Le fondeur américain des puces GlobalFoundries tourne le dos à de longues années de pertes

Après de longues années dans le rouge, le fondeur américain de semi-conducteurs GlobalFoundries passe au vert en 2022. Un redressement favorisé par le boom des puces mais aussi par un changement de stratégie qui en fait un partenaire clé à long terme de grands clients, notamment dans l’automobile.

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GlobalFoundries usine Fab 8 à Malta
L'usine de GlobalFoundries à Malta, aux Etats-Unis

2022 est à marquer d’une pierre blanche pour GlobalFoundries. Après de longues années dans le rouge, le plus grand fondeur américain de puces, qui compte parmi ses clients AMD, IBM, Broadcom, Qualcomm et STMicroelectronics, a basculé dans le vert en 2022 avec des résultats supérieurs aux attentes des analystes financiers.

«Nous réalisons des performances record, dans le haut de la fourchette de nos prévisions, se félicite le directeur général, Thomas Caulfield, lors de la présentation des résultats aux analystes le 14 février. Nous accomplissons des progrès significatifs vers notre modèle financier à long terme présenté en amont de l’introduction en Bourse.»

Alors que le marché de fonderie de puces a augmenté de 28 % à près de 130 milliards de dollars en 2022 selon le cabinet TrendForce, GlobalFoundries affiche un bond de 23 % de son chiffre d’affaires à 8,1 milliards de dollars. Son bénéfice net atteint 1,4 milliard de dollars, contre une perte de 250 millions de dollars en 2021. Une convalescence saluée en Bourse par un gain du cours de l’action de 9% à la publication des résultats même si la société subit un net ralentissement au quatrième trimestre 2022 et s’attend à une croissance minime, voire à une stagnation du chiffre d’affaires en 2023.

5,7 milliards de dollars de pertes en quatre ans

GlobalFoundries est né en 2009 par essaimage de l’appareil de production d’AMD, le challenger d’Intel des microprocesseurs X86 au cœur de l’écrasante majorité des PC et serveurs. Le fonds souverain émirati Mubadala Investment en détient 86,1 % du capital depuis l’introduction de la société en Bourse en octobre 2021. Ses résultats financiers ne sont rendus publics que depuis 2018. En quatre ans de 2018 à 2021, les pertes nettes cumulées se montent à 5,7 milliards de dollars. Selon le cabinet IC Insights, l’entreprise n’aurait probablement jamais réussi auparavant à être bénéficiaire, ce qui signifierait qu’elle était dans le rouge pendant 12 années consécutives !

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Le boom des puces ces deux dernières années sur fond de pénurie et de hausse des prix a été le moteur de ce redressement. GlobalFoundries a bénéficié à fonds de l’insuffisance des capacités de fonderie dans les technologies matures (20 nanomètres et plus), longtemps délaissées par les deux leaders du marché, le taiwanais TSMC et le sud-coréen Samsung, au profit des technologies avancées (16 nanomètres et moins). Or c’est dans les technologies matures que la demande continue à dépasser l’offre en raison des mouvements d’électrification, de digitalisation et de décarbonation dans l’automobile et l’industrie. Ce contexte a favorisé le passage au vert dès le troisième trimestre 2021.

Sortie de la course de la loi de Moore

GlobalFoundries récolte également les fruits de son virage stratégique. Dès qu’il a pris la tête de l’entreprise en 2018, Thomas Caulfield a décidé de sortir de la couteuse course de la loi de Moore et de se recentrer sur les technologies dites de spécialité. Son obsession est d’accentuer la différenciation technologique par rapport à la concurrence et la rationalisation de l’appareil industriel avec la vente d’une usine de 200 mm à Singapour au fondeur taïwanais Vanguard et d’une de 300 mm aux Etats-Unis au fabricant américain de puces Onsemi ainsi que l’abandon du projet mégafab à 10 milliards de dollars à Chengdu, en Chine. La priorité est de bien remplir les usines, d’améliorer la productivité et de réduire les coûts. La vente de l’usine à Onsemi vient tout juste d’être finalisée pour 406 millions de dollars.

Thomas Caulfield a aussi changé le modèle d’investissement, liant l’accroissement des capacités de production à l’engagement à long terme des clients. Le patron de GlobalFoundries revendique aujourd’hui 40 accords à long terme avec des grands clients pour un engagement de 27,5 milliards de dollars. Le dernier vient d’être conclu avec le plus grand constructeur automobile américain General Motors. Près de 5 milliards de dollars ont été reçus en prépaiement sur les réservations de capacités par ces clients. De quoi aider l’entreprise à financer l’expansion de ses capacités de production dans ses quatre sites de production (deux aux Etats-Unis, un en Allemagne et un à Singapour) à 3 millions de plaquettes équivalentes de 300 mm en 2023, contre 2,8 millions en 2022.

Efficacité des investissements

«Ces prépaiements constituent une précieuse contribution à notre effort d’investissement, affirme David Reeder, le directeur financier. Pour l’efficacité de nos investissements, nous nous attachons à améliorer d’abord la productivité des moyens existants de production. Cela devrait nous conduire à réduire notre intensité d’investissement tout en continuant à augmenter nos capacités de production.»

En 2022, GlobalFoundries a investi 3,1 milliards de dollars, soit 39% de son chiffre d’affaires, notamment pour l’expansion des capacités de production des sites en Allemagne et à Singapour. Un effort qui devrait baisser en 2023 en raison du ralentissement du marché des smartphones, qui forme le premier débouché de l’entreprise. «Nous monitorons nos futurs investissements avec prudence, car nous ne sommes pas insensibles à la dégradation du contexte économique, avertit Thomas Caulfield. C’est pourquoi nous avons mis en place dès le quatrième trimestre des mesures d’amélioration de la productivité et de réduction des coûts. Mais sur le long terme, nos perspectives restent bonnes.» Ces initiatives devraient générer une économie de 110 millions de dollars en 2023, selon le directeur financier.

Techno française de puces

Pas question pour autant de passer à côté des mannes des Chips Act américain et européen. GlobalFoundries projette une extension de 1 milliard de dollars de son usine la plus avancée, située à Malta (Etat de New York), et doit ouvrir à Crolles, en France, une mégafab de 5,7 milliards d’euros avec STMicroelectronics dédiée à la technologie de puces FD-SOI. Le fondeur américain fait de cette technologie française, portée par Soitec et le CEA-Leti, un différentiant dans les circuits numériques pour les mobiles, l’automobile et l’Internet des objets. Son usine à Dresde, en Allemagne, est aujourd’hui son centre mondial d’expertise et de production dans ce domaine. Il attend à ce que les aides d'Etat couvrent 30 à 40 % du coût de ses projets.

Selon le cabinet TrendForce, GlobalFoundries fait figure de quatrième fondeur mondial de puces avec 6 % du marché en 2022, derrière TSMC (56 %), Samsung (16 %) et UMC (6 %), et devrait conserver cette position en 2023.

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