Le gouvernement réautorise l'utilisation d'insecticides bannis pour lutter contre la jaunisse de la betterave

Dans le cadre d'un plan de soutien présenté le 6 août, le gouvernement va permettre aux cultivateurs de betteraves à sucre de réutiliser des insecticides utiles pour lutter contre la jaunisse de la plante et interdits depuis 2018. Le programme, qui contient d'autres mesures, prévoit une utilisation "strictement encadrée".

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Jaunisse de la betterave
La jaunisse de la betterave se manifeste par une coloration jaune du limbe des feuilles.

Le gouvernement va réautoriser les cultivateurs de betteraves à sucre à utiliser des néonicotinoïdes "dans des conditions strictement encadrées", a annoncé le ministère de l'Agriculture dans un communiqué daté du 6 août. Cette famille d'insecticides, interdite depuis 2018, était auparavant utilisée pour protéger les cultures des pucerons verts, vecteurs du virus de la jaunisse.

Par le biais d'une modification législative, une dérogation devrait être mise en place à partir de l'automne jusqu'en 2023 maximum, dans le cadre d'un plan de soutien à la filière. En contrepartie, et bien que les betteraves ne produisent pas de fleurs, ce qui limite l'impact des produits sur les abeilles, "seule l’utilisation via l’enrobage des semences pourra être envisagée, et celle par pulvérisation demeurera interdite, afin de limiter les risques de dispersion du produit", précise le communiqué.

Aucune alternative efficace pour l'instant

Il sera également interdit de "planter des cultures attractives de pollinisateurs, suivant celles de betteraves afin de ne pas exposer les insectes pollinisateurs aux résidus éventuels de produits". De plus, un "plan de protection des pollinisateurs, visant à renforcer leur protection pendant les périodes de floraison, et à mieux prendre en compte les enjeux associés aux pollinisateurs au moment de la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques" devra être défini d'ici à la fin de l'année.

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Dans différents avis publiés entre 2012 et 2018, l'autorité de sûreté sanitaire (Anses) précisait ne pas être mesure de déterminer les effets nocifs concrets des néonicotinoïdes sur l'environnement et la santé humaine. Elle conseillait cependant de limiter leurs usages et de mettre au point des alternatives. "Les alternatives techniques aujourd’hui disponibles se sont révélées inefficaces pour la culture de la betterave, en particulier dans les conditions climatiques du début de l’année 2020", répond le communiqué du ministère de l'Agriculture.

D'autres mesures d'aide

En plus de la dérogation, le plan de soutien prévoit quatre autres volets : la mise en œuvre d'un programme de prévention des infestations par les insectes ravageurs ; un investissement de 5 millions d'euros supplémentaires dès 2021 pour "accélérer l'identification d'alternatives véritablement efficaces" ; des indemnisations en cas de pertes importantes de rendement à cause de la jaunisse ; des "engagements des professionnels industriels sur la pérennisation de la filière sucrière en France".

Ce plan d'aide intervient en réponse au récent cri d'alerte de la filière, qui revendique en France 25 000 betteraviers, 21 sucreries, 45 000 emplois directs et se présente comme le "premier producteur européen de sucre et de bioéthanol pour plus d’1 milliard d'euros d’excédent commercial". "Plus du tiers de nos betteraves est malade avec 30 à 50 % de la production perdue ! C’est une perte probable supérieure à 150 millions d'euros et qui pourrait même atteindre les 200 millions d'euros pour les planteurs, l’ampleur de l’épidémie étant croissante : certains agriculteurs perdront plus de 1000 € par hectare", annonçait celle-ci dans une tribune le 31 juillet.

Un plan bienvenu

Les réactions des acteurs de la filière ne se sont pas faites attendre. "Les mesures retenues tant en matière agronomique que de soutien économique vont permettre aux planteurs de betteraves d'envisager dans les prochaines semaines leur choix d’assolement pour la prochaine campagne avec des perspectives techniques confortées. Ces annonces sont de nature à sécuriser les semis de betteraves pour la campagne 2021/2022", s'est par exemple réjoui dans un communiqué le géant français du sucre Tereos.

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