Le faible taux d'utilisation des usines chimiques fait craindre pour l'avenir de la filière en France

France Chimie tire la sonnette d’alarme. Face à une conjoncture morose et un déficit de compétitivité énergétique, l’industrie chimique dans l’Hexagone s’affaiblit à grande vitesse. Le taux moyen d’utilisation des capacités stagne sous la barre des 75% depuis deux ans, entraînant des restructurations. 15000 emplois sont menacés ces trois prochaines années.

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En France, comme en Europe, l'industrie chimique fait face à un déficit de la demande , des coûts énergétiques trop élevés, et à déficit de compétitivité par rapport à la concurrence internationale.

La chimie en France ne se porte pas bien. C’est le constat inquiétant dressé par France Chimie, qui évoque un taux d’utilisation des capacités qui ne dépasse plus la barre des 75% depuis deux ans. L'association alerte sur le risque de perdre 15000 emplois, sur un total de plus de 200000, d’ici à fin 2027. La production plafonne, avec une croissance de 1% en 2023 et une prévision toute aussi faible cette année, à partir de niveaux déjà bas.

Les disparités sont très fortes, avec des segments comme les parfums et produits cométiques qui ont affiché +15% de croissance depuis 2021 alors que les spécialités chimiques ont faibli de 4% et que la chimie de base a lourdement chuté. La croissance de la production de la pétrochimie en France, par exemple, a plongé de 17% en deux ans.

Sur le plan industriel, le faible taux d’utilisation des capacités semble particulièrement inquiétant. Il s’agit d'un bon thermomètre pour prendre la température de l’industrie chimique car «c’est un indicateur de rentabilité pour un secteur à très forte intensité capitalistique», commente Magali Smets. Selon la directrice générale de France Chimie, «à 80%, une usine peut être rentable et donner la capacité d’investir pour maintenir, moderniser et poursuivre le développement. En-dessous, vous recentrez vos investissements voire vous les baissez. En France, selon notre dernier baromètre interne, 30% de nos sondés déclarent un taux d’utilisation sous les 70% !».

Plus de 1000 pertes d'emplois dans la chimie en France depuis le début 2024

Ce déclin industriel se traduit sur le front de l’emploi, avec ce chiffrage inquiétant de 15000 suppressions d’ici trois ans, selon une étude de France Chimie. «Déjà depuis le début 2024, si on consolide tous les PSE annoncés, on est déjà au-delà de 1000 emplois détruits chez nos adhérents», s’inquiète Magali Smets. Rien que ces derniers jours, Solvay a engagé une fermeture d’un site dans le Gard et Weylchem-Lamotte restructure dans l’Oise. Au printemps, ExxonMobil a engagé un des plus grands plans de fermeture dans la chimie en France sur son complexe de Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Maritime).

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Trois grands facteurs minent la chimie hexagonale ces derniers mois. France Chimie pointe en premier lieu l’effet conjoncturel de la faible demande qui se poursuit dans tous les secteurs industriels clients. Effet qui s’allie au contexte plus structurel d’une énergie très chère et un manque d’accès à une énergie décarbonée abordable. Or ces deux effets plombent la compétitivité et amplifient un troisième phénomène, celui de la concurrence internationale qui met à mal la chimie française, mais aussi européenne.

Une concurrence internationale féroce

Non seulement certains pays profitent d’une énergie moins chère, comme sur le marché du PVC, avec des écarts de compétitivité difficilement soutenables par rapport aux imports venus d’Egypte ou des Etats-Unis, selon France Chimie. Mais les acteurs extra-européens renforcent aussi leur offensive pour grignoter les marchés. «Il existe une concurrence féroce de certaines régions, en particulier de la Chine avec une accélération des investissements ces cinq dernières années», assure Magali Smets. Ajoutant que «quand l’Europe a investi 130 milliards d’euros dans sa chimie entre 2018 et 2022, la Chine a investi 504 milliards. Ce sont des montants considérables qui ont créé des surcapacités sur certains segments, dans la chimie amont et aussi pour certains intermédiaires».

Dans les faits la Chine est régulièrement citée, comme dans le dossier de Metabolic Explorer qui a dû abandonner et vendre à la découpe ses activités cette année en partie à cause de la concurrence chinoise. Magali Smets relève d’ailleurs une «accélération des dossiers anti-dumping ou anti-subventions auprès de la Commission européenne. A Bruxelles, 30 dossiers sur 132 concernent la chimie, notamment en lien avec des imports de Chine, mais pas seulement».

L'industrie chimique réclame des mesures urgentes sur l'énergie

Ce cri d’alarme, qui survient en pleines négociations sur le budget 2025, confirme le bilan inquiétant dressé par France Chimie au printemps, pour les mêmes causes. Le secteur réclame désormais des mesures urgentes, en premier lieu sur l’énergie et plus précisément sur le prix de l’électricité avec un cadre de régulation qui n’est toujours pas bien défini à partir de 2025 (date de fin de l'Arenh) pour les secteurs électro-intensifs. D’autres demandes portent sur la simplification réglementaire ou sur un meilleur soutien aux besoins de décarbonation du secteur.  A l’échelle européenne, les demandes de l’industrie chimique en France rejoignent celle de biens d’autres fédérations chimiques et même d’autres secteurs industriels de l’UE, incitant les instances européennes à trouver des solutions pour mieux protéger son industrie face à la concurrence internationale.

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