terres rares lourdes. Au début de l’année, un projet de loi bi-partisan a été déposé au Congrès pour interdire l’utilisation de terres rares provenant de Chine à partir de 2026 dans le secteur militaire.
La question des terres rares s’invite même dans les relations transatlantiques. La sécurisation des approvisionnements de ces matières critiques a été rajoutée, le mois dernier, à la liste des sujets à l’ordre du jour du Conseil du commerce et des technologies, le nouvel organe de dialogue entre l’Union européenne et les Etats-Unis mis en place depuis 2021.



