Le grand plan de recrutement de la RATP ne parvient pas à calmer les craintes

La RATP annonce qu’elle va recruter 6 600 personnes en Île-de-France en 2023. Un plan ambitieux, pour une entreprise qui a eu le plus grand mal à combler les nombreux départs en 2022. L’analyse du premier syndicat présent à la Régie, la CGT, atténue cet enthousiasme.

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centre maintenance RATP Bagneux ligne 4
La RATP souffre d'un manque d'effectifs dans les ateliers de maintenance.

4 900 postes en CDI, 1 000 contrats d’alternance et 700 contrats d’insertion seront à pourvoir au cours de l’année 2023. La RATP lance une grande opération de recrutement pour répondre au manque de conducteurs de bus et de métros, d’agents de maintenance et pour anticiper les grands événements qui auront lieu en France en 2023, avec la Coupe du monde de Rugby, et en 2024, avec les jeux Olympiques. L’objectif est de résorber le déficit d’emplois qui a atteint son sommet à l’automne 2022, quand un quart du service de bus n’était plus assuré à Paris et en petite couronne, et que celui du métro était fortement dégradé (-10 à 20% selon les lignes). 

« La RATP a embauché 1500 machinistes en neuf mois, entre mai et novembre », rappelle Marie Cosson, directrice du développement des compétences du groupe RATP. La direction a prévu un retour à la normale sur les réseaux des métros et des bus d’ici au mois d'avril pour mettre fin aux images de voyageurs entassés sur les quais de certaines lignes, comme la 8 et la 10. Ces recrutements doivent aussi compenser les départs à la retraite et les démissions qui ont été anticipés dans ce plan de recrutement au même titre que les extensions des lignes de métro 11 et 14. Et assurer un service de qualité tous les jours, mais aussi pendant les futurs événements sportifs.

Un coup de com pour la CGT

Une démarche qui peine à convaincre chez certains syndicats, comme à la CGT. «Pour nous, c’est un coup de com', dénonce Vincent Gautheron, délégué central adjoint CGT-RATP. Il y a un côté démagogique à faire croire qu’on recrute 4 900 postes. 425 postes à pourvoir sont des recrutements prévus en 2022, qui ont été reportés en 2023. Et les effectifs moyens début 2023 sont 43 752 salariés pour l’Île-de-France, contre 44 781 un an plus tôt. L’objectif est d’atteindre 43 879 collaborateurs fin 2023.»

Le plan de productivité mis en place avec l’autorité organisatrice des transports franciliens, Île-de-France Mobilités (IDFM) prévoyait dès fin 2018 la suppression de 1 000 postes d’ici à 2024, mais sans licenciements. Les chiffres témoignent de la baisse des effectifs qui devraient sensiblement remonter en 2023, après l’hémorragie de 2022. «Les nouvelles conditions de travail des machinistes de bus, avec davantage d’heures travaillées, doivent compenserla baisse de 174 postes sur le réseau et la suppression de 120 postes dans le métro est uniquement liée à l’automatisation de la ligne 4 [Porte de Clignancourt – Bagneux, Lucie Aubrac]», juge le représentant de la CGT. 

Recruter à tous les postes

La direction souhaite recruter 2 700 conducteurs et conductrices, dont 2 400 à Paris en petite couronne, 300 en grande couronne, mais aussi 700 agents de gares et stations et 400 conducteurs de métros. Ce sont aussi 600 embauches d'ingénieurs, 400 postes à la maintenance et 120 à la sûreté qui sont programmés. Reste à savoir si la RATP arrivera à embaucher autant de monde et à fidéliser ses nouvelles recrues, alors que les conditions de travail sont plus difficiles dans les bus, par exemple. Elle indique avoir reçu plus de 90 000 CV et recrute également un millier d’alternants en formation et 700 contrats d’insertion. « Le plan de recrutement est déjà amorcé mais il faut y ajouter un temps de formation qui diffère selon les métiers mais aussi selon l’expérience, précise Marie Cosson. Pour les machinistes, la formation peut prendre de quelques semaines à six mois, si le candidat n’a pas le permis D, notamment pour un contrat en alternance. Pour un agent de sécurité, il faut compter 15 semaines, parfois plus entre le délai de réalisation de l’enquête administrative et l’obtention du permis de port d’arme. » La direction assure avoir tenu compte dans son plan des échecs lors de la formation.

De quoi prévenir l’avenir, si l’entreprise sait rendre ses emplois plus attrayants, surtout sur les métiers en tension comme dans la maintenance qui attire moins de vocations. Or, le manque d’agents de maintenance influe directement sur la disponibilité du matériel. L’argent est le nerf de la guerre. Pour attirer les vocations, il faut proposer des salaires d’un bon niveau. Le nouveau président de la RATP, Jean Castex ne cesse d'ailleurs de le marteler. « Les salaires sont un élément essentiel de l’attractivité, mais il faut y ajouter la sécurité de l’emploi, la prise en charge des soins, les perspectives d’évolution qui sont proposées au sein du groupe RATP », précise Marie Cosson.

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