Le gouvernement veut « y aller tranquillement » pour mettre fin aux chaudières au fioul

Les chaudières au fioul obsolètes gagnent quelques mois de répit. Le décret qui doit interdire l’installation de ces équipements polluants a été repoussé au 1er juillet 2022. Mais la filière de chauffage se prépare déjà à la suite.

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 Photos Pascal Colby TRAPIL exploite en France des pipelines d’hydrocarbures liquides (super carburant, gazole, fioul domestique, carburéacteur, produits semi-finis) et assure ainsi le ravitaillement de grandes métropoles françaises et d’aéroports.
Pour sortir du tout-pétrole, la France veut faire disparaître les chaudières au fioul d'ici à 2028.

En 2028, le gouvernement espère que les chaudières au fioul auront entièrement disparu des bâtiments et des logements français. Il reste du travail mais l’exécutif souhaite prendre son temps pour mener à bien le chantier. Jeudi 3 juin, le ministère de la Transition écologique a révélé que l’interdiction d’installer ce type d’équipements serait repoussée du 1er janvier au 1er juillet 2022.

La réparation autorisée

« Le projet de décret a été largement concerté avec les acteurs dans la filière de chauffage. Le décret sera transmis très prochainement au Conseil d’État et il va entrer en vigueur mi-2022, tant pour les bâtiments neufs que pour les bâtiments existants », a annoncé Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, lors d’une audition à l’Assemblée nationale.

Pas de panique pour les quelque trois millions de foyers français équipés d’une chaudière au fioul ou leurs réparateurs. Pour l’instant, l’interdiction porte seulement sur des installations de chaudières neuves. « Évidemment, cela n’interdira pas la réparation des installations existantes », a rassuré Barbara Pompili. De la même manière, même après 2022, il sera toujours possible de remplir les cuves des chaudières au fioul en fonctionnement. En cas de panne définitive, les usagers devront toutefois se tourner vers des alternatives moins polluantes : chaudière biomasse, pompe à chaleur, système solaire combiné, raccordement à un réseau de chaleur, granulé à bois…

Le gouvernement prévoit également des dérogations en cas de « coûts excessifs » ou « d’impossibilités techniques ». Ce cas de figure peut se présenter dans les zones isolées ou dans les bâtiments qui font face à des contraintes d’encombrement ou des limites de propriété.

Une décision « incompréhensible » pour Effy

L'annonce du gouvernement n'a pas manqué de faire réagir alors que plusieurs entreprises se positionnent sur le marché de l'efficacité énergétique, dont Total qui vient de se rebaptiser TotalEnergies pour signifier son détournement progressif du pétrole. Spécialiste de la rénovation énergétique, Effy a dénoncé un report de calendrier « incompréhensible ». « L’urgence climatique et la fragilisation du pouvoir d’achat des Français devraient au contraire nous inciter à accélérer l’abandon de l’énergie de chauffage la plus polluante et la plus chère pour les familles », fait valoir Frédéric Utzmann, président de l'entreprise, dans un communiqué.

« C’est très mauvais de se chauffer au fioul mais il y a une volonté dans la période d’y aller tranquillement », a justifié Barbara Pompili sur le plateau de France 2. « Ce que nous voulons, c’est faire comprendre aux gens la nécessité d’évoluer », a-t-elle argumenté.

Des primes à la conversion

L’État multiplie les incitations pour pousser les usagers à se débarrasser des chaudières au fioul vieillissantes. « Le fioul représente en effet 7 à 10 fois plus d’émissions de CO2 qu’un mode de chauffage ayant recours aux énergies renouvelables », estime le ministère de la Transition écologique. La disparition des chaudières au fioul permettrait ainsi de diminuer de 1,5 % les émissions du secteur résidentiel.

Selon le ministère de la Transition écologique, changer une chaudière à énergie fossile pour une chaudière plus performante à énergie renouvelable représenterait une économie de 900 et 1 200 euros par an sur les factures de chauffage. Le gouvernement a aussi mis en place un éventail de primes à la conversion : certificats d’économies d’énergie, MaPrimeRénov’ ou encore chaudière à un euro pour les ménages les plus modestes.

D'autres systèmes de chauffage visés

Au-delà du fioul, d’autres systèmes de chauffage polluants vont être ciblés. Le décret ne porte pas précisément sur le mode d’énergie mais il fixe un seuil d’émissions de CO2 à ne pas dépasser. Les chaudières au charbon ou à gaz peu performantes pourraient donc aussi tomber dans ce périmètre. « La mesure d’interdiction concernera les systèmes de chauffage utilisant à titre principal un combustible dont les émissions de CO2 sont supérieures au seuil de 250 gCO2eq / kWh PCI », expliquait le gouvernement en janvier, au moment de la mise en consultation du décret. Reste à savoir si le décret définitif conservera le même seuil. Les annonces du gouvernement avaient déclenché un branle-bas de combat chez les fabricants de chaudières à gaz et dans la filière du fioul domestique.

Selon FioulReduc, une entreprise spécialisée dans la vente en ligne de fioul, l’ensemble des chaudières à gaz devraient dépasser les seuils fixés par le gouvernement. « Tous les modèles de chaudières gaz sont concernés, y compris les chaudières à condensation. En effet, malgré le fait que ce soit une “chaudière à très haute performance énergétique”, elle reste trop émettrice de gaz à effet de serre. Elle ne permet donc pas de respecter les nouvelles normes de la RE2020 [réglementation environnementale 2020] », explique la société sur son site.

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