Enquête

Le Grand Lyon reprend la main sur les mobilités

Expérimentée à Lyon et à Los Angeles, la plate-forme Smart mobility manager permet de superviser et réguler les opérateurs de mobilité et les infrastructures.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article

Avec la loi mobilités définitivement adoptée le 24 décembre 2019, les villes et communautés de communes peuvent devenir des autorités organisatrices et, ainsi, mettre fin au désordre lié aux nouvelles mobilités en imposant des règles aux opérateurs. Les obliger à respecter leur cahier des charges et à mettre fin à l’anarchie qui règne sur les trottoirs avec l’arrivée des vélos et surtout des trottinettes en free-floating ne serait pas un luxe. Il existe bien une start-up qui a développé un concept proche du Vélib’ pour les trottinettes [lire page 32], mais les villes doivent se doter d’outils de supervision et de régulation spécifiques. À l’image de Lyon et Los Angeles qui expérimentent la plate-forme Smart mobility manager de Blue Systems. Forte de son expérience acquise dans l’autopartage avec Autolib’, la division du groupe Bolloré dédiée à la mobilité intelligente a développé une solution qui permet d’optimiser l’usage de l’espace public – comme l’interdiction aux trottinettes électriques de rouler dans certaines rues –, en planifiant et synchronisant les services de mobilité et en régulant les opérateurs. « L’idée est de s’approprier cette approche, déjà utilisée par certaines villes américaines, explique Pierre Soulard, le responsable du service mobilité urbaine pour le Grand Lyon. Nous y intégrons l’autopartage Bluely (250 véhicules) et les 5 000 Vélo’v, mais l’enjeu est surtout d’y ajouter les nouveaux opérateurs de trottinettes et de mieux connaître leur offre. »

Contrôler l’incontrôlable

Dans le Rhône, les premiers contacts avec Blue Systems remontent à l’été 2019. À l’origine du projet, deux villes étaient concernées, Lyon et Villeurbanne, mais cette dernière a « interdit les trottinettes en attendant d’avoir un cadre formel avec la loi mobilités (LOM), précise Pierre Soulard. Aujourd’hui, nous avons trois opérateurs sur Lyon, et Villeurbanne reviendra ». La ville de Lyon a lancé un appel à manifestation pour deux opérateurs. « Dans le cadre de la LOM, les villes peuvent lancer des appels à projets avec des conditions sur le périmètre, la taille de la flotte, les zones interdites. La question du respect des règles et du contrôle est essentielle, mais on ne peut pas mettre un policier derrière chaque engin. Avec un GPS d’une précision à cinq mètres, il sera possible de vérifier avec ces données si les règles sont appliquées, de restreindre les accès et de pénaliser les prestataires et les usagers. Il est, par exemple, possible de bloquer l’assistance électrique des trottinettes dans les zones piétonnes où on ne peut pas rouler à plus de 8 km/h. »

Pour le groupe Bolloré, cette visibilité dans une ville comme Lyon, après Los Angeles, est un formidable accélérateur pour sa plate-forme de services cloud. Les villes se retrouvent face à l’explosion d’une micromobilité souvent incontrôlable et génératrice de désordres et d’accidents de piétons dans les rues et sur les trottoirs. Sans parler des VTC qui augmentent de manière excessive leur congestion et des applications du type Waze qui créent du trafic là où il n’y en avait pas. « L’expérience de Los Angeles nous montre que la ville peut reprendre le contrôle de la mobilité. Les autorités étaient à la recherche de partenaires technologiques, raconte Christophe Arnaud, le CEO de Blue Systems. La métropole a défini le format de données à remonter pour dialoguer avec les opérateurs. Nous avons développé un démonstrateur et au final, la ville s’est lancée dans une expérimentation. Et nous avons gagné un contrat de quatorze mois jusqu’à fin 2020. » Avec l’espoir de remporter le futur appel d’offres.

Entre IA et data learning

La solution de Blue Systems fondée sur l’intelligence artificielle, et notamment le data learning, collecte les données, analyse les informations, les flux et les comportements, tient compte des règles qui ont été définies et applique les politiques décidées par la ville en matière de régulation et de planification. C’est-à-dire suivre qui utilise les infrastructures et quand, contrôler et réguler les opérateurs, superviser les horodateurs… Sur une carte, tout est visualisé en temps réel, sans parler des historiques de trajets, des tableaux de bord, de la gestion des revenus, des alertes en temps réel en cas d’infraction, de congestion. Les opérateurs reçoivent automatiquement les nouvelles réglementations… et les pénalités. Cette plate-forme permet notamment de réduire la vitesse, d’interdire la circulation dans certaines zones quitte à bloquer les engins, et notamment des zones à circulation restreinte pour les véhicules les plus polluants, sinon une amende est générée automatiquement… Et le temps réel sera encore amélioré quand la 5G sera en service.

Toujours dans la cité californienne, « ce sont jusqu’à 30 000 engins de micromobilité qui sont arrivés en peu de temps, sans parler des 40 000 chauffeurs de VTC, rappelle Christophe Arnaud. Nous avons créé un permis électronique pour surveiller le nombre de véhicules, alors qu’il n’y avait pas de moyens de vérifier que les opérateurs respectent le nombre qui leur avait été octroyé. La municipalité a également pu leur demander de desservir certains quartiers oubliés et de vérifier que cette demande était respectée. En six mois, Los Angeles est passé du chaos total à une micromobilité bien organisée et le free-floating a été réduit au profit des systèmes à bornes. » Tous les opérateurs ont accepté de jouer le jeu, sauf Jump qui est en procès avec la ville et qui a été déconnecté.

