Les prises de commandes ont porté Naval Group en 2019. Vendredi 21 février, le groupe maritime a révélé ses résultats financiers annuels, les derniers présentés par le PDG Hervé Guillou. Après une polémique sur le contrat des sous-marins australiens, l’entreprise française s’est voulue rassurante sur le bon déroulement de ses programmes. Le dirigeant sur le départ a également fixé le cap pour son successeur : faire de Naval Group un acteur compétitif à l’international.
Naval Group dépasse “légèrement” ses objectifs
Naval Group revendique pour 2019 un niveau jamais atteint de prises de commandes : elles ont augmenté de 44 % à 5,3 milliards d’euros pour un carnet de commandes complet de 15,1 milliards d’euros (+9 %). L’industriel français rapporte des “notifications importantes” sur le sixième sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) du programme Barracuda et sur les douze chasseurs de mines des marines belge et néerlandaise.
Le chiffre d’affaires a lui aussi progressé à 3,7 milliards d’euros (+3 %) tandis que la marge opérationnelle est en hausse de 6 % (282 millions d’euros, soit 7,6 % du chiffre d’affaires). Le bénéfice net a également augmenté de 6 % pour atteindre 188,2 millions d’euros. “Ces résultats sont en phase avec nos objectifs, qu’ils dépassent même légèrement”, s’est réjoui le directeur général adjoint finance, Frank Le Rebeller.

- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 1.1793+0.93
14 Avril 2026
Dollar Us (USD) - quotidien$ USD/€
Des critiques “malveillantes” sur le programme australien
Malgré ce bilan solide, le PDG de l’entreprise a dû réagir aux polémiques sur le contrat des sous-marins australiens. Un accord gigantesque à 34 milliards d’euros conclu en avril 2016 pour fournir 12 bâtiments submersibles. Plusieurs parlementaires australiens se sont inquiétés d’un éventuel manque de retombées pour les entreprises locales. Le 14 février, les gouvernements français et australien sont montés au créneau pour réaffirmer leur “plein engagement envers le programme, son calendrier et la montée en charge des capacités industrielles australiennes”.
“Ces critiques sont totalement malveillantes et totalement infondées, a estimé Hervé Guillou. Nous avons consulté plus de 1 000 entreprises australiennes, nous avons déjà sélectionné 70 équipementiers, nous sommes en train de travailler sur les modalités des transferts de technologie, de construire un chantier à Adélaïde (Australie) et les industriels eux-mêmes reconnaissent l’effort considérable que nous faisons.”
Le programme “se déroule normalement” selon le PDG. “Nous sommes une entreprise du temps long. Ces transferts de technologie sont complexes parce qu’il s’agit de haute technologie. Tout cela va prendre du temps”, a-t-il ajouté.
Essais en mer du Suffren imminents
Hervé Guillou s’est montré rassurant sur un autre gros chantier : le sous-marin nucléaire d’attaque de nouvelle génération Suffren, premier bâtiment du programme Barracuda. Celui-ci doit arriver à son port d’attache à Toulon (Var) pour l’été 2020. Selon le PDG, des premiers essais en mer sont prévus sous quelques jours.
Le bon déroulement de ce programme va faire partie des priorités du successeur d’Hervé Guillou. Atteint par la limite d’âge, le PDG doit quitter son poste en mars. Pierre Eric Pommellet, directeur général du groupe Thales, a été désigné par l’Etat pour prendre la tête de Naval Group, malgré les réticences de certains syndicats. Le conseil d’administration était réuni le 20 février pour entériner ce choix. Prochaine étape : sa confirmation en assemblée générale le 24 mars.
Le PDG a peu cité son successeur mais a évoqué de “longs entretiens” avec Pierre Eric Pommellet. “Je suis absolument certain qu’il saura persévérer sur la voie de l’excellence”, a salué Hervé Guillou.
"Exporter nous permet de tenir les compétences de nos bureaux d’études"
Le PDG a surtout tracé la feuille du futur patron en évoquant les prochains défis de Naval Group, notamment à l’international. Entre 2015 et 2019, le groupe maritime a trouvé sept nouvelles marines clientes (Argentine, Australie, Belgique, Egypte, Emirats arabes unis, Pays-Bas et Roumanie). Une offensive que souhaite poursuivre Hervé Guillou.
“Les Européens n’ont pas le choix : aucun marché domestique européen n’a la taille suffisante pour maintenir les compétences et le niveau de compétitivité, y compris le marché français, justifie Hervé Guillou. Exporter nous permet de tenir les compétences de nos bureaux d’études entre les programmes français. Qu’aurions-nous fait entre les études de la FREMM (frégate multi-missions) et les études de la FDI (frégate de défense et d’intervention) si nous n’avions pas développé la classe Gowind ? Le bureau d’études de Lorient n’aurait peut être pas passé la période… [...] Entre chaque développement pour la France, il y a cinq à sept ans de trou.”
En 2019, l’international a représenté 38 % du carnet de commandes de Naval Group contre 62 % pour la France. L’entreprise pourrait remporter un autre marché important en 2020 : elle fait partie des finalistes pour fournir quatre sous-marins aux Pays-Bas.
Hervé Guillou a également mentionné “des étapes supplémentaires à franchir dans notre rapprochement avec Fincantieri et plus si affinités, si d’autres pays européens ou d’autres industriels européens sont prêts à nous rejoindre”. La coentreprise Naviris est opérationnelle depuis janvier et devrait recevoir ses premières prises de commandes fin mars, selon le PDG qui veut faire taire les critiques à ce mariage. “Etant le leader européen, nous devons devenir le pivot de la construction de l’Europe du naval”, a insisté Hervé Guillou.



