Le coût du capital dans les industries extractives et l'énergie varie désormais en fonction de leur impact sur le climat

Le coût de la dette des projets de mines ou de centrales à charbon a déjà fortement progressé depuis 2010, tandis que le financement est devenu plus abordable pour les projets d'énergies renouvelables. Même s'il reste du chemin à parcourir, la prise en compte du risque climatique par les investisseurs progresse.

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centrale thermique de Be?chatów (Pologne) charbon
Le coût de la dette des centrales à charbon a augmenté de 38% depuis 2010.

L’Europe va devoir investir massivement pour tenir ses objectifs de baisse de 55% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 (par rapport à 1990). Les Etats ne pourront pas seuls apporter les milliards d’euros nécessaires à la transition énergétique. Il faudra aussi orienter massivement les capitaux privés vers les projets d'énergie renouvelable. Renchérir le coût des projets les moins vertueux pour le climat afin d'inciter les investisseurs à s’en détourner, c’est l’objectif de la taxonomie européenne, en cours de définition à Bruxelles, avec des critères permettant de déterminer la part verte des activités. Une incitation nécessaire, même si les investisseurs ont commencé à répercuter, en partie, le prix du carbone et des risques climatiques dans les projets énergétiques.

Selon les chercheurs de l’Oxford sustainable finance programme, de l’université d’Oxford, la hausse du coût du capital est déjà une réalité pour le charbon. Entre 2007-2010 et 2017-2020, le coût de la dette a augmenté de 54% pour les projets de mines de charbon, et davantage encore dans les pays développés en Europe, en Amérique du Nord et en Australie. Les coûts de financement ont aussi progressé de 38% en moyenne au niveau mondial pour les centrales à charbon. Cela n’a pas empêché le volume de prêts de progresser en Asie du sud-Est, même s’il chute en Europe. Les investisseurs perçoivent le secteur comme le plus exposé à la politique climatique à venir. A mesure que les pays développés se détournent du charbon, les nouvelles centrales se concentrent dans les pays en développement, où les taux d’intérêts sont plus élevés, ce qui contribue à la hausse observée.

Des coûts de financement en baisse pour les renouvelables

L’évolution est moins nette pour le pétrole et le gaz. Sur les dix dernières années, les investissements dans la production d’hydrocarbures ont vu leurs coûts de la dette quasiment stabilisés, avec une hausse limitée de 3 %. Ce coût a même baissé en Inde, en Chine et au Moyen-Orient pour les forages onshore, et globalement reculé dans l’offshore. Le renchérissement du capital reste aussi limité pour les constructions de centrales à gaz, en hausse de 7% depuis 2007-2010. 

Si les énergies fossiles ont vu au mieux leur coût moyen de financement se stabiliser, ceux des renouvelables ont clairement reculé. C’est le cas du solaire photovoltaïque, dont les taux ont baissé en moyenne de 20% entre 2010-2014 et 2015-2020, et même de 27% en Europe. Dans le même temps, le volume de dette pour des projets solaires est passé de 15 à 19 milliards d’euros depuis 2015. L’évolution est à peu près la même pour l’éolien onshore et offshore. L'étude n'a en revanche pas passé en revue les coûts de financement dans le nucléaire. Ce qui nous aurait peut-être éclairés sur les vertus climatiques que lui prête le marché.

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