L’Ile-de-France en vue

Pour Blue Solutions, « le grand objectif de l’année est de se positionner sur l’Ile-de-France. L’idée est d’agréger l’ensemble des véhicules qui transportent la population », prévient Christophe Arnaud. Pour 2020, il veut être présent en expérimentation dans au moins trois villes en France, autant en Europe et six aux États-Unis. « San José a lancé un appel d’offres pour cinq ans, nous attendons un dénouement prochainement. »

La division du groupe Bolloré dédiée à la mobilité intelligente veut prendre de l’avance, car la concurrence arrivera inéluctablement. « Nous sommes clairement sur une nouvelle solution, une première mondiale », se réjouit Christophe Arnaud. Un moyen pour redécoller alors que l’autopartage est pour l’instant un échec.

Ces start-up qui innovent

  • Le covoiturage comme une ligne de bus
    Ecov a lancé sa première ligne de covoiturage en 2019. Cette start-up de 37 personnes, fondée fin 2014, se positionne dans l’économie sociale et solidaire. Elle est accompagnée par Mobiliz, le fonds de Renault et de la Caisse des dépôts. Son concept ? Déployer des lignes de covoiturage comme des lignes de bus, avec des arrêts matérialisés et avec un temps d’attente inférieur à dix minutes. « Nous avons créé un service public innovant avec les collectivités locales, pour des zones péri-urbaines », précise Thomas Matagne, le président d’Ecov. Aujourd’hui, 25 lignes sont en fonctionnement, essentiellement en Rhône-Alpes.
  • Des trottinettes en station
    La start-up WeTrott’, soutenue par Mov’eo, a lancé un concept à contre-courant du free-floating. « Nous avons créé l’entreprise il y a trois ans. Nous étions un peu trop visionnaires », concède Christophe Basset, son fondateur. Son idée ? Installer des stations (2,3 m² pour 15 unités) sur le principe du Vélib’, mais sans génie civil. Le client prend (et rapporte) une trottinette électrique rechargée en station avec un sac à dos comprenant un casque, un gilet et un antivol. Des tests ont été effectués, mais WeTrott’ se heurte à un problème de financement.
  • Les vélos comme des chariots
    Zoov, cette start-up de 50 salariés, a « les objets connectés pour ADN », prévient Arnaud Le Rodallec, son directeur général et cofondateur avec Éric Carreel, le fondateur de Withings. Son principe ? Pouvoir stationner 15 à 20 vélos électriques dans l’espace d’une place de parking. La station Zoov fonctionne sur le principe des chariots de supermarché. Chaque vélo sert de borne pour un nouveau vélo qui vient l’aimanter. Fonctionnant via une appli sur smartphone, le service est déployé avec 500 vélos à Bordeaux (Gironde) et à Paris-Saclay (Essonne). Les stations assurent grâce à un algorithme un transfert d’énergie entre les vélos pour assurer une autonomie de 45 km à chacun. Une nouvelle station alimentée en électricité est dans les starting-blocks.

Marc Charlet, directeur général du pôle de compétitivité Mov’eo
« Casser les silos pour travailler ensemble »

  • La loi mobilités répond-elle à la nécessité de mieux gérer les nouvelles mobilités en ville ?
    La loi mobilités répond en partie à cette question. Elle donne la possibilité aux collectivités qui veulent reprendre la main de devenir des autorités organisatrices.
  • Comment relever le défi ?
    Notre vision consiste à dire que les challenges ne seront relevés qu’en utilisant toutes les compétences, en cassant les silos afin que tout le monde travaille ensemble. Nous accompagnons des start-up comme WeTrott’, acteur sur le marché de la location de trottinettes à contre-courant du free-floating avec son réseau de stations, et Zoov, qui propose des vélos électriques stationnés selon le principe des chariots de supermarchés [lire page 32]. Aujourd’hui, avec les outils de géolocalisation, les autorités régulatrices peuvent mettre en œuvre des moyens dissuasifs pour s’assurer que les opérateurs respectent leur cahier des charges.
  • Le free-floating est-il vraiment adapté à l’indiscipline d’une partie de nos compatriotes ?
    La solution des scooters en free-floating, avec Cityscoot, est une belle réussite et les utilisateurs sont davantage disciplinés. Pour les vélos et les trottinettes, la meilleure solution est le système qui comprend des stations. Il va y avoir des débats au sein des villes pour trouver des réponses.
  • Entrons-nous dans l’ère du MaaS, la mobility as a service ?
    Si le transport de masse reste essentiel, il reste beaucoup de choses à faire pour améliorer l’information voyageurs, la billettique et assurer la MaaS, le trajet d’un point A à un point B sans couture. Il existe aujourd’hui des applis très bien faites, comme celles de la RATP et de la SNCF. Toutefois, le problème des mobilités ne se situe pas en zone urbaine, mais en zone périurbaine et rurale. Là, nous travaillons à des solutions de covoiturage et de transport à la demande. Et dans un avenir plus lointain sur le véhicule autonome avec des navettes et des robots taxi.
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs