Le marché du gaz naturel liquéfié, plus flexible que celui du gaz naturel livrable par gazoducs, est le premier à ressentir l’impact du nouveau coronavirus. Mais les prix de référence du gaz ont récemment touché des plus bas historiques, retombant dix ans en arrière, en raison d’un surplus d’offre alors que l’hiver s’est révélé doux en Europe et en Amérique du Nord comme en Asie.
Les trois premiers pays importateurs de GNL figurent tous les trois parmi le top 5 des pays les plus touchés par le Covid-19, avec plus de 900 cas confirmés au Japon, plus de 80 000 cas de malades en Chine et plus de 4000 contaminations confirmées en Corée du Sud. Ces contaminations, les mesures de confinement et de quarantaine prises en Chine puis ailleurs et le ralentissement industriel commencent à détruire de la demande de gaz.
Mesures de confinement au Japon
Au Japon, le premier poste d’usage du GNL est la production électrique, qui en consomme près des deux tiers. Or la fermeture des écoles annoncées le 2 mars et les mesures de télétravail qui se multiplient vont faire baisser la consommation électrique dans les établissements scolaires et les bureaux. Le pays sort déjà d’un hiver doux avec des niveaux de stocks élevés.

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En Corée du Sud, l'effet est moins immédiat. La fermeture annoncée de 21 des 28 centrales électriques au charbon pour toute la durée du mois de mars, pour réduire la pollution de l’air devrait soutenir la demande de gaz. Ce combustible aura le beau rôle, sur la période, pour maintenir l’offre d’électricité, a confirmé le ministère coréen du Commerce, de l’industrie et de l’énergie.
Quelques livraisons annulées...
La demande de gaz pour l'industrie et la production électrique en Chine, deuxième importateur de GNL en 2019, est estimée en baisse de 10 à 14 % sur les deux premiers mois de 2020, selon Awilco LNG. Les premières annulations de livraisons prévues de longue date sont intervenues début février en Chine. La China National Offshore Oil Corp (Cnooc) a déclaré des cas de force majeure, première étape avant de suspendre des contrats d’importation de gaz naturel, auprès de trois fournisseurs. Le 20 février, Shell – le plus gros vendeur de GNL - confirmait avoir redirigé vers de nouveaux acheteurs des cargaisons de GNL initialement destinées à la Chine.
Force majeure... ou pas ?
Total, confronté à une demande de suspension pour force majeure, l’a refusée, dénonçant par la voix de Philippe Sauquet, président de la branche gaz, énergies renouvelables et électricité du groupe, "la tentation de déclarer la force majeure pour remplacer ses contrats long-terme par des livraisons spot". Le prix du gaz sur les contrats à terme initiaux est alors au double de celui sur le marché spot, pour livraison immédiate.
Certains contrats longs terme contiennent effectivement des clauses suspensives en cas d’épidémie non prévisible, notamment si les ressources humaines nécessaires au déchargement au port ou les capacités de stockage sont manquantes. Ce qui reste à prouver. D'autres mentionnent des décisions gouvernementales, qui pourraient correspondre aux mesure de quarantaine imposées dans certaines régions touchées.
Même en Europe
La destruction de la demande s’étend depuis fin février à l’Europe, où les niveaux de stocks sont déjà très élevés. L’espagnol Naturgy a annulé deux cargos de GNL de Cheniere Energy destinés à Repsol et Endesa, affirment plusieurs médias américains. Cheniere reconnaissait fin février l’annulation par deux clients (non nommés) de livraisons de GNL au départ de Sabine Pass en Louisiane et de Corpus Christi au Texas prévues pour avril. Mais au 2 mars, Cheniere n’avait pas enregistré d’annulation de livraison en mars, et espérait toujours livrer 38 des 40 cargos initialement prévus en avril.
Gaz américain cherche destination
Les Etats-Unis ont doublé leurs capacités d’exportation de GNL grâce aux infrastructures mises en service l’an dernier. Et l'Europe a absorbé une part importante de cette nouvelle production disponible à l'international. En 2019, les importations européennes étaient en hausse de 61%. Mais la concurrence du gisement russe de Yamal et les stocks européens au plus haut réduisent les débouchés pour le gaz liquéfié américain.
L’impact d'une potentielle aggravation de la situation sanitaire dur au coronavirus serait notamment ressenti par les producteurs américains de gaz des Appalaches, dont la production est la plus exposée, mais devrait rester modéré, "à moins d’une réduction durable de la liquidité des contrats sur le marché européen" (contrats échangés sur le TTF), commentent des analystes de Goldman Sachs.
Le producteur américain de GNL Tellurian a annoncé le 2 mars des coupes dans ses dépenses et cherche à allonger la maturité de sa dette, pour se préparer à une faible demande et à des prix bas. "Etant données les conditions de marché mondiales et les restrictions sur les transports causées par l’émergence du coronavirus, nous prenons les mesures nécessaires pour préserver la valeur créée par Tellurian et Driftwood LNG ", a déclaré la présidente de Tellurian Meg Gentle.
La chute des prix du gaz a retardé les prises de décision finales de plusieurs constructions de terminaux d’exportation du GNL au Etats-Unis, qui restent en arbitrage. Le coronavirus, en ajoutant de l'incertitude sur la demande, complique aussi la validation d'investissements à court terme.



