La demande mondiale de pétrole pourrait baisser en 2020. En quarante ans, cela ne s’est produit que trois fois : en 1993 au sortir de la récession américaine, puis en 2008 et 2009 lors de la crise financière internationale. L’épidémie de Covid-19 a tellement ralenti l’économie et les déplacements que la demande de pétrole au premier trimestre serait amputée de 3,8 millions de barils par jour (Mbj) par rapport à la même période l’an passé, et 4,5 millions de barils sous les prévisions initiales.
Le monde inondé de pétrole
En rendant inutile plus de deux fois la quantité de pétrole que l’Opep+, et ses 23 pays producteurs, s’abstenait de produire avant l’épidémie, le coronavirus engendre la baisse trimestrielle de demande la plus brusque de l’histoire, selon IHS Markit. Goldman Sachs et FGE ont ouvert le bal des prévisions de croissance négative à l’échelle de l’année, suivis par IHS Markit. L’Opep a bien tenté de colmater les fuites de valeur, en proposant des coupes supplémentaires pour 1,5 million de barils par jour (en plus des 1,7 Mbj en vigueur). La Russie ayant refusé de collaborer, le cartel n'a pas pu empêcher l’effondrement des cours. Les anciens partenaires de l’accord se sont fatigués de perdre des parts de marché au profit des États-Unis, qui produisent tant et plus de pétrole comme de gaz.
Le gaz naturel liquéfié (GNL) est une victime du Covid-19, dans un contexte de prix du gaz déjà au plancher en raison d’un surplus de production et d’un hiver doux dans l’hémisphère nord. Aux États-Unis, le gaz de schiste du bassin Permien (coproduit du pétrole) évolue même à des prix négatifs, les producteurs étant obligés de payer pour s’en débarrasser en attendant un gazoduc au mieux en 2021. Plus flexible que son homologue transporté par gazoducs, le GNL a subi début février ses premières tentatives d’annulations de livraisons, les destinataires évoquant la force majeure en mentionnant des difficultés logistiques liées au Covid-19. Des demandes refusées par Total. Son président de la branche gaz, énergies renouvelables et électricité, Philippe Sauquet, dénonce "la tentation de déclarer la force majeure pour remplacer ses contrats long-terme par des livraisons spot". Du gaz qui vaut déjà deux fois moins cher que celui contracté il y a plusieurs mois. Reste que les trois premiers importateurs de GNL – le Japon, la Chine et la Corée du Sud – figurent parmi les plus touchés par le Covid-19. Les fermetures d’écoles, le télétravail et la baisse de l’activité industrielle ont réduit les besoins énergétiques.
Mais à plus long terme, les prix du gaz pourraient au contraire profiter de l'effondrement de ceux du pétrole. La baisse de production dans les schistes américains, qui ne manquera pas d'intervenir même si elle est retardée, devrait réduire la production de gaz associé, allégeant un peu le surplus de gaz sur le marché.



