Engagé depuis plusieurs mois dans un processus de négociation et d'étude de faisabilité pour une réindustrialisation du site aveyronnais de l'ancienne fonderie SAM, à Viviez, dans l'Aveyron, le groupe lotois MH Industries (340 salariés, 22,5 millions d’euros de chiffre d'affaires consolidé en 2021, 27 millions d’euros attendus pour 2022) vient d'annoncer, le lundi 18 juillet, dans un communiqué, sa décision d'abandonner le projet. «Nous ne sommes pas parvenus à convaincre le groupe Renault d'aider à l'amorçage du projet; de plus nous ne sommes pas non plus parvenus à sécuriser le financement total du projet», indique Matthieu Hede, président du groupe lotois, qui reconnaît par ailleurs que la conjoncture internationale et son influence, notamment sur les prix de l'énergie, ont également contribué à changer la donne. L'industriel, déjà à la tête de plusieurs sites industriels dans le Lot, la Corrèze, le Tarn, la Vienne, la Côte d'Or, la Gironde et à Bilbao, en Espagne, a donc mis fin à cette nouvelle opération de diversification.
Une nouvelle déception pour les anciens salariés du site de Viviez. Reprise en toute fin d'année 2017 par le groupe chinois JinJiang, la fonderie aveyronnaise, dont le constructeur automobile Renault était le principal client, a été mise en redressement judiciaire deux ans plus tard, en décembre 2019. La liquidation judiciaire, prononcée en septembre 2021, a été suivie le 26 novembre 2021, d'une décision de cessation immédiate d’activité, signant un coup d'arrêt définitif pour les 330 salariés de l'entreprise. Le projet de relance d'une nouvelle activité de fonderie sur le site par MH Industries avait donc suscité de nouveaux espoirs. « Si la faisabilité du projet est confirmée, l’activité pourrait reprendre dès 2023 et créer environ 130emplois en deux ans », précisait en début d'année 2022 les services de la Région.
Les négociations pour l'acquisition du site industriel par la Région se poursuivent
De son côté, la présidente du conseil régional d'Occitanie, Carole Delga, dénonce aujourd’hui à la fois le manque d'engagement de Renault et la responsabilité de l'Etat. «Renault, dont l’Etat est l’un des principaux actionnaires, s’est totalement désengagé du projet industriel de Viviez et n’a jamais formulé d’offre claire permettant l’émergence d’une fonderie dans des conditions sereines; cela alors même que MHIndustries s’était engagé à ne pas prolonger au-delà de 5 ans le lien commercial avec Renault tout en faisant une offre compétitive sur un volume d’affaires à hauteur de seulement 8millions d’euros par an », souligne-t-elle dans un communiqué, en ajoutant : « l’Etat central n’a pas pleinement joué son rôle! Dans un dossier comme celui de la SAM, seul le volontarisme paie. Comment peut-on parler de réindustrialisation du pays, de souveraineté économique et laisser démanteler une activité de fonderie dont les industries du Sud de la France ont besoin? ».
La région Occitanie s’était mobilisée aux côtés de MH Industries, via le vote, en février 2022, d'une enveloppe de 1,2 million d'euros pour le financement d’une étude de faisabilité visant la relance d’une activité de fonderie sur le site aveyronnais et la consolidation financière du groupe MH Industrie. Dans la foulée, l'Etat s'était lui aussi engagé sur le co-financement des études à hauteur de 200 000 euros et sur un rééchelonnement du PGE du groupe MH Industrie. « L'étude industrielle a permis de démontrer qu'à moyen terme notre projet était viable, mais qu'il était nécessaire de compter sur Renault pour assurer son amorçage. Dans les métiers de la fonderie, il faut en effet 18mois, a minima, pour commencer à se positionner sur un nouveau marché, le temps notamment de développer les moules et de roder l'outil. Le contrat avec Renault aurait pu nous aider à franchir cette étape », explique Matthieu Hedde. L'industriel lotois préfère tourner la page et se tourner vers d'autres horizons. « Nous avons en ligne de mire d'autres projets de croissance externe en France et des projets d'investissements. Nous allons pouvoir relancer ces projets mis en standby depuis plusieurs mois », confie le chef d'entreprise.
Suite à la décision du groupe lotois de jeter l'éponge, la Région entend néanmoins poursuivre la négociation pour finaliser le rachat de l’ancien site de la SAM auprès de la SCI Jinjiang. « Nous sommes au travail pour que d’autres projets industriels d’avenir voient le jour sur le territoire », assure Carole Delga.